COMPTES RENDUS

I1EBDOMADA1RES

DES SEANCES DE LACADfiMIE DES SCIENCES.

. IlI.Alo ola

COMPTES RENDU S

HEBDOMADAIRES i£7<+

DES SEANCES

DE L'ACADEMIE DES SCIENCES

CONFORM&MENT A UNE DECISION DE L'ACADEMIE

U Sate Du *3 dulflet «835 ,

PAR MM. LES SECRETAIRES PERPETDELS

TOME SOFXANTE-DIX-MiUVEfeME.

JUILLET DECEMBRE 187-5.

PARIS,

GAUTHIER-V1LLARS , IMPRIMEUR-LIBRAffiE

COMPTES RENDUS DES SEANCES DE L'ACADEMIE DES SCIENCES, SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER, Quai des Augustins, 55.

1874

COMPTES RENDHS

DES SEANCES

DE L'ACADfiMIE DES SCIENCES

'SEANCE DU LUNDI 6 JUILLET 1874.

PRESIDENCE DE M. BERTRAND.

MfeMOIRES ET COMMUNICATIONS

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACAD^MIK.

M. le Ministre de l'Instruction publiqce adresse ('ampliation da decret par lequel M. le President de la Republique approuve l'election que l'Aca- demie a faite de M. de Candolle pour remplir la place d'Associe etranger, laissee vacante par le deces de M. Jgassiz.

M. d'Abbadie, demandant la parole a propos du proces-verbal, s'exprime

« Ceux qui ont eu, comme moi , a commander des instruments de precision modifies pour un but determine, et surtout livrables dans un delai qu'il est impossible d'allonger, ceux-la comprendront ce qu'il a fallu de demarches et de tact pour mener a bien et en temps utile les travaux de la Commission pour le passage de Venus. Je suis siir d'etre 1'interprete de mes confreres de cette Commission en remerciant MM. les Secretaires perpetuels de leur assiduite a prendre part a toutes ses discus- sions comme a toutes ses preoccupations. Cette Commission ayant fait la tres-majeure partie des travaux qui incomberaient a celle du passage de 1882, on peut dire qu'elle fonctionne une fois par siecle. Elle n'avait done aucun precedent pour la guider, et il a fallu l'activite intelligente

(6) do M. Dumas, notre President, pour fournir tous leurs instruments et tons leurs moyens aux cinq expeditions que, grace a l'Academie des Sciences, la France envoie dans des stations lointaines. Aide si bien par M. Fizeau pour les appareils photographiques , mais ayant a supporter seul le fardeau des instruments astronomiques, M. Dumas merite un re- merciment special, et je propose a l'Academie de le voter, non comme une favour, mais comme un acte de justice. II est vrai que, dans la derniere seance, M. le President de notre Compagnio a devance mes desirs en expri- mant de vive voix nos sentiments de reconnaissance envers M. Dumas, mais ses paroles sont rest6es dans le proces-verbal seulement, et j'en de- niande la publication dans les Comptes rendus. a

ASTRONOMlE PHYSIQUE. Presentation d'un specimen de photographies d'un passage arlificiel de Venus, obtenu avec le revolver photographique ; par M. J. Janssen.

« J'ai l'honneur de presenter a l'Academie un specimen des photogra- phies obtenues avec un instrument dont j'ai fait connaltre le principe au sein de la Commission du passage de Venus, le i5 fevrier 1873 (1), et que j'ai pa realiser tout recemment.

» Je disais, dans la TNote remise a cette occasion :

< On sait que I'observation des contacts doit jouer un grand role dans 1'obscrvation du passage de Venus.

» Cette observation doit se faire optiquement, et presente des difficultes toutes speciales. On comprend done tout l'interet qu'il y aurait a obtenir photographiquement ces contacts; mais les methodes photographiques ordinaires ne peuvent eonduire a ce but, car il faudrait Cure prevenu de i'inslant precis ou ce contact va se produire pour prendre la photographic du contact, et e'est la methode optique, avec les incertitudes qu'elle comporte, qui seule ]>ourrait le donner. J'ai eu la pensee de prendre, au moment ou le contact va se produire, une serie de photographies a intervalles de temps tres- courts et reguliers, de maniere que l'image photographique de ce contact soil necessairement comprise dans la serie, et donnc en nieme temps l'instant preois du phenomene.

» C'est par l'emploi d'un disque tournant que j'ai pu resoudre la question. »

Dans le principe, j'avais pense a communiquer le mouvement a Tap pareil au moyen de l'electricite, mais il fut reconnu bientot qu'un rcssorl comme motcur donnait plus de surete. C'est d'abord avec M. Deschiens, constructeur distingue, que j'ai etudie les dispositions qui devaient 1

(1) Comptes rendus, t. LXXVII, p. 677.

( 7 ) la realisation tie 1'appareil. Un premier modele fut execule tl'iine maniere tres-soignee par M. Descliiens, et plusieurs dispositions mccaniques lui sont dues; mais, quand rinstrument fut termine, il se trouva, ainsi que je le craignais, que 1'appareil n'etait pas exempt de trepidations nuisant a la neltete des images.

» Je revins alors a une disposition que j'aurais desire voir adopter tout d'abord par mon constructeur com me plus ration nelle , disposition on I'organe qui porte la fcnte et determine par son passage la duree de I'im- pression photographique, au lieu d'etre anime de mouvemenls alterna- tifs et brusques, fait partie d'un disque anime d'un mouvement rotalit' continu.

» En resume, 1'appareil que j'ai l'honneur de presenter a 1' Academic est forme essentiellcment d'un plateau portant la plaque sensible, plateau place dans une boite circulaire qui pent s'adapter au foyer d'une lunette ou de 1'appareil qui donne l'image reelle du phenomene a reproduire. Cc plateau est dente et engrene avec un pignon a dents separees, qui lui com- munique un mouvement angulaire alternalif de la grandeur de l'image a produire. Devant la boite, et fixe sur le meme axe qui porte le plateau, se trouve un disque perce de fentes (dont les ouvertures peuvent se regler) et qui tourne d'un mouvement continu. Chaque fois qu'une fente du disque passe devant celle qui est pratiquee dans le fond de la boite, une portion egale de la plaque sensible se trouve decouverte, et une image se produit. II est inutile d'ajouter que les mouvements sont regies pour que la plaque sensible soit au repos quand une fenetre, par son passage, determine la production d'une image.

» Au moment ou j'ai ete a meme de reprendre la construction de cet appareil, ce sont MM. Redier pere et fils qui m'ont donne le concours de leur talent avec un devouement et une activite dont je dois les remercier ici. L'appareil est sans doute encore susceptible de quelques perfectionnc- ments de detail, mais il fonctionne deja d'une maniere tres-satisfaisante. Ainsi j'ai pu reproduire des passages artificiels de Venus, et le specimen que je place sous les yeux de 1'Academie prouve que les images peuvent etre obtenues avec beaucoup de nettete. Il me parait meme qu'il y a lieu d'esperer que les images photographiques seront affranchies, au moins en partie, des phenomenes qui compliquent, d'une maniere si facbeuse, l'ob- servation optique des contacts. Dans tous les cas, la reproduction photo- graphique de ces phenomenes, qu'on pourra etudiera Ioisir sur les epreuves, ne pourra manquer de presenter un tres-haut interet. »

THERMOCHIMIE. Recherches sur la dissolution : cristallisation, precipitation, dilution; par M. Berthelot.

II. Cristallisation, precipitation.

<( i. La separation d7un sel solide, dans une dissolution etendue, par cristal- lisation ou precipitation, represente un phenomene reciproque avec la so- lution : elle doit done offrir les memes variations dans le signe thermique de la chaleur degagee, mais en sens inverse; e'est-a-dire que la precipi- tation doit donner lieu, tantot a un degagement de chaleur, tantot a une absorption. S'il y a degagement de chaleur a la temperature ordinaire, il doit croitre a mesure qu'on abaisse la temperature initiate, mais decroitre a mesure qu'on 1'eleve, A un certain degre, il n'y aura plus de chaleur degagee on absorbee; au-dessus, il y aura absorption de chaleur.

» Reciproquement, s'il y a absorption de chaleur dans une precipi- tation operee a la temperature ordinaire, cette absorption croitra a mesure que la temperature initiale s'elevera; mais elle decroitra par un abaisse- ment de temperature, jusqu'a devenir nulle, puis a se changer en un de- gagement. Voici des experiences a lappui de ces deductions :

» 2. Formation du sulfate de strontiane (precipitation). On mele une solution etendue de sulfate de soude avec une solution de chlorurc de strontium, ce qui produitaussitot du sulfate de strontiane :

SO'*Na (i^ = 2m) -f- SrCl (i^ = 2Ut) = SO'Sr precipite ■+■ NaCl dissous.

o Cette reaction, operee a -h i3°,9, adonne lieu a un degagement de chaleur, soit pour i equivalent + oCa,,o8o.

» J'ai repete l'exrjerience a -+- 23°, 7, et j'ai observe cette fois une ab- sorption de chaleur oCal,282.

» Ces nombres etablissent Tin version du signe thermique du pheno- mene. D'apres leurs valeurs, la fonction

et la reaction donnera lieu a un phenomene thermique mil vers 16 a 17 de gres, temperature a laquelle le signe de la reaction se renverse.

» 3. Formation du sulfate de chaux (cristallisation). Lorsqu'on melange des solutions etendues de sulfate de soude et de chlorure de calcium : S04Na(i^ = 21]t) + CaCl (i^ = a1"),

(9) il se produit aussitot un phenomene thermique tres-sensible, sans qu'au- cun precipite apparaisse. J'ai trouve

A + 23°,7 --0,0.40

nombres dont la difference ne surpasse pas les erreurs d'experiences. 11 est probable que ces nombres represented un echange plus ou moins com- plet entre les bases et les acides, par suite duquel la liqueur melangee renferrae du chlorure de sodium et du sulfate de cbaux dissous. Celui-ci demeure dans cet etat pendant plusieurs minutes, sans nouveau chan- gement. Une telle liqueur pent etre assimilee a une solution sursaturee. En effet, on determine aussitot la cristallisation du sulfate de chanx, en ajoutant une legere pincee de ce sel dans la liqueur; une minute, et meme moins, suffit pour que tout se precipite. Or ce second phenomene donne lieu a des effets thermiques positifs, mils, ou negatifs, suivant la temperature. En effet, j'ai trouve dans trois series d'essais, pour 1 equi- valent de sel precipite, avec les liqueurs definies plus bant,

A 4- i4° 4- o?36o

A -+- 230,7. 0,000

» Ces nombres etablissent Tinversion du signe thermique du pheno- mene. D'apres les valeurs des deux extremes

U - V = - -^- (T - t) ;

le point qui repond a un phenomene thermique nul repond exaclement a -4- 23°, 7, qui a ete trouve par experience. Cette inversion est d'autant plus caracteristique que le sulfate de chaux cristallise avec 2 equivalents d'eau, ce qui tend a reduire l'ecart des chaleurs specifiques, celle de Peati (qui perd ainsi son etat liquide) etant reduite a moitie.

» A. Le sulfate de baryte lui-meme, malgre la grande quantite de chaleur qui accompagne sa precipitation a la temperature ordinaire (-+- 3c",3oo vers8degres),nesauraitetre regarde comme caracterise par ce degagement. En effet, le calcul indique que cette precipitation doit donner lieu a un phenomene nul vers 120 ou i3o degres; au-dessus, il doit y avoir absor- ption de chaleur : or la reaction est facile a realiser, meme a 200 degres.

» 5. C'est ici le lieu d'observer qu'il n'y aaucune relation directe entre les chaleurs degagees par la metamorphose des corps dissous , et par la

C. R., 187',, Semestre. (T. LXXIX, I.) 2

( io) metamorphose pareille des memes corps anhydres. Par exemple, le calcul indique, pour la reaction des corps anhydres,

SO«Na

+ SrCl =

= SO'Sr

+ NaCl.

S04Na

+ GaCl =

rrSO^Ga

-hNaCl.

SO'Na

-hBaClr

= SO<Ba+NaCl.

4- 4,900

et ces trois quantites fort inegales entre elles, malgre la similitude des actions, n'eprouvent que des variations insignifiantes par des changements d'une centaine de degres dans la temperature initiale; lesquels font, au contraire, varier completement la grandeur, et jusqu'au signe de la cha- leur degagee par la reaction des corps dissous.

» 6. La theorie indique que les phenomenes signales par l'experience sur les sulfates de chaux et de strontiane doivent exister pour la plupart des sels anhydres, lorsqu'ils se separent dans des solutions etendues. Mais les limites de temperature qui respondent a Fin version, quoique relatives a des degres tres-accessibles a nos reactions, depassent d'ordinaire celles entre lesquelles nous pouvons executer les mesures calorimetriques. Ce- pendant je puis citer un autre ordre de faits tres-caracteristiques, dans les- quels la precipitation d'une meme serie de sels, par des reactions paralleles, donne lieu tantot a un degagement, tantot a une absorption de chaleur, a la temperature ordinaire. Tels sont les carbonates, vers 16 degres : C03K(i^ = 2lit)-f-BaCl(i*i a^J^CO'Ba cristallise + K CI dissous degage H-o,85o C03K(^:=2^)4-SrCl(i^ = 2ht) = C03Sr cristallise -f- K CI » ». -f- 0,1 60

C03Na(i^=2lit)H-CaCl(i'i = 2lit) = C03Ca precipite -4- NaCl > » -0,570

C03Na(I^ = 2lit) + MnCI(i^=2lit}=:C03Mn cristallise -+-NaCl » . —1,180

» On voit encore ici que la precipitation n'est nullement caracterisee par le signe ou la quantite de chaleur degagee a une temperature donnee.

» Ces chiffres changent d'ailleurs, et dans le sens prevu par la theorie, si Ton modifie la temperature initiale. Par exemple, j'ai trouve que la reac- tion G03Na(i^=:2Ut) -4- BaCl(i^:= 2m) degage

ivvi

a + ^4° +0,42

» II y a diminution, et d'apres la valeurU— V = (T— t)f qui en

resulte, le point nul serait situe a -4-36 degres. III. Coagulation.

» La separation d'un corps solide amorphe, au sein dun liquide ou il etait contenu dans cet etat particulier que Ton a designe sous le nom de

<" )

pseudosolution, c'est-a-dire la coagulation, ne repond pas d'une maniere necessaire a un degagement de chaleur, pas plus que la precipitation. Je citerai a l'appui l'experience suivante , relative au peroxyde de fer (f Fe203 =JeO). Une solution d'acetate ferrique chauffee se change, comme on sait, en acide libre et oxyde ferrique libre, lequel demeure a letat de pseudosolution; cet oxyde traverse les filtres, mais il est coagu- lable par l'addition d'une solution saline, telle que celle du sulfate de po- tasse. Or j'ai trouve pendant cette coagulation, a + i5 degres :

OWfcO*(i*'i ~q 2,jt) chauffe au prealable 4- $G%tt,*» =±= am). . . oCa', 1G0. II est probable que cette absorption de chaleur diminuerait et tend rail a changer de signe, si Ton abaissait la lemperature de la reaction.

IV. Transformation d'un corps amorphe en corps cristaixise.

» 1. Cette metamorphose, que je cite ici, parce que je l'ai observee sou- vent dans l'etude des precipites, est encore un phenomene susceptible de changer de signe avec la temperature initiale, toutes les fois que la chaleur specifique du corps cristallise n'est pas absolument la meme que celle du corps amorphe qui l'engendre.

» 2. Meme remarque pour la metamorphose d'un corps dimorphej qui passe d'un systeme cristallin a l'autre.

» Comme il s' a git souvent dansces circonstances dequanlites de chaleur peu considerables, il suffit d'un petit ecart dans les chaleurs specifiques pour rendre l'inversion possible. Yoici des faits :

» 3. Le soufre amorphe et insoluble, tire de la fleur de soufre, se meta- morphose rapidement en soufre cristallisable vers 1 12 degres, avec un de- gagement de chaleur suffisant pour fondre une partie de la masse (Annales de Chimieet de Physique, 3e serie, t, LV, p. 21 3). La meme transformation s'opere tres-lentement a la temperature ordinaire. Or, a -h 180, 5, elle repond a un phenomene thermique nul, d'apres mes experiences (meme Recueil, 4e serie, t. XXYI, p. 468). La fonction U— V est done negative, lorsqu'on passe de + r 11 degres a 4-18 degres; c'est-a-dire que la chaleur specifique du soufre amorphe insoluble l'emporte sur celle du soufre oc- taedrique. Il semble permis cl'en conclure qu'au-dessous de +18 degres, vers zero, par exemple, la metamorphose s'effectuerait avec absorption de chaleur; a moins de supposer que la chaleur specifique des deux soufres, inegale entre 112 et 18 degres, devienne egale et le demeure, au-dessous.

( 13)

» 4. Le soufre offre, en outre, l'exemple reel de metamorphoses ana- iogues, effectives tantot avec degagement, tant6t avec absorption de cha- leur. En effet, le soufre amorphe insoluble de la fleur de soufre, au contact de l'hydrogene sulfure, se change aussitot a+18 degres en un nouvel etat, le soufre amorphe soluble, et cela avec degagement de chaleur (4- 2CaI, 7 par kilogramme). Puis le soufre amorphe soluble qui s'est forme d'abord se transforme spontanement, vers la meme temperature et dans l'espace de quelques semaines, en soufre octaddrique, ce nouveau changement ayant lieu avec absorption de chaleur (— 2Ca!, 6 par kilogramme).

» 11 suit de la que la cristallisation d'un corps amorphe est souvent un changement d'etat, du a des energies etrangeres a Taction chimique propre- 111 en t dile, c'est-a-dire de Tordre de la fusion et de la vaporisation, et se produisant d'une maniere necessaire, quel qu'en soit le signe thermique.

» 5. Je rappellerai que les carbonates terreux se precipitent souvent amorphes, puis cristallisent apres quelques instants. Or j'ai observe dans cette circonstance un degagement de chaleur avec les carbonates de strontiane, de baryte et de manganese. (Comptes rendus, t. LXXIII, p. 1 109 et i2i5.)

» 6. J'ai meme fait quelques experiences sur le carbonate de baryte, pour etudier separement la precipitation a l'etat amorphe et la cristallisation consecutive, a deux temperatures differentes. Ces experiences sont extreme- ment delicates. Elles tendent a etablir qu'une elevation de temperature di- minue a la fois la chaleur degagee dans la formation du precipite amorphe et la chaleur degagee dans sa metamorphose consecutive en cristaux j mais il s'agit de phenomenes si fugacesque je n'ose insister.

IV. DlLUTIOIf.

» 1. J'ai etabli en principe que la dilution d'une seule et meme solution saline doit donner lieu tantot a du froid, tantot a de la chaleur, suivant la temperature a laquelle on opere. Cela resulte des faits observes, d'apres Jesquels la chaleur specifique d'une solution saline etendue est presque toujours moindre que la somme des chaleurs specifiques de la solution concentree et de I'eau additionnelle. J'ai donne (t. LXXVIII, p. 1728, 1724, 172^) les formules (6), (7) et (11) qui represented les variations dans la chaleur degagee. Voici des experiences a Tappui.

» 2. Acide azotique. L'acide azotique plus ou moins etendu fournit l'exemple tres-net d'une dissolution telle, que le signe de la chaleur degagee change avec la temperature. En effet, j'ai trouve, avec des liquides ame-

( -3) nes a une temperature absolument identique avant leur melange :

iA/.0«H + 20,46 IT 0% additionne de 20IPO3, a 4- 90, 7 absorbe. 0,081 ; a 4- 26 degres degage -4- 0,025.

I AzO'H 4- 4o,5 H503, additionne de 40 HJ0',

la 4- 90, 7 absorbe 0,066;

( a 4- 26 degres degage 4- 0,000.

[U 7=4- -i-(T-0-

» IOOO v '

i! A»0« H 4- 8o,5 EPO', additionne de 80 H'O', a 4- 90, 7 absorbe 0,016 a 4- 26 degres degage 4 0,000 U~V==+To^(T-°' » Ces experiences sont conformes aux deductions que j'ai tirees de l'etude delaconrbe thermique relative a l'hydratation de 1'acide azotique {Comptes rendus, t. LXXVIII, p. 774). » 3. Soude. J'ai trouve

/ NallO2 4- 8,78 H' 0% additionnee de 75 H20%

1 a 4- 90, 5, absorbe o , 280 ;

{ a 4- 25 degres, degage 4- 0 , 1 70.

4. Potasse. J'ai trouve K HO' 4- 55 , 3 U J O5 ( 1*1 = 1 ht ) additionnee de 56 H2 0' ,

la 4- 1 1°, 5 absorbe 0,026;

' a 4- 24 degres, degage 4- o ,o5o.

/ KHO'4-94 H'O3, additionnee de 2 volumes d'eau,

I , , , , , , ( Quantite de l'ordre des errcurs

\ a 4- 1 1 degres, absorbe. ...... -0,011 j d.experiences.

j a 4- 24 degres, degage 4- o ,000.

I U V = H (T t). Quantite trop petite pour etre garanlie.

» Ces experiences etablissent le changement du signe thermique de la dilulion. Elles montrent aussi que l'ecart entre la chaleur specifique ato- mique d'une solution et celle de l'eau tend vers une limite (1).

(1) En fait, la chaleur specifique atomique d'une solution saline etendue est d\>rdin aire

» 1. Les experiences que je viens d'exposer fournissent l'application d'une nouvelle methode pour la mesure des chaleurs specifiques des solu- tions etendues, methode d'une execution plus facile et d'une precision huit ou dix fois aussi grande que celles qui sont connues jusqu'ici. En effet, la fonction U V peut etre determined pour une solution quelconque, a l'aide de deux experiences de melange, faites a deux temperatures ecartees de ioa 1 5 degres. Si Ton opere a la temperature ambiante, par exemple en ete et en hiver, ces experiences, tres-simples et tres-rapides, n'exigent aucune des corrections difficiles et douteuses qui compliquent toutes les methodes connues pour mesurer les chaleurs specifiques. Or j'ai etabli que U - V = (K Kf) (T t), R et R, etant les exces respectifs des chaleurs specifiques atomiques de la solution primitive (18 n -f- R), et de la solution diluee (i8«-h i8«, -h R,) sur celle de l'eau qui les constitue. Si done nous avons determine a 1'avance par un procede quelconque la chaleur specifique de la solution la plus concentree, i8« + K, nous trouverons aisement celle d'une solution plus etendue, 18 n -h 18 n, -+- Rn et ce pro- cede nous permettra de mesurer tres-exactement les chaleurs specifiques de toutes les solutions de la meme substance, plus etendues que celle qui sert de point de depart. Les erreurs commises sur R et R, seront du meme ordre, e'est-a-dire qu'elles ne croitront pas avec la dilution, contrairement a ce qui arrive pour toutes les methodes employees jusqu'a ce jour.

"2. II en resulte cette consequence remarquable que les chaleurs spe1- cifiques ordinaires des solutions salines sont mesurees par le nouveau procede

moindre que celle de l'eau quelle renferme. On pourrait rendre compte de cette diminution par les hypotheses suivantes :

Le sel anhydre en se dissolvant s'unit avec un certain norabre d' equivalents d'eau, pour former un ou plusieurs hydrates definis et dissocies, la proportion des plus hydrates croissant avec celle de l'eau, suivant des equilibres coThparables a ceux des systemes elheres.

L'eau de ces hydrates acquicrt un etat physique analogue a celui de l'eau de cris- tallisation dans les sels solides, e'est-a-dire que sa chaleur specifique diminue de moitie. Les ecarts observes pour les solutions salines, i8« -+- C ( iSn n- K), ne surpassent i^uere 45 unites et sont memebeaucoup moindres, dans presque tous les cas. II suffirait pour les expliquer d'admettre que la proportion totale de l'eau eombinee au sel anhydre dans une solution etendue s'eleve de 3 a 5H20% proportion qui ne surpasse pas les hydrates cristal- lises du sulfate ou du carbonate de soude. La mesure des chaleurs specifiques des solutions indiquerait alors la proportion totale de l'eau eombinee actuellement avec le sel dans la

( i5 ) avec d'autant plus a" exactitude que la dilution est plus considerable, au moins jusqu'a une certaine limite. En effer, la chaleur specifique ordinaire de la solution concentree formee avec i equivalent, E, et/zH202 sera ' *'" ~^ - ; celle de la solution diluee, - " ^g/' "^8ff"+, E'~~ ~: n etant tres-grand par rapport a E, a R et a R,, on voit immediatement que l'erreur sur la pre- miere evaluation, c'est-a-dire sur R, diminue proportionnellement a la dilution. 11 en est de meme de l'erreur commise sur R, R, laquelle est du meme ordre que la precedente en valeur absolue. fitant donnee une solution concentree, dont la chaleur specifique soit connue a -—^ de sa va- leur, ce qui est a peu pres la limite d'erreur des bonnes methodes, on pourra mesurer celle d'une solution dix fois plus etendue a ~ru'^ limite que Ton atteint en effet, mais que l'exactituded'un thermometre indiquant yj^ de degre ne permet pas de depasser. Elle repond, en fait comme en theorie, a une erreur probable de i a 2 unites environ sur la chaleur speci- fique atomique des liqueurs qui renferment 1 equivalent de sel -+-20oH202 [voisines de (ie<* = 4ht)]; tandis que les methodes employees jusqu'ici donnent une erreur probable de 10 a 20 unites.

VI. Melange de deux liquides salins. m 1. Les memes changements de signe thermique doivent avoir lieu

frequemment dans les reactions operees par le melange de deux liquides, sans qu'il s'en separe aucun gaz ou solide. lis existent en principe, toutes les fois que la somme des chaleurs specifiques ne demeure pas constante, comme j'ai eu occasion de le developper il y a quelques annees (Jnnalesde Chimie, 4eserie, t. XVIII, p. 99).

» 2. Il serait interessant de pouvoir faire des calculs de ce genre, pour les melanges des couples salins qui renferment deux bases et deux acides distincts et pour diverses autres reactions salines; mais les donnees ac- tuelles relatives aux chaleurs specifiques des solutions etendues ne sont pas assez precises pour fournir des elements certains a ce genre de calculs.

» 3. Je raebornerai a rappeler encore une fois que la chaleur degagee dans ces conditions n'offre aucune relation simple avec celle que produi- raient les transformations exprimees par les memes equations, si Ton exe- cutait ces transformations sur les memes corps, pris tous dans 1'etat gazeux, ou tous dans l'etat solide, attendu que la chaleur degagee dans les me- langes de liquides change de valeur et de signe avec la temperature initiale : aussi l'etat gazeux et l'etat solide sont-ils a mes yeux les vrais termes de comparaison pour les actions chimiques. »

( i6)

PHYSIOI.OGIE PATHOLOGIQUE. - Sur le parasitisme et la contagion; par M. Cii. Robin.

« Aujourd'hui comme autrefois, parasite veut dire l'animal ou le vegetal qui emprunte sa nourriture a la substance meme d'un autre elre vivant. Une maladie est parasitaire quand elle est le resultat d'un tel empruut.

» Aujourd'hui encore, meme apres les progres accomplis par la science, la belle definition de la contagion donnee par Castelli reste acceptable, etant admis qu'il n'y a pas d'activite sans substance :

.. Per contagium intelligitur activitas ilia, qua affectus quispiam residens in uno corpore sui sirailem excitat in alio; et quidem, vel immediate et corporaliter per contactum, vel mediate et ad distans. »

» Or, si dans Tun et l'autre cas c'est par contact, soit mediat, soit im- medial, que l'agent est transmis du premier animal ou vegetal atteint a un autre : si, dans Tun et l'autre cas, l'augmentation du nombre des etres at- teints favorise la multiplication de ce nombre, la difference entre l'agent actif et stirtout entre la nature des effets produits est si grande, que toujours les deux ordres d'affections dont il s'agit, les parasitaires et les conta- gieuses, ont ete distinguees avec soin par les savants, tant en fait que dans les termes employes pour les faire connaitre.

» En effet, d'une part, ce sont un ou plusieurs iudividus de telle ou telle espece animale ou vegetale qui subissent leur evolution sur un animal ou sur un vegetal; ici le fait caracteristique, comme cause morbide, c'est 1'emprunt de telles ou telles des parties de celui-ci, sans restitution de la part de l'emprunteur, dont l'accroissement ou la multiplication font un corps etrauger, qui de plus, comme tel, nuit a l'accomplissement de telle ou telle fonction. Rien n'est plus nettement defini, rien n'est plus facile a determiner comme objet.

» Dans le cas des maladies contagieuses, au contraire, il n'y a de bien determine que la succession des phenomenes tant locaux que generaux, ainsi que leur correspondance avec des modifications observables de la substance des elements du sang et de la lympbe d'abord, puis de la gene- rality des tissus ou au moins de tels et tels d'entre eux.

» C'est meme la ce qui fait que si souvent la gravite de ces maladies est extreme, toutes les fonctions etant ainsi troublees, et que si souvent aussi la mort survient rapidement, ou la guerison lentement.

» Quant a l'agent qui a suscite toutes ces modifications des humeurs et des tissus et les troubles fonctionnels correspondants, en aucun cas, jusqu'a

( '7 ) present, il n'a puetre isole, separe des organismes atteints, comme on lefait si nettement pour 1'agent de totites les maladies parasitaires ; en sorte que, quoi qu'il ait pu etre fait, on doit dire que nous ne savons pas encore per- tinemment si cet agent est un parasite animal ou vegetal, un principe immediat, soit crislallisable ou volatil sans decomposition, soit coagulable de formation accidentelle; mais les probabilites les plus grandes sont de beaucouppourla formation accidentelle deprincipes coagulablesaux depens des principes coagulables naturels de l'economie, formation entrainant'ine- vitablementpour telle ou telle humeur ou tel tissu une alteration totius sub- stantia, avec ou sans developpement epiphenomenal de cryptogames mi- croscopiques, toujours plus ou moins dangereux quand il survient.

* C'est ce qui resulte, a mon avis dti moins, de l'examen des faits con- nus et des observations que j'ai pu faire sur les liquides et les solides dans les diverses maladies contagieuses, savoir : celles qui ont le caractere epidemique, peste, cholera, fievre jaune, peste bovine, etc., ou encore dans un autre groupe, variole, scarlatine, suette, etc.; puis celles qui, quant a leur origine, ont un caractere dit nosocomial ou se rapportant a rencombrement, typhus, fievre typho'ide, infections putrides et puerpe- rales, erysipeles et tant d'autres; enfin celles qui ont pour caractere une localisation bien plus tranchee des accidents transmis par les ti^sus ou les humeurs alteres et dits virulents : telles sont les maladies charbonneuses, farcineuses, syphilitiques, blennorrhagiques, les ophthalmies contagieuses diverses, les maladies dues aux piqures anatomiques et bien d'autres que je ne peux citer.

» Ainsi, dans le cas des affections parasitaires, 1'agent est aussi nettement determine specifiquement, ou aussi facile a determiner que les effets; dans le cas des maladies contagieuses, au contraire, 1'agent n'a jamais pu etre isole, observe physiquement ni chimiquement, si ce n'est quand il est repre- sentepardeshumeursou des tissus; mais alors memenous nepouvons encore determiner l'espece de corps qui les rend anormalement actifs, ou l'etat specifique nouveau pour leur constitution moleculaire qui les rend aptes a produire sur un autre animal une alteration semblable a la leur. Quant aux effets, aux symptomeset lesions, leur comparaison a celle des maladies parasitaires montre aisement les differences tranchees qui les separent.

» II y a la un ensemble de donnees qui me font considerer comme tres- important, au point de vue scientifique, pour la Physiologie en general, pour la Physiologie pathologique surtout, qu'une distinction entre ces deux ordres d'etats et de phenomenes biologiques soit maintenue. Tout rappro-

C. R., i874, Semescre. (T. LXX1X, No i.) 3

( i8) chement autre que ce qui concernela question de contact mediat ou im- mediat des corps contaminants serait loin d'etre aussi sans inconvenients a cet egard. C'est pourquoi j'ai pris la liberte d'exposer a l'Academie sous quels points de vue je me separe du Rapport de la Commission chargee d'examiner les travaux sur la destruction du Phylloxera, quand elle etablit unecomparaison si precise entre la peste bovine etla maladie parasitaire de la vigne, qu'elle admet que de fait cette maladie de la vigne est, elle aussi, une maladie contagieuse (Comptes rendus, t. LXXVIII, p. 1807), quil faut quen un mot on s'attaque a celte contagion, comme on sest attaque a la grande contagion bovine (Comptes rendus, p. 1821). »

M. Dumas, a la suite de la Communication de M. Robin, ajoute quelques remarques sur le Rapport de la Commission du Phylloxera :

« La Commission n'a pas voulu faire de theorie. Cette distinction des affections contagieuses ou parasitaires est-elle d'ailleurs bien necessaire ? J'ai vu le temps ou I'acarus de la gale etait considere comme l'effet de la maladie, et celle-ci etait contagieuse alors; lorsqu'on a su que I'acarus en etait la cause, elle est devenue parasitaire; mais n'est-ce pas toujours la meme maladie, transmissible sous les memes conditions?

» Ce que la Commission a voulu faire comprendre aux vignerons, c'est qu'une affection dont la cause est visible, car le Phylloxera n'a pas moins d'un tiers de millimetre de longueur, dont la marcheest connue, car depuis dix ans on a pu mesurer sa puissance d'expansion, constitue un mal bien plus saisissable que la peste bovine. Celle-ci ne se manifeste que par ses effets; la cause nous echappe ; elle se transporte d'un animal a l'autre avec une puissance d'expansion redoutable et d'un bout de la France a i'autre.

» La Commission, comparant ces deux calamites, a voulu etablir que si les precautions sanitaires appliquees a la peste bovine l'ont arretee partout ou elle s'est manifestee, quoique nous ne connaissions pas les moyens de transmission qu'elle emploie, a plus forte raison reussira-t-on pour lePhyl- loxera, dont Fexistence n'est pas contestee, dont les moyens de transmis- sion sont connus et dont le pouvoir d'expansion s'est montre jusqu'a un certain point borne.

» II faut encourager le vigneron dont le domaine est encore intact a defendre son bien ; il faut apprendre au vigneron qui est atteint a se debar- rasser de son ennemi. II n'est pas bon de leur dire que si Ton se borne a tuer le Phylloxera aptere on n'a rien fait, puisqu'on n'a pas tue le Phyl- loxera aile.

( 19)

» Car la nature permet qu'il n'y ait pas de Phylloxera aile depuis le mois de novembre jusqu'au mois de juillet; des lors pourquoi ne pas en profiler pour detruire tous Ies Phylloxeras qui sontsous terre? N'est-ce pas ainsi que M. Faucon en a agi, en inondant ses vignes en hiver? Ne les a-t-il pas mises a I'abri du Phylloxera depuis plusieurs annees ?

» On dit, il est vrai, que ses vignes en souffriront ; eh bien ! jusqu'ici les informations de nos delegues, qui recueillent partout les faits concernant les vignes, naturellement ou artificiel lenient inondees, nous montrent cette pratique comme sans danger pour la vigne et comme absolument fnneste au Phylloxera, les vignes inondees restant saines au milieu de

absolument

ravagees.

» L'Academie verra, par les releves de 1873 et par la carte qui les re- sume, que le mal a fait de grands progres ; qu'il a franchi Lyon et qu'a- pres avoir couvert le Midi de ses ravages il menace le centre de la France, a ce point qu'on pourrait assigner le moment ou la Bourgogne serait en- tamee si Ton ne barrait le passage.

» L'Academie verra que le Bordelais et les Charentes sont fortement engages, et que chaque annee marque un progres nouveau du mal dans ces con trees.

» Sous pretexte que le mot contagion prete a quelque equivoque, sous pretexte qu'il y a des Phylloxeras ailes, faudrait-il done se croiser les bras et laisser perir la fortune de la France ? Car il s'agit d'une recolte qui est a la fois pour notre pays l'un des premiers elements de son hygiene, et pour l'Etat l'une des ressources les plus sures de l'impot. Quant a moi, je ne veux pas d'une telle responsabilite.

» Dans la derniere seance de la Commission, elle a appris de M. Mo- nestier qu'il a traite par le sulfure de carbone un grand nombre de vignes avec succes. Elle a appris de M. Petit qu'il a trouve le moyen d'employer avec efficacite le coaltar, et qu'il en avait fait usage surune grande echelle, tuant le Phylloxera et respectant la vigne.

» Elle a appris, d'autre part, que la transmission du Phylloxera d'une vigne malade a une vigne saine avait ete incontestablement effectuee, dans certains cas, par le soc d'une charrue de labour, comme elle 1'avait ete dans d'autres par les ceps, les sarments, les echalas voitures sans precaution.

» Est-ce bien le moment de renouveler les anciennes querelles que la definition de la contagion a toujours eu le privilege de susciter ? L'Aca- demie ne le pensera pas ; la Commission ne l'a pas juge opportun.

» Elle repeterait, sans hesitation, au vigneron le conseil de se defendre

( *>)

contre un mal dont la cause est certaine et la marche connue, par tous les moyens a sa disposition : l'eau, le poison, le fer, Ie feu, selon les circon- stances. Elle ne peut pas lui conseiller de se croiser les bras et d'attendre que les savants soient d'accord sur la valeur du mot contagion, ni surtout de se considerer comme desarme pour toute l'annee parce qu'il y a pen- dant six mois des Phylloxeras qui ont des ailes et qui echappent a ses coups. »

ASTRONOMIE PHYSIQUE. Sur le spectre de la comete Coggia. Lettre du P. Secchi a M. le Secretaire perpetuel.

« Rome, ce 22 juin 1874. » Nos travaux sur la comete Coggia ont ete interrompus par le mauvais temps. Nous avons cependant constate, le 18 et le 19, que le spectre a bandes du carbone se developpe considerablement, la bande verte restant toujours la plus vive, pendant que dans la comete de Temple la plus vive etait la jaune. Cela prouverait que les combinaisons des gaz ne sont pas rigoureusement les memes pour toutes les cometes.

» Au commencement du mois, on n'avait que le spectre a bandes; maintenant il y a une ligne generate qui reunit les bandes correspondant au noyau, de maniere a presenter un spectre continu. La vivacite n'est pas encore suffisante pour permettre, avecj nos instruments, de separer les raies en bandes. La forme du spectre est a peu pres celle-ci :

^ » II est remarquable que les bandes de la comete sont plus estomp^es et plus diffuses que les bandes de l'oxyde de carbone : elles rappellent les bandes que presente l'image de Tare electrique dans l'intervalle entre les charbons, lorsqu'on le projette par la fente, ou le spectre obtenu par Te- tmcelle electrique, dans la vapeur de benzine, dont j'ai parle dans mes Communications precedentes. »

( 2. )

M. le general Morin, en presentant la deuxieme edition da « Manuel pratique du chauffage et de la ventilation », s'exprime en ces termes :

a J'ai l'honneur de presenter a 1'Academie la deuxieme edition d'un ou- vrage dans lequel, sous le titre de Manuel pratique du chauffage et de la ven- tilation, j'ai resume les resultats des nombreuses experiences que je pour- suis depuis plus dequinzeans sur ces questions, qui interessent, plus qu'on ne le croit generalement, l'hygiene et la sante publique. Dans mes etudes sur la ventilation j'ai fait connaitre les principes qui m'ont dirig6 pour ces recherches.

m Les regies que j'indique dans ce Manuel ont recu dans ces dernieres annees de remarquables confirmations que je fais connaitre, et parmi les- quelles je me contenterai de citer les applications qui en ont £te faites a Paris en 1 869-1870, au palais du Corps legislatif, a Lille a I'hopital Sainte- Eugenie, a Cherbourg el en mer sur le transport a vapeur le Calvados.

» Dans la saison de chaleurs exceptionnelles que nous Iraversons, il n'est peut etre pas inopportun de rappeler qu'il existe des moyens simples d'obtenir,a laide d'une ventilation moderee, dans les lieux d'assemblees, de reunions publiques, de meme que dans les habitations privees, une mo- deration notable des temperatures interieures, que Ton peut maintenir a 5 ou 6 degres et plus au-dessous de celle de l'air exterieur.

» L'exemple des resultats obtenusavec continuite,en juin etjuillet 1870 au Corps legislatif, depuis plusieurs annees an Conservatoire des Arts-et- Metiers, ainsi qu'au Iaboratoire deM.H.Deville a l'Ecole Normale, montre que cette amelioration pourrait etre etendue et parfois meme sans frais a la plupart des edifices publics ou prives, si les architectes voulaient s'en preoccuper.

» Je regrette d'ailleurs de ne pouvoir citer, parmi les lieux qui ont jus- qu'ici regu Papplication des principes si simples de la ventilation, la salle meme des seances de 1'Academie, qui laisse si fort a desirer, en toute saison, sous les rapports de la salubrite et de la temperature. »

M. Belgrand invite les Membres de 1'Academie a visiter les eaux de la Vanneau pont aqueduc d'Arcueil.

( m )

MtiMOIRES PR^SENTES.

astronomie physique. Sur I'appareil pholographique adopte par la Com- mission du passage de Venus. Reclamation depriorite. (Ex trait d'une Lettre de M. Laussedat a M. Dumas.)

(Renvoi a la Commission du passage de Venus.)

« Paris, le 6 juillet 1874. » M. Newcomb a imprime que la methode a adopter pour l'observation photographique etait celle du Dr Winlock, « qui n'est autre, dit-il, que celle de M. Laussedat ».

» L'appareil que j'ai imagine en i860 pour observer photographique- ment l'eclipse de Soleil du 18 juillet, en Algerie, et que j'ai encore propose le premier en fevrier 1870, pour l'observation du passage de Venus, epoque a laquelle la Commission n'avait pas meme pense a la photographie, le Rapport de M. Laugier le prouve, est identiquement celui que la Commis- sion a adopte. II est en passe de devenir un instrument regulier d'Obser- vatoire, et deja on en a installe un a Cambridge (E.-U.), pour l'observation journaliere du Soleil. Je l'ai installe en Algerie en i860, en Italie en 1867 et en 1870; j'etais dispose a nerien negliger, ni temps, ni peine, ni argent, pour le porter au plus haut degre de perfection que j'aurais pu atteindre avec mes propres ressources. La guerre et ses consequences ont mis ob- stacle a mes projets: mais les resultats obtenus anterieurement demeurent acquis et consacrent tres-clairement mon droit d'inventeur. »

M. Dumas n'a rien a ajouter a la Lettre de M. le colonel Laussedat, dont les droits ne lui ont paru mis en doute par personne, dans aucune circon- stance, pendant le cours des travaux de la Commission.

viticulture. - Sur les moyens demployer le sulfure de carbone dans le traitement de la vigne attaquee par le Phylloxera; par M. Fouque (Extrait d une Lettre a M. Dumas.)

(Renvoi a la Commission du Phylloxera.)

« Oran, le a3juin. >> La question du danger relatif au maniement du sulfure de carbone, et a son action sur la vigne, ne pent se resoudre qu'avec des soins et de la prudence. Depuis plus de dix ans j'emploie le sulfure de carbone pour la

fabrication de la glace. J*en ai employe pour cet usage ou vendu pour ttier les charancons plus de a5ooo kilogrammes.

» Au debut, quand il etait cher, je le fabriquais; aujourd'hui, je me le procure a 5o francs les ioo kilogrammes.

» 11 ne m'est jamais arrive d'accident. Le sulfure est dans des futs cylindriques en fer solide bien rives. On les place debout, n'ayant qn'une ouverture fermee par un boulon en cuivre visse. Je mets toujours dans le fut une couche d'eau de 3 a 4 centimetres pour intercepter le contact de l'air. Je le tire avec un siphon regie par un robinet. Dans le magasin d'en- trepot, il ya une excavation souterraine qui emmene les vapeurs qui se degagent lorsqu'on remplit les bouteilles.

» Pour remplir les flacons, j'ai imagine un petit appareil en forme de seringue, et avec un peu de pratique on pent facilement remplir trois cents flacons a l'heure. Gela pourrait se faire dans les champs sans le moindre danger.

» Mais quant a la trop grande volatilite du sulfure de carbone, il suffira de faire au bouchon des ra inures plus petites et meme de n'en faire qu'une seule, pour regler a volonte la sortie des vapeurs du flacon. Je dirai meme qu'on peut, par ce moyen, regler la volatilite tout aussi bien qu'avec un robinet.

» Je prends la liberte de vous adresser par la poste un flacon vide, dis- pose ainsi que je le recommande. Je pense, Monsieur et illustre Maxtre, que vous voudrez bien examiner mes observations, tres-flatte de repondre a vos objections s'il ya lieu. »

M. le Ministre des Affaires etrangeres transmet un Memoire de M. R. Giboyeaux, relatif a la solution de problemes geometriques. Ce Memoire, que l'auteur desire soumettre au jugement de l'Academie, a ete remis a l'agent vice-consul de France a Porto-Rico.

(Commissaires : MM. O.