J. M. FIEY, O.P.
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ASSYRIE CHRETIENNE
CONTRIBUTION A L’ETUDE DE L’HISTOIRE ET DE LA GfiOGRAPHIE
EGCLfiSIASTIQUES ET MONASTIQUES DU NORD DE LTRAQ.
VOLUME II
IMPRIMERIE CATHOLIQUE BEYROUTH
ex Itbns
53ett) fflarbutljo ILibrarv
nhono Edward C. Mathews Jr (
CORRIGENDA
(VOLUME I)
p. 9, n. 4 p. 31, 1. 7
p. 64 [26]
p. 95, § 3, 1. 3. p. 95, § 3, 1. 7. p. 100, n° 2, 1. 3 p. 108 avant [5J
p. 1 19, n. 1 p. 124, 1. 1
p. 169, fin § 3 p. 200, dern. 1. p. 211, no [1], 1.5
p. 222, §2, 1.1
p. 232, dansle§ [3]
p. 235, §2, 1.3 p. 242, 1. 9 p. 242 p. 243, 1.3 p. 243, n. 2 p. 260, §4
An lieu de :
Lire :
Elie VII Elie VIII
supprimer la phrase : plusieurs manuscrits dc son couvcnt
font dc R. Hormizd un martyr. SargIs (Serge) aj outer : Entre a Page de dix ans au couvent de R. Bar ‘Eta l’annde meme de la mort de celui-ci (611-612), il devint mdtropolite d’Adiabene en 661 et dota son couvent d’origine de terres, de vigncs et d’un moulin [Hist, of Bar Idta, II, I, p. 256-257).
Elie VII Elie VIII
Kotsanes Qudsanes
au VIe-VIIe siecle au VIIIe siecle
ajouter : [4a] Mar Hudahwi, milieu du \TIIIe
siecle. Fait Joseph Hazzaya supdrieur de Margana
( L.C. , n° 126).
supprimer : au synode de Jean V bar Abgar (1000-101 1 supprimer tout le paragraphe commengant par : Or, Yusif dtait n 6.
1907 1807
Makklha II Makkiha Ier
Iso‘yaw II Iso‘yaw Ier
Au VIIe siecle Au VIID siecle
supprimer: « Frere du patriarche Thdodose»... et puis « mdtropolite... », jusqu’a la fin du paragraphe. 1830 1850
supprimer : la foret du monastere... jusqu’a B. ‘Aw d. supprimer la note (7) avec rdfdrcnce a Bk. II, p. 673. supprimer : aide par le supdrieur Paul. supprimer : Bk. II, p. 648. chammas pretre
ASSYRIE CHR ETIENNE
RECHERCHES
PUBLICS SOUS LA DIRECTION DE
L'INSTITUT DE LETTRES ORIENTALES DE BEYROUTH
Tome XXIII
J. M. FIEY, O.P.
ASSYRIE CHRETIENNE
CONTRIBUTION A L’fiTUDE DE L’HISTOIRE ET DE LA GfiOGRAPHIE
ECCLfiS I ASTI QUES ET MONASTIQUES DU NORD DE L’lRAQ.
VOLUME II
IMPRIMERIE CATHOLIQUE BEYROUTH
DANS LA MfiME COLLECTION
I. M. Chebli, Fakhreddine II Maan, prince du Liban (1572-1635).
II. A. Bogolioubsky, Notice sur les batailles livrees a Vennemi a partir du leT juin 1770.
III. A. N. Nader, Le systlme philosophique des Mu'tazila (premiers penseurs de V Islam).
IV. M. Tallon, Livre des Lettres (Girk T’/t’oc). Documents armeniens du Ve siecle.
V. H. Fleisch, L' Arabe classique. Esquisse d'une structure linguistique.
VI. A. Nader, Le Livre du triomphe et de la refutation d'Ibn al-Rawandi Vheretique , par Abu al-Husayn al-Khayyat, le multazil.
VII. P. Nwyia, Les Lettres de direction spirituelle d'Ibn ‘ Abbdd de Ronda (ar-Rasail as-sugra) .
VIII. F. Jabre, La notion de la mctrifa chez Ghazali.
IX. W. Kutsch, Tabit ibn Qurra's Arabische Gbersetzung der ’ApiQpnrjToo) ElaaycoY^ des Nikomachos von Gerasa.
X. A. Fattal, Le statut legal des non-musulmans en pays d' Islam.
XI. I. -A. Khalife, Le Sifa ’ -us-sa'il litahzlb-il-masa'il d'Ibn Haldun.
XII. J. M. Fiey, Mossoul chretienne.
XIII. W. Kutsch & S. Marrow, al-Farabi's Commentary on Aristotle's ITepC 'Eppnr)veia<; (de interpretations) .
XIV. M. Bouyges & M. Allard, Essai de chronologie des oeuvres d'al-Ghazali.
XV. M. de Fenoyl, Le Sane tor al copte.
XVI. H. Fleisch, Traite de philologie arabe. Vol. I.
XVII. P. Nwyia, Ibn ‘ Abbdd de Ronda (1332-1390).
XVIII. A. Tamer & I. -A. Khalife, Le Kitdb al-haft wa-l-azillat d'al-Mufaddal ibn ‘ Umar al-Qafl.
XIX. Osman Yahya, Le Kitdb hatm al-awliya ’ d'al-Tirmidi.
XX. M. Allard & G. Troupeau, L'Epitre sur l' Unite et la Trinite} le Traite sur /’ in¬ tellect et le Fragment sur Vame de Muhyi al-Din al-Iffahani.
XXI. S. Abou, Enquetes sur les langues en usage au Liban.
XXII. J. M. Fiey, Assyrie chretienne. Vol. I.
XXIII. J. M. Fley, Assyrie chretienne. Vol. II.
XXIV. P. Khoury, Paul d’Antioche, eveque melkite de Sidon (XIIe s.).
XXV. J. J. Houben, Le Kitdb al-majmu ‘ fi'l-muhit bi'l-taklxf de ‘ Abd al-Jabbdr.
XXVI. S. de Beaurecueil, Khwddja ‘ Abdullah An$dri ( 1006-1089) .
XXVII. J. Mecerian, Expedition archeologique dans V Antiochene occidentale. L'Eglise armeno -georgienae de Saint-Thomas.
A PARAlTRE
XXVIII. M. Allard, La doctrine des attributs divins dans VaParisme.
XXIX. W. Kutsch & Kh. Georr, Texte arabe du grand commentaire de la Physique d'Aristote , par Abu ‘All b. as-Samh. Vol. I.
troisiEme partie
BA NUHADRA
XII
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
1. — Les avatars des dioceses de la plaine de Ninive
Ba Nuhadra! Nom prestigieux, qui faisait briller de fiertd les yeux des chr^tiens de la grande figlise Syrienne Orientale au ddbut du Ve siecle!
La vaste province fertile, couvrant toute cette entitd naturelle qu’est la plaine de Ninive, dtait un des plus beaux fleurons de la couronne de Mada'in.
Hdlas, encore un peu de temps, et elle sera lacdrde en plusieurs lambeaux par un des plus tragiques ddchirements de l’histoire de la chrdtientd orientale. Un peu plus encore, et rdparpillement s’accentuera, pour se terminer par le quasi-andantissement.
C’est cette histoire dont je voudrais prdciser ici les contours. Selon la methode habituellement suivie, les faits tres connus et bien dtablis ne seront rappeles que rapidement, a titre de points de repere; par contre on s’arretera sur un certain nombre de ddtails historiques et gdogra- phiques dont la mise au point pourra, je Tespere, servir a d’autres pour dessiner la grande fresque heroique et tragique de V histoire de rfiglise d’lraq.
Rech. 23 — 21
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ASSYRIE CHRETIENNE
A travers les avatars dcs dioceses de la plaine de Ninive, essayons de suivre, etape par etape, l’ineluctable et navrant morcellement du grand Ba Nuhadra (1).
La grande province
Le nom de Ba Nuhadra, ou Bet Nuhadran, vocalise aussi Bet Nu- hadre (2), signifiait probablement «les Marches» (3), a cause de la proximity de la province qu'il designait de la frontiere entre Perses et Romains.
La denomination s’appliquait a une entite geographique bien deter¬ mine, a savoir la Plaine de Ninive, situee entre le desert mesopotamien et la montagne kurde. Ses limites primitives etaient: a l’ouest, le Tigre, qui la s^parait du Bet ‘Arabaye; au sud, le Grand Zab, dont l’autre rive etait occupee par l’Adiabene. Au sud-est et a Test, en remontant du sud au nord, le Hazir, puis le Gomel, la divisaient de Marga; du nord-est au nord la plaine est bordee par Bare continu de la chaine montagneuse connue aujourd’hui sous le nom de Gabal ‘Ain Sifni, al Gabal al Abiad, et Gabal Behair. Cette chaine est appelee par les au¬ teurs anciens, «la montagne du Ba Nuhadra».
Dans sa partie sud-est, la plaine est striee de trois plissements de moindre importance, a peu pres paralleles au Tigre, appeles aujourd’hui les Monts de Ba‘slqa, de ‘Ain as Safra, et le Maqlub. Ce dernier est le seul a atteindre environ mille metres.
Ces limites primitives sont attestees, par exemple, par les localisa¬ tions donnees par Iso‘dnah de Basrah, qui ecrit au IXe siecle mais reflete une g^ographie plus ancienne. II dnumere quinze couvents du Ba
(1) Ce chapitre a deja paru dans la revue V Orient Syrien , de Paris (VI/ 1961, p. 353-384). La decouverte ulterieure des Diptyques de Karamlaiss m’a amen£ a reviser les listes episcopales qui le terminaient.
(2) Ref. in Barsauma, cit. p. 117-118, n° 21.
(3) Du pahlavi «nuhadar», «marquis». D’apres Pognon, Inscriptions Semitiques , p. 29-30. Markwart, dans Eransahr, interprete le nom par le persan Neu Hatra (p. 22-23).
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
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Nuhadra, echclonnds du Maqlub au nord de Zaho ( 1 ) . Les memos lim ites sont confirmees par V Histoire de R. Bar ‘ Eta (2), lequel doit, au VIe siecle, pour aller du B. ‘Arabayd a Marga, apres avoir passd le Tigre, traverser «tout le Ba Nuhadra», et rien d’autre (3).
Si meme Ton ne compte pas dans le Ba Nuhadra la petite plaine du Sindi, au nord et au sud du Habur, a Test de Zaho (4), la province a encore 140 kilometres de long, de la gorge de Zaho au confluent du Grand Zab et du Tigre, et une largeur moyenne de 40 kilometres en¬ viron, du Tigre au pied de la montagne (5).
L’histoire paldo-chrdtienne de la region est dvidemment un peu brumeuse. D’apres le Liber Tunis (6), Addai, Tun des 70 disciples, vint d’fidesse a Mossoul, envoyd en Orient par S. Thomas lui-meme. II y fut suivi par son disciple Mari, en 30 apres l’Ascension. Plus loin on voit qu’un certain Ahha se joignit a eux.
(1) Le plus septentrional est celui de R. Mar Atqen (n° 120 et 126).
(2) T. II, I, p. 191.
(3) L’enthousiasme dont nous avons vu Timoth^e I (780-823) faire preuve en parlant du «vaste et fertile» Ba Nuhadra, faisant paraitre par comparaison la grande Marga «dtriqude et resserr£e» (Lettre XXVIII, CSCO, 75/31, p. 103), ne peut se jus- tifier qu’en reference a ce grand Ba Nuhadra du ddbut, et non au petit Ba Nuhadra de son temps. De plus on remarquera que le Nuhadra des reves de Timoth6e a une frontiere commune avec Marga, puisqu’un village demande a passer de l’un a l’autre. La conjoncture ne peut se verifier qu’au B. Rustaqa dont on parlera plus loin.
(4) Budge, suivant Hoffmann (p. 209-216), lui donne comme extreme pointe nord: Halmun, sur la rive gauche du Habur ( Bk . II, p. Ill, n. 2 et Hist, of Bar Idta , II, I, p. 233, n.) ou naquit Sahdona (Bk. II, p. Ill, et L.C. , n° 128), a iden¬ tifier avec celui de Badger ( Nestorians , t. II, p. 394) et de Layard ( Nineveh , 1. 1, p. 224), qui se trouve a environ 10 km. a l’O./S.O. d’AsIta, soit a une trentaine de kilometres au N. de ‘Amadla.
(5) Les limites: Tigre, Habur, Tur ‘Abdln et Singar, donn^es par Chabot ( Syn . Or., table, p. 669, avec r£f. a Hoffmann, 208-216 et Markwart, 22) suivi par DHGE , VI 1 1/1935, col. 1236, s.v. Beth Nuhadra , ne semblent pas toutes exactes, surtout les deux dernieres.
(6) Mari, lat. p. 2.
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ASSYRIE CHRETIENNE
De la meme tradition se fait l’Echo ‘AwdIso‘ de Nisibe (1), qui dit que «la Perse et TAssyrie... jusqu’au pays de Gog et Magog, ont EtE Evangelises par Aggai, le fabricant de soie, disciple de l’apotre Addai». Rien d’Etonnant qu’une telle concentration apostolique ait assurE Pevangelisation du pays des le premier siecle, du moins si Ton en croit la legende.
Ge qui est sur, c’est que le diocese du Ba Nuhadra existait dEja, peut-etre depuis longtemps, quand le synode de Seleucie, sous le catho- licos Isaac, en 410, organisa l’Eglise Syrienne Orientale, et rangea ce diocese parmi les suffragants d’Erbil (2). L’Eveque de ce temps, le premier connu, s’appelait Isaac (3).
Ou se trouvait le centre administratif du Ba Nuhadra, siege normal de son Eveque? Tres probablement a un point situe sur la Route du Roi, et a distance a peu pres Egale des limites nord et sud de la province. Si l’on se souvient que la grande route sassanide longeait a peu pres la «montagne du Ba Nuhadra», le milieu du trajet se trouve presque exac- tement au site appelE actuellement Tell Hisaf, a six kilometres d’Alqos. Le nom ancien de la localite aurait etE Tell Has, et c’est justement la que la lEgende situe le premier siege Episcopal. L’histoire de Daniel le MEdecin (4) dans laquelle se trouve ce dEtail est une des plus invrai- semblables (et ce n’est pas peu dire) du cycle hagiographique ; ne se pourrait-il pas cependant qu’un dEtail authentique ait EtE gardE, celui de la localisation du premier siege Episcopal du nord de l’lraq? Seule la fouille du tell pourrait peut-etre rEpondre a la question.
(1) Epitome Can. Apost. (Mai, X, pars. I), p. 8.
(2) Syn. Or p. 272 et 617.
(3) La tradition chretienne appelle Zey‘a (moderne: Zeyia) le premier Eveque de Ma‘alta, a qui l’eglise du lieu est encore dediee.
(4) Legende de Mar Daniel, en chaldeen dans A.M.S. , III, p. 481-510: en arabe in Suhada ’, II, p. 175. Le nom de Miles donn6 au premier titulaire semble plus sujet a caution.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
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Premiere division
Rapidement la presence d’un second centre se dessine a cotd du premier. De prime abord, il semble que, malgrd la persdcution, les con¬ versions s’dtaient tellement multiplies qu’un seul dveque ne sufFisait plus a administrer toute la province. Le premier dveque de Ninive, Ahudem- meh, apparait en 554. Qu’il y ait bien eu des lors deux dveques diffd- rents, Tun pour le Ba Nuhadra et l’autre pour Ninive, est dvident en l’annde 585, ou Mar Gawsiso* de Ba Nuhadra signe les Actes du synode dTs5‘yaw I (1) en meme temps que Mar Awa de Ninive.
Pourquoi Ninive fut-elle choisie comme centre d’un nouveau dio¬ cese? II semble qu’un groupement chrdtien se soit cristallisd sur Tun des tells ddsertds de la vieille citd, peut-etre a cause de la presence, des le IVe siecle (?), du couvent de Jonas. En meme temps, sur l’autre rive du «fleuve paradisiaque», a l’endroit ou dtait jadis la «citadelle de l’autre cotd» qui ddfendait Ninive vers l’ouest, le village de Naw Ardaslr se ddveloppait et, vers 570, Iso‘yaw bar Qusrd y batissait k son tour un monastere. Deja done avant la conquete musulmane qui consacrera la suprdmatie de ce que les Arabes nommeront Mossoul (al Mawsil), s’es- quissait le processus qui va rapprocher de l’axe du Tigre la vie de la rdgion, ddveloppement dont Tun des efTets sera l’abandon de la Route du Roi, sassanide et kurde, pour la route du Tigre, qui deviendra bientot entierement arabe.
Quant aux territoires des deux dvechds qui se partageaient, au milieu du VIe siecle, le grand Ba Nuhadra, la gdographie semble indiquer que Ninive devait avoir sous sa juridiction le sud et Test, alors que du Ba Nuhadra ddpendaient le nord et l’ouest, e’est-a-dire le petit Ba Nuhadra.
Faut-il, a Ninive et au Ba Nuhadra, ajouter un troisieme dvechd, celui de Ma‘alta? Ma‘alta dtant situde pres de Dehok, dans la troude du Cabal al Abiad qui mene vers kAmadIa, ne semble pas devoir etre distingude du petit Ba Nuhadra, dont elle fait gdographiquement partie.
(1) Syn. Or., p. 423.
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ASSYRIE CHRETIENNE
C’est d’ailleurs un fait certain que deux eveques de la fin du Xe siecle, cAwdiso‘ (963) et Yahwalaha (jusque 995) seront appeles eveques de Ma‘alta et du Ba Nuhadra. Meme quand le nom de Ma‘alta est employe seul, il ne semble done pas qu’il designe un eveche distinct de celui de Ba Nuhadra, du moins dans 1’acception desormais limitee du terme.
Cependant, il ne faut pas oublier qual existe un autre Ma‘alta, celui-ci clairement jumele a Hnita dans la premiere moitie du VIIIe siecle, ce qui le situe defmitivement en Adiabene du Nord, et done loin du Ba Nuhadra. On a vu plus haut quels eveques pouvaient probable- ment etre attribues a chacun des deux Ma‘alta. Si, comme on peut le supposer, Yazdapnah de Ma‘alta en 554 est le meme que Ton retrouve a Ninive en 576, cela ne peut etre qu’une «promotion» et indiquerait que, des cette date, le diocese de Ninive dtait devenu plus important que celui du Ba Nuhadra.
Inutile de rappeler ici que, avec la conquete arabe de 637, le centre de gravite de la region de Ninive passera vite de l’autre cote du Tigre, ou le couvent d’Isocyaw bar Qusrd hebergera bientot le nouvel eveche. Je dis bien «eveche», et non pas «palais du metropolite», car, quoi qu’il en soit des anachronismes de certains annalistes, tels que (Amr et Mari, Mossoul est loin encore d’etre devenue metropole et c’est de l’Adiabene, capitale Erbil, qu’elle dependra jusqu’au IXe siecle (1).
Mais nous avons parle jusqu’ici comme si la grande province etait restee intacte jusqu’a ce debut du VIIe siecle que nous avons d^ja effleurd, et comme si la prosperity et le developpement de sa chr^tient^, alors nestorienne, n’avait connu aucune ombre.
Helas, il en etait tout autrement. En plus de la persecution sassa- nide, vivace jusqu’a la fin du regime, et des graves problemes poses par la propagation, surtout parmi les moines, de l’heresie messalienne,
(1) D’apres le P. Samuel Giamil {Gen. Rel. , p. 541, n. 2) le siege de Mossoul
aurait et 6 uni a celui d’Adiabene jusqu’au milieu du VIIe siecle. C’est sous Iso‘yaw III
qu’il aurait ete s6par6 (?).
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
327
l’figl ise du catholicos de l’Orient courait un plus grand danger. Peut- etre meme la meilleure organisation de la lutte contre ce nouveau danger fut-elle la cause principale de la creation du diocese de Ninive (1) et du premier demembrement de la grande province.
Les «Orthodoxes»
On ne nous en avait encore rien dit, mais le danger devait etre sdrieux pour que, en 484/485, le mdtropolite nestorien de Nisibe, le sinistre Barsaume, commengat une sanglante randonnde a travers l’Eglise de Perse. Si Ton en juge par les chiffres des victimes de la re¬ pression, l’hdrdsie (je parle de son point de vue) qu’il combattait par le glaive sassanide, devait s’etre repandue ddja de fagon critique. On a trouve exagdrd le chiffre de 7000 victimes donnd par Bar Hebraeus; mais si Ton songe que le mdtropolite d’Adiabene lui-meme dtait incrimind, on devine combien largement la reaction devait s’etre dtendue au petit peuple.
Que le mdtropolite accusd se soit enfui vers le couvent de Kuhta, au pied de Gabal Maqlub, oil il retrouve un personnage du nom de Bar Sahda, dont la tradition jacobite fait un eveque de Ninive (?), indique clairement que, des cette dpoque, les moines de la «Montagne des Mil- liers» avaient deja ddsertd le camp nestorien, si du moins ils lui avaient jamais appartenu. C’est un nouveau centre, plus tard monophysite, qui s’esquisse dans le Ba Nuhadra.
Je dis bien, «plus tard monophysite», car a-t-on ddja le droit de parler de monophysisme a propos de toutes les victimes de Barsaume? L’heresie existait ddja et avait dtd condamnde a Chalcddoine en 451; mais n’est-ce pas une simplification excessive, due aux auteurs jacobites postdrieurs, de conclure que, par leur refus de l’hdrdsie nestorienne, ces chretiens soient devenus du meme coup monophysites ?
(1) Comme ce sera, un siecle plus tard, la raison avoude de la crdation du diocese de Hadita.
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ASSYRIE CHRETIENNE
Quand, a la fin du Ve siecle, le propagandiste monophysite Simdon de B. Arsam parcourra l’empire perse (1), beaucoup lui affirmeront «etre etrangers a la foi nestorienne», mais ils ne disent pas qu’ils parta- gent ses croyances monophysites. J’aurais done tendance a penser que le mouvement auquel tenterent de mettre fin les dragonnades de Bar- saume dtait en rdalitd le refus, par une large portion de l’figlise de Perse, de l’hdrdsie nestorienne, enseignee par les anciens eleves de l’ficole d’Edesse, devenus dveques en ce pays. Parmi les persdeutds de la fin du Ve siecle, il y a d’authentiques monophysites, les repudiations du synode d’Acace (2) le prouvent, mais il y a aussi de vrais «orthodoxes», dans un sens plus exact que celui ou le mot est employ^ aujourd’hui par les Jacobites. Que la reaction les ait fait glisser progressivement dans l’he- rdsie contraire, peut-etre deja au temps de Simeon, et certainement au temps de Jacques Baradde, cela ne fait pas de doute, mais il faudrait etre prudent quant a la date ou Ton commence a parler de monophysisme en Perse.
Officiellement, la reunion de «ceux de la region d’Ator», comme dit Michel le Syrien, au patriarcat monophysite d’Antioche, n’aura lieu qu’en 629 (3). La «sdparation» anterieure est attribute a la crainte des Perses et a la difficult^ des voyages, qui les empechaient de monter au siege patriarcal pour en recevoir la consecration episcopale ; mais en fait, depuis 424, toute l’figlise de Perse dtait pratiquement independante et avait oublie le chemin d’Antioche; ce n’est que bien apres leur refus de communion avec Ctesiphon nestorien, en 484/485, que les centres «orthodoxes» de Perse recommencerent a se tourner vers Antioche.
(1) B.O., II, p. 409-410.
(2) Cf. Syn. Or p. 302: «Personne ne doit oser introduire le melange, la com- mixtion ou la confusion entre les diversites de ces deux natures. » — Le synode de Joseph, en 554, aura une phrase du meme genre ( ibid ., p. 355). Il faudra attendre Iso‘yaw I, en 585 ( ibid ., p. 396 et 454), pour trouver une condamnation nominale des Eutych£ens.
(3) M.S., II, p. 414-417.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
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Pour le moment, en 486, le synode d’Acace consolide canonique- ment les tristes gains de la repression (1). La constitution spdciale don- nee a l’Adiabene est gendralis^e, et les dveques «fideles» la signent. L’absence parmi ces souscriptions de la signature du mdtropolite d’Adia- bene ne peut pas ne pas etre remarqude; on a vu qu’elle n’dtait pas fortuite.
La reaction n’est pas dtouffde pour autant. Vers 540, done cinquante ans plus tard, le foyer du Gabal Maqlub se ranime. D’apres la tradition jacobite, le metropolite armenien Christophore, passant par la, aurait trouve quelques moines «niches comme des colombes dans les anfrac- tuosites du rocher» et aurait sacre Tun d’eux dveque. Le titre donne a cet eveque, nomme Garmai, de «metropolite de Mar Matta, d’Ator et de Ninive» semble un peu une anticipation. Du moins un «recit trouve dans le couvent de Mar Matta» et reproduit par Michel le Syrien (2), donne-t-il une liste d'dveques qui, s’ordonnant les uns les autres, vont faire la soudure avec le debut du VIIe siecle.
Entre-temps, en 559, Jacques Baradee conferait a Ahudemmeh, eveque de Takrlt, le titre de metropolite d’Orient. (On ne dit pas encore maphrien.)
Cette nomination pose bien des questions, dont la moindre est de savoir si vraiment le grand lutteur qui donna son nom a la secte jacobite vint lui-meme dans l’empire perse (3), ou effectua de loin cette designa¬ tion? Mais surtout, comment se fait-il que Takrlt, la seule cite qui est dite avoir ete assez puissante pour resister a Barsaume, ait du attendre la venue de Jacques Baradee pour etre «convertie», et qu’elle ait du
(1) Je ne sais par quelle lugubre ironie un auteur chaldeen moderne ose parler de «victoire des doctrines nestoriennes» ! ( al Kanlsat ul Kalddmya fi t tdrih , par A. S. Shawriz, Mossoul, sans date (vers 1930), p. 26).
(2) M.S., II, p. 417 et B.H., Hist. Eccl. , II, col. 85. — Cp. les reserves du P. Peeters a propos de Kares de Singar a la meme epoque, in La passion arabe de S. ‘ Abdul Masih, in Anal. Boll., XLIV/1926, p. 284-285.
(3) Comme le voudrait par exemple la Chronique de Seert (II, 50) ou Mari (lat. 39) qui le fait s’enfuir de Takrlt, sous Acace (485-495).
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ASSYRIE CHRETIENNE
patienter jusqu’en 559 pour avoir un eveque? Michel le Syrien dit clai- rement (1) que, de l’expedition punitive de Barsaume a l’institution de Garma'i a Mar Matta, done de 485 a 540, le siege de l’Orient demeura «sans directions La communaute invaincue de Takrit n’avait-elle done pas de chef? Et pourquoi n’en demanda-t-elle pas un a Christophore, ou a Garma'i? II y a beaucoup de mystere autour de la naissance du siege de Takrit, qui apparait dans l’histoirea une periode indument tar¬ dive, et est dofe immediatement d’un metropolite. La promotion eclair d’Ahudemmeh est bien attribute par Jean d’Asie (2) a la brillante vic- toire de l’eveque sur les Nestoriens, dans une conference contradictoire tenue devant Chosroes I, mais la preeminence donnee au siege semble indiquer plus qu’une preference de personne; ne marquerait-elle pas aussi une certaine mefiance vis-a-vis des moins orthodoxes de Mar Matta ?
Les Jacobites
Mais revenons au Ba Nuhadra et a Ninive. La paix accord^e par Chosroes I aux «orthodoxes», au milieu du VIe siecle, leur permit d’in- tensifier leur propagande. Le Maqlub passe progressivement entre leurs mains, et des 570 ils se sentent assez forts pour battre impunement plu- sieurs fois le moine nestorien Iso‘yaw bar Qusrd et le forcer a quitter les lieux.
C’est alors que semble apparaitre, a cote de Ninive, dont feveque reside a Mar Matta, un deuxieme eveche «orthodoxe», qui s’appelle lui aussi eveche du Ba Nuhadra (3). Le premier titulaire parait bien avoir ete le fameux proselyte Zakai, moine de Mar Matta. C’est lui qui va
(1) M.S., III, p. 29.
(2) Cite par Nau, in Hist, de Mar Ahoudemmeh , p. 9.
(3) Feu le savant patriarche jacobite Mgr Barsaume mentionne un certain Sulaiman, eveque «orthodoxe» du Ba Nuhadra des 424; malheureusement il ne donne pas sa reference {Rev. Pair. Syr., III/1936, p. 195). II ne semble pas que le Grand Ba Nuhadra jacobite ait the divise en Ninive (Mar Matta) et petit Bahadra avant Zakai, car hauteur de la vie de Maru ta (p. 66) met non seulement Baqaq et Baiban en Ba Nuhadra, mais aussi Bartelli.
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conduire l’oflfensive jacobite qui bientot coupera en deux le grand Ba Nuhadra nestorien, sans prdjuger des avances sdrieuses dans les districts voisins, notamment Marga. Zakai aurait sidgd de 593 a 605 (1). Desor- mais, et malgre les mesures de salut public ddcrdtees par le synode de Sawrisoc, en 596, la partie etait deja perdue pour le camp nestorien: la division de la chrdtientd d’Assyrie allait se consommer.
Le coup final fut dvidemment portd par la defection retentissante du mddecin nestorien Gabriel de Singar qui, Henri VIII avant la lettre, concevra d’un refus de divorce et d’une excommunication, une haine mortelle pour l’Eglise qui ne s’etait pas plide aux caprices de ses passions. On sait comment, usant de son influence toute puissante sur Chosroes II, l’archiatre, rallid aux Jacobites, fera tout ce qui sera en son pouvoir pour favoriser sa secte d’dlection et persdcuter ses anciens coreligionnaires. La grande bataille se livra entre 609 et 628, c’est-a-dire de la mort du catholicos Grdgoire I a celle de Chosroes Parvviz.
Au-dessus de la confusion de la melde, quelques grandes figures nestoriennes Emergent, qui essaient de dominer la situation: c’est le co- losse Yonadab, mdtropolite d’Adiabene, qui empechera les hdrdtiques de prendre pied entre les deux Zab (il crdera specialement a cet effet le diocese de Hadlta en 595) et essaiera meme, vers 612, d’arracher Mar Matta aux seides du rendgat. C’est le jeune et brillant Isocyaw de Haz- za (2), alors dveque de Ninive, qui refuse (provisoirement) une position plus honorable car, dit-il, il ne peut abandonner la lutte qu’il mene pour sauver son diocese des «ddmons qui se sont rebellds sur le Mont Alpap». C’est le moine Bar ‘£ta, mort en 611 qui, de son couvent de Marga a la pointe sud-est du Maqlub, fait frapper par la colere divine les villages
(1) En fait les atermoiements de Maruta pour accepter sa succession dureront encore a l’arrivde des Romains en 627. Zakai avait du mourir vers 625 (Hist, de Maruta , p. 72 s.).
(2) Litterae Isoyahb Pat., Ill , dd. R. Duval, CSCO , 1955, surtout n° 39, p. 65; n° 44, p. 81; n° 13, p. 155; n° 17, p. 164; n° 50, p. 97; n° 24, p. 45; n° 43, p. 76; n° 48, p. 93.
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transfuges. Ce sont tant d’autres, dont Thistoire a malheureusement oublie les noms.
Helas! ni la diplomatic et les influences que fait jouer le m^tropolite, ni les lettres d’adjuration qu’envoie l’eveque et les excommunications qufll fulmine, ni les chatiments infliges par le thaumaturge, ne peuvent arreter le raz de maree.
Les autorites civiles locales sont soudoyees par les deux partis a leur tour, les soldats du roi interviennent pour Gabriel, et les gardes d’Adia- bene pour Yonadab, les eleves des ecoles religieuses sont mobilises pour bafouer et trainer de village en village un propagandiste trop audacieux, le pauvre Nana, disciple de Zakai; rien n’y fait, la nouvelle doctrine s’infiltre partout, meme dans les prisons sassanides ou les futurs martyrs attendent la mort. A part quelques villages (B. Gurbaq, Karamlaiss, B. Zawayd, B. Bore), tous les environs de Ninive deviennent jacobites. Les gens de Bet Bar Telli et ceux de B. Daniel (Badana), gagnes au mono- physisme, s’emparent du couvent de Mar Adona, avant meme la mort de Bar ‘£ta; B. Hudaida (Qaraqos) voit un de ses «renegats», avant 615, p^netrer dans la cellule ou Mar Is5‘sawran est emprisonne, etreus- sir, par ses arguments sp^cieux, a brouiller les idees du saint homme.
Quand la bataille de Ninive livrera la region aux Romains d’Hera- clius, en 627, les Jacobites auront occupe tout le sud de la province du Ba Nuhadra, en un vaste croissant partant, au sud, du couvent de Mar Behnam; montant vers Qaraqos et Bartelli, faisant par le Maqlub sa liaison avec leur nouveau diocese de Marga sur le Hazir et le Gomel, s’incurvant ensuite vers la region de ‘Ain Sifni, passant a six kilometres seulement au sud-est d’Alqos, a B. Bani (Baiban) ou ils avaient installe une ecole, puis s’inflechissant vers fhorizontale, venant couper la route moderne Mossoul-Zaho a B. Qoqi (Baqaq), oil ils avaient egalement une ecole, a trois kilometres au sud de laquelle se trouvait le couvent de fun de leurs stylites, Mar Miha’il (Dair Astun), et a sept kilometres au nord duquel se trouvait le grand couvent-txole de Nardos (Dair Gundi), bientot siege de leur eveque du Ba Nuhadra; rejoignant enfin le Tigre
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au couvent de Samuel le Montagnard (au nord de ‘Arayr), en face du couvent de «S. Serge sur le Mont Aride» (ad Dair al Mu'allaq, sur le Gabal Butman) par ou se faisait la jonction avec le B. ‘Arabayd jacobite, lui-meme prolongd vers l’ouest par le Gabal Singar, dgalement conquis.
U organisation du vainqueur
Le monophysisme victorieux pouvait desormais organiser le terrain arrachd de haute lutte a l’enncmi. Cela ne tarda pas et, des 629, le patriarche Athanase notifiait aux moines de Mar Matta (1): «Mar Maruta a dtd ordonne pour Takrlt. Afin qu’il n’y ait qu’un seul chef pour les dveques d’Ator, du B. ‘Arabayd et des differents lieux du B. Parsayd... nous avons institue Mar Maruta de Takrit chef et directeur general de tous les dveques sus-nommes, de leurs regions et de leurs pro¬ vinces, de maniere qu’il soit pour tous notre reprdsentant, notre lieute¬ nant et comme notre vicaire.»
Ainsi etait institud le premier catholicos, tete d’une lignee qui durera jusqu’en 1859; ainsi dtait humilie pour la premiere fois l’eveque de Mar Matta et de Ninive, reconnu cependant nominalement comme metro- polite d’Ator (2). Ainsi commengait une rivalitd, qui ne cessera vdri- tablement qu’a la fin du XIIIe siecle, entre les maphriens et les m^tro- polites de Mar Matta, rivalitd qui se refidtera dans les alldgeances des villages des environs du couvent et, a Mossoul meme, dans les querelles de lutrin entre les Matteens et les dmigrds Takritains (3).
Ce qui nous intdresse plus directement ici c’est forganisation du Ba Nuhadra jacobite, comprenant «tous les dveques de votre rdgion d’Ator». En fait ce pluriel, dgalement attestd dans plusieurs autres textes, semble couvrir deux choses: d’abord, de fallots personnages rdsidant au couvent, ou dans les autres couvents de la diete, et dotds du titre
(1) M.S., II, p. 416.
(2) «L’dveque qui aura dtd rdgulierement dtabli pour votre couvent sera 1’ar- cheveque et le m<§tropolite de tous les dveques de votre rdgion d’Ator. »
(3) Cf. Mossoul Chretienne. Sur Takrit voir Orient Syrien, VI 1 1/1963, p. 289-342.
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d’eveques, sans dioceses bien determines (1), maisil recouvre certainement aussi de vrais dioceses, dependant du metropolite de Mar Matta. Parmi ceux-ci, seul le diocese de Ba Nuhadra est identifie. En 629, son eveque s’appelait Daniel (2). Apres lui, quatre eveques seulement sont connus qui portent le titre, le dernier date de 1284.
Comme nous l’avons fait pour le diocese nestorien, nous devons ici nous poser la question: le diocese jacobite du Ba Nuhadra et celui de Ma‘alta, mentionne par Bar Hebraeus (3), sont-ils a distinguer, ou ne forment-ils qu’un seul et meme diocese? Je crois bien qu’il ne faut pas les distinguer, et que Ma‘alta et Nuhadra ne sont que deux noms interchangeables du meme diocese.
C’est d’abord la geographic qui parle: le secteur jacobite qui coupe en son milieu le Ba Nuhadra nestorien comprend une partie du district de Ma‘alta.
On verra que le siege de Feveque se trouvait pres de Faida (B. Ma- lud ?). II eut done ete plus exact de donner au diocese jacobite le nom de Ma‘alta; mais on comprend que les historiens, souvent un tantinet chauvins, aient prefere employer le titre un peu pretentieux de Ba Nu¬ hadra, qui sonne comme un nom de victoire. C’en etait une en effet, puisque les Jacobites avaient reussi a dechirer en deux la grande pro¬ vince antique.
De plus, on remarquera que seule la liste de Bar Hebraeus parle de Ma‘alta, au troisieme rang des eveches soumis au catholicos. Les autres listes paralleles et egalement posterieures, celles des auteurs nes- toriens, l’anonyme de la Chronique de Seert (4) et les compilateurs du
(1) Par exemple en 752, F6veque Jean (liste de Mgr Barsaume, n° 9) assiste au synode «d£plorable» de Telia et souscrit pour lui-meme et «pour les eveques Joseph, Jean et Zacharie, de mon monastere» (Honigmann, cit. p. 102); ( Lisan , III/ 1 95 1 , p. 121); ( al LuHu\ cit. p. 317).
(2) Le Q., n° I; B,0., II, n° IX ( Dissertatio , p. 103) et p. 416 et 419.
(3) II, p. 123.
(4) II, p. 223.
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Liber Tunis (1) mettent a ce meme rang le Ba Nuhadra. Bar Hebraeus, qui ne veut rien oublier, fait un rappel du Ba Nuhadra au neuvieme rang, quand il a fini la liste commune de huit noms. En fait, il semble bien que nous ayons affaire a un doublet: ici aussi le Ba Nuhadra et Ma‘alta sont identiques, et c’est pourquoi on ne connait au pretendu diocese distinct de Ma‘alta aucun titulaire jacobite (2).
Le regroupement du vaincu
Quelle etait alors la situation territoriale du vaincu nestorien, spolie et mutile? Le grand Ba Nuhadra a 6t6 dcarteld en trois parties, isoldes les unes des autres.
La partie nord, qui ddsormais portera le titre ddchu, sera connue des gdographes arabes sous la forme contractee de Bahudra ou Baha- dra (3). Son dveche sera peut-etre a Ma‘alta de Dehok, dont il porte ega- lement le nom. Sa frontiere sud est a peu pres formde par le plisscment secondaire, oriente est-ouest, qui rejoint le Tigre en coupant la route moderne Mossoul-Zaho au-dessous du village de Faida. Il semble cepen- dant, d’apres la position en Ma'alta donnee a Ba ‘Adrd par le Synodicon Orientale (4), qu’une poche situde au pied de la montagne et comprenant quelques villages, dont Alqos, coupes de Ninive par le croissant jacobite, ait 6te encore rattachde au diocese de Ma‘alta, dont la frontiere se trouve ainsi reportee entre Ba £Adr6 et Berestek. Ce dernier village appartenait au B. Rustaqa dont nous allons parler dans un instant.
Le district meridional, qui ne s’etend plus vers Test que jusqu’a Karamlaiss, comprend Ninive et Mossoul, ou le patriarche Iso‘yaw III
(1) Mari, lat. p. 54.
(2) Le Q., O.C., II, col. 1587-1588, d’apres B.O. , II, n° IX ( Dissertatio , p. 91) et p. 419. — Voir aussi les listes de M.S. (Ill, p. 450 s.). — Mgr Barsaume ne se pro¬ nonce pas contre l’identification; il dit seulement: «Ma‘alta: son £veque est mentionnd pendant le dernier tiers du Ve siecle» ( Apergu , p. 195).
(3) R6f. dans Canard, Hamdanides , I, p. 114-115, avec reserve cependant sur «al Mughita», qui est Ma‘alta du Zab et n’a rien a voir avec le Bahadra.
(4) B.O., III, I, p. 391, et III, II, p. 178.
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pourra encore retarder la construction d’une dglise jacobite en 657/ 658 (1) ; puis il remonte jusqu’a Tell Esqof, suivant la ligne des villages encore aujourd’hui chaldeens, Tell Kaif, Batnaya, Baqofa et Tell Esqof.
Un troisieme lambeau s’est trouve isole derriere le Maqlub, a Test de ‘Ain Sifni; c’est le district appeld B. Rustaqa qui, coupe de ses bases, sera rattache administrativement a Marga.
L’eveche nestorien de Ma‘alta et de Bahadra continuera a avoir des eveques au moins jusqu’au XIIIe siecle. Le dernier connu est Malklso1 2 3 4, en 1266.
Le diocese de Ninive-Mossoul etait promis a un avenir plus brillant. D’abord soumis au metropolite d’Erbil, il deviendra lui-meme metro- pole entre 823 et 828, Erbil passant alors au rang de suffragant. Meme quand Erbil, ayant regagne un peu de son ancienne splendeur, rede- viendra metropole, entre 1176 et 1188, Mossoul gardera cependant son titre, si bien que Ton aura deux metropoles nestoriennes pour le nord de l’lraq.
Faut-il situer dans la region de Ninive le diocese nestorien de Taimana, qui n’a pas encore dte localise? On le trouve mentionne a trois reprises assez espacees. D’abord en 790, ou son eveque s’appelle Moise (2), sans autre precision. La deuxieme mention est contenue dans un manuscrit de la Bibliotheque Nationale de Paris (3) que l’abbe F. Nau date des environs de 900. En fait il faut placer ce manuscrit avant 823-828, puisque le diocese de Ba Nuhadra y est encore soumis a Erbil. On ne peut done savoir si le Jean de Taimana qui y est mentionnd avait son diocese en Ba Nuhadra ou en Adiabene. Enfin, Taimana figure, d’apres ‘Awdis5c de Nisibe (4), dans la liste des eveches soumis au me¬ tropolite d’Erbil, Hazza, Ator et Mossoul (?). Comme on estime d’ha- bitude que cette liste reflete la situation telle qu’elle etait du temps de
(1) Cf. Mossoul Chretienne, s.v. Eglise «ad latrinas».
(2) Syn. Or., p. 608, n. 3.
(3) Notices des Mss. Syr., cit., ROC, 2e serie, VI/1911, p. 271-323.
(4) Cit£ in Syn. Or., p. 619.
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1’auteur, on peut supposer que le diocese de Taimana existait encore au XI Ve siecle.
Le meme nom se retrouve dans la ldgende du moine Miha’Il, «l’egal des anges» (1). C’est dans «la terre de Taiman» que celui-ci batit son couvent. Ce couvent existe toujours; le pays de Taiman est done situ£ sur la rive ouest du Tigre, immddiatement au nord de Mossoul. Quant a son nom il peut vouloir dire simplement «le pays du Sud», peut-etre par rapport au grand Ba Nuhadra, ou encore comporter une reference a une tribu arabe, originaire du Ydmen (2) qui, comme plusieurs autres venant de la meme rdgion, se serait installee dans le district.
Cependant, une variante du meme nom se retrouve un peu plus bas sur l’autre rive, done cette fois en Ba Nuhadra: la premiere dtape des caravanes se dirigeant de Mossoul vers le sud dtait la locality des Ban! Taiman, a mi-route entre Mossoul et Hadita du Tigre (3), une dis¬ tance de sept parasanges la sdparant de chacune de ces deux villes. II n’y a plus aujourd’hui de localite de ce nom. D’apres la distance on peut l’identifier avec les ruines voisines du hameau actuel de Tuwagna (ou Tuwagna). On voit la-bas, a cotd de la route de Guwair, a l’ouest, un grand champ de decombres formant un carr6 d’a peu pres cinq cents metres de cotd et offrant le meme aspect que les ruines des bourgs m 6- didvaux de Guhaina, Dola‘iya, ou Balad. La localite a certainement connu une prosp6rit£ supdrieure aux villages de pisd environnants, car ici les maisons dtaient baties en pierres et en gass. Tuwagna se trouve a mi-distance entre Mossoul et Guwair sur le Zab. II n’est pas 6tonnant que le nom arabe ancien ait disparu, car les peuplades les plus
(1) V.g. en arabe dans Suhadd’, p. 115.
(2) V.g. Bk. II, p. 656 et n. 3; id., Mai, X, p. 141. — La Pchitta porte «la reine de Taiman» en Mt. XII, 42, pour notre «reine du Sud».
(3) Ibn Hurdadbah, al Masalik , £d. de Goeje, p. 67 et 163. Dans le texte de la Geographia Nubiensis (6h non pagin^e, Rome 1592) Idrisi met le lieu a mi- chemin entre Hadita et Takrit. Dans la Charta Rogeriana (1154) le nom est £crit en longueur, a Test du Tigre, au sud de Ninive. Cf. Konrad Miller, Mappae Arabicae, Stuttgart, 1926.
Rech. 23 — 22
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diverses ont habits le district depuis le moyen age, notamment les Tur¬ comans, et Tun dcs villages voisins s’appelle «Qara Quyunli Sufli».
Si c’est ici qu’il faut placer le diocese de Taiman, il correspondrait, comme son nom l’indique, a la partie sud du diocese de Ninive, qui aurait alors eu un eveque special (?). Bordant le Tigre et la route arabe, cette region etait tres prospere au IXe siecle, au moment oil Ton trouve des ^veques de Taimana, mais Ton n’a aucun renseignement sur sa chretiente.
De toutes fa^ons F appellation est tardive et implique peut-etre une nuance de flatterie vis-a-vis des Arabes. Peut-etre n’est-elle qu’un doublet qui cache un nom plus «chretien», Ninive par exemple? En effet, on ne peut pas ne pas remarquer que le nom de Ninive ne figure pas dans les listes ou P on rencontre Taimana; Ton ne possede malheureusement pas de liste qui puisse servir de terme de comparaison avec la nomenclature du Codex 354. Risquer une hypothese en la matiere serait done pre¬ mature.
La decheance de Mar Matt a
Le temps des luttes entre fractions chretiennes rivales est desormais passe. Dans les brassages de populations qui se succedent au cours des siecles (et dans quel siecle ce pays n’en a-t-il pas connu?) la chretiente de plus en plus reduite oublie ses querelles fratricides. On ira meme jusqu’a voir une eglise nestorienne se batir, en 767, a Takrit, la forteresse jacobite, en echange bien sur d’autres bons procedes.
Ndanmoins, au coeur de V Eglise Syrienne Occidental, la rivalite entre Takrit et Mar Matta, rivalite aussi ancienne que l’institution du catholicos, va entrer dans sa derniere crise. Voyant Takrit amoindrie par les vicissitudes des temps, et le diocese de Ninive florissant (1), le maph- rien Ignace Lazare veut remanier son dparchie et se soumettre directe- ment Ninive, qu’il doit par consequent enlever a l’eveque de Mar Matta.
(1) M.S., III, p. 307.
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II choisit bien son moment: en 1152, le mdtropolite de Ninive est mort, le maphrien refuse de lui designer un successeur. La solution dtait tres flatteuse pour la ville de Mossoul, mais chargde de menaces pour le futur eveque de Mar Matta; elle ne souriait guere non plus aux Takrltains, qui craignaient que leur ville ne perdissc encore de son importance en laissant partir son maphrien.
Takrlt eut deux fois gain de cause auprcs du patriarche Athanase, mais Lazare tint bon et ne sacra toujours pas de mdtropolite pour le siege vacant. Son obstination finit par l’emporter et le synode de 1155 sanctionna la reorganisation. C’dtait l’arret de mort de Takrlt, que les maphriens auront quittde avant la fin du siecle; c’dtait aussi le debut du ddclin de Mar Matta, soumis entierement ddsormais a la discretion du maphrien.
II semble cependant que le patriarche, qui avait approuve a regret la decision du maphrien, ait voulu donner comme un «prix de conso- lation» a l’dveque de Mar Matta, spolid de sa juridiction sur Mossoul. On est bien tentd de penser que ce fut des cette date que fut adjoint au titre de Mar Matta celui d’Adherbaidjan. On recrdait ainsi un vieux diocese historique datant de l’epoque de Maruta (1), mais bien dddord depuis. Surtout on dloignait de Ninive le maitre dvince, remplacd dans son couvent par un pale supdrieur. La situation dut engendrer quclque rancune, et aussi quelque honte, car le premier dveque, Timothde, en 1166, se contente de signer «dveque d’Adherbaidjan)). II faudra attendre 1232, avec Sdvere Ya‘qub de Bartelli, pour que l’dveque du grand cou¬ vent ddchu ose signer de son titre complet «£veque de Mar Matta (qui a ses yeux reste primordial) et d’Adherbaidjan» (2).
(1) Celui -ci avait crdd un diocese pour les Edessdniens ddportds par les Perses en 609.
(2) Ceci resout le pseudo probleme pos6 par Honigmann ( Barsaurna , p. 98, n. 7) a la suite de Baumstark (6^r. Lit.), p. 329. La confusion £tait n^e du catalogue de Wright des Mss. de Cambridge (Add. 2887.37) qui mentionnait un dveque du couvent de Mar Matta en Adherbaidjan. Ce couvent fantome a dd:ja ^td portd sur la carte, excellente par ailleurs, de F. Van der Meer, des Eglises du royaurne des Perses , dans
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Faut-il distinguer a cette epoque deux £vech£s jacobites, Tun d’Adherbaidjan et l’autre de Tabriz (1)? II semble que non, et rien dans la chronologie des eveques ne s’oppose a Identification. Cette solution repondrait aussi a la question posee par Honigmann (2) : Ou dtait le siege de l’eveque? II semble que l’on puisse repondre: a cette epoque, il 6ts.it a Tabriz (3).
Le jumelage, un peu bancal, de Mar Matta et de Tabriz, semble avoir dure jusqu’a la fin du XIIIe siecle, au moment ou un maphrien, Barsaume, passera cinq ans a Tabriz et a Maraga, de 1293 a 1298, et en profitera probablement pour rattacher directement le diocese a son eparchie (4). D’ailleurs, les grands seigneurs de Mar Matta s’etaient habitues a vivre a l’ombre du maphrien, et au role inferieur que cela signifiait pour eux; le contemporain de Barsaume, l’eveque Iwanis de Mar Matta, cohabita pacifiquement avec le maphrien; il se contenta de cultiver son jardin et de batir quelques chambres, une tache qui deviendra traditionnellement celle de ses successeurs (5).
Les dioceses recents
Le processus d’emiettement continuera encore dans la suite. Au XVIe siecle, le celebre couvent de Mar Behnam devint a son tour le
V Atlas de V antiquite chretienne , ed. fr., Paris -Bruxelles 1960, carte n° 36. La table des matieres du meme ouvrage (p. 196) est Sgalement a corriger, qui met «Mar Mattai'» cette fois en Adiabene.
(1) Comme le voudrait le Lisdn al masriq , 1 1 1/ 1 950, p. 25, n. 6 et 7, qui parle du diocese d’Adherbaidjan, dont le centre etait a Tabriz et dont «l’histoire a mentionn£ certains eveques», et du diocese de Tabriz, qui aurait et6 separe comme diocese special peu avant le XIIIe siecle.
(2) P. 112, n. 3, oil il suggere Ardabil.
(3) Il semble qu’il y ait eu aussi un eveque a Urmi, pres du lac de Van, v.g. Ignace, vers 1190 ( Lisdn , III/1951, p. 224). A la meme Epoque, le siege nestorien de la meme region dependait egalement de l’Adiab^ne-Assyrie. Plus tard tout le monde semble s’etre transports a Maraga.
(4) A ce moment l’Adherbaidjan dSpend du patriarcat jacobite de Sis (Honig¬ mann, p. 175, d’apres B.H., I, col. 793-797.
(5) Voir en appendice a ce chapitre la liste episcopale revisee du n° 17 au n° 21.
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centre d’un diocese, appeld Diocese de Mar Behnam et de Qara- qos (1). Le premier dveque en fut Iwanls Iso1 2 3 4 de Qaraqos, qui siegea de 1566 a 1576. On trouvera dans la prdcieuse histoire arabe du couvent, dcrite par Mgr Ephrem Abdal (2), une liste de six noms d’dveques, dont le dernier meurt en 1777.
Nous arrivons alors a la pdriode moderne, a laquelle appartient le seul dveque catholique ayant portd le titre de Mar Behnam et Qaraqos, Mgr Bisara Ahtal (Cyrille Behnam), sacr d en 1790.
Quand les Jacobites reprirent le couvent en 1798, ils y remirent un Eveque, bien qu’on ne connaisse plus de noms. L’eveque anonyme de 1809 sera sacrd patriarche intrus par le maphrien Basile Bisara (3), avant d’etre tud en 1818. On ne sait s’il avait etd remplacd a Mar Beh¬ nam, dont les moines furent dispersds en 1820.
II faudrait encore mentionner ici le diocese chaldden catholique de Zaho, hdritier du petit Ba Niihadra et de Ma‘alta de Dehok. Ce diocese eut peut-etre ddja des dveques catholiques des le XYIe siecle, mais ne fut converti ddfinitivement qu’a la fin du XVIIIe siecle (4). II fut drigd en diocese independant en 1850, et son premier dveque fut Mgr Em¬ manuel Asmar (1859-1875).
Ainsi se termine l’histoire des dioceses de la plaine de Ninive. On pourrait dvidemment traiter le sujet comme une sdrie de remaniements administratifs, se traduisant en statistiques et en listes dpiscopales. Je crois qu’il est plus exact de le voir comme la dissection progressive d’un etre vivant, et quand cet etre est cher, le coeur saigne a la pensde de son malheur. Hdlas, cela aura dtd le tragique destin de ffiglise historique d’lraq de ne pas connaitre des remaniements traduisant le ddveloppement et la vie, mais des ddmembrements trahissant les divisions et la mort.
(1) Apergu , p. 198.
(2) Al Lu'lu' an nadid , Mossoul 1951, p. 94.
(3) Mgr Armalet, Les Catholicos d' Orient et les maphriens Jacobites , dans al Machriq (Beyrouth) a partir de XXII/ 1924. Ici notice du maphrien n° 101.
(4) D’apres LEglise Chaldeenne Catholique , p. 70-72, par Mgr Tfinkdji, 1913 (et Ann. Pontiff 1914).
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Le renouveau dont nous sommes temoins dans les Egiises Chal- deenne et Syrienne Catholiques contemporaines, est en train de riparer les effets seculaires de cette loi de disintegration ineluctable qui est celle des sarments separes du cep. Pour aider a ce renouveau a ete organise en 1961 le diocese chaldeen d’Alqos, comprenant les anciens districts de Ba ‘ Adre et B. Rustaq. Le premier eveque en est S.E. Mgr Albahad Sana.
2. — Listes episcopales
N.B. : Les numeros n’indiquent pas forc^ment la succession immediate.
Eveques nestoriens du Ba Nuhadra et Ma‘alta
References :
Syn. Or., table p. 669.
Le Quien, O.C., II, col. 1221-1222.
D.H.G.E. , VIII/ 1 936, col. 1236, s.v. Beth Nuhadra. — Ce dernier article, de M. le Chanoine A. Van Lantschoot, donne une liste qu’il n’y a guere lieu de changer. Je me contente de la reproduire ici a peu pres exactement.
[1] Isaac, en 410 (Syn. Or., p. 272 et 617).
[2] Salomon ou Samuel, en 497 (Syn. Or., p. 310, 311, 315) (p. 621 Chabot note que la variante «parait imputable a l’inadvertance des copistes »).
[2a] (?) Yazdepnah, 554 (le meme eveque de Ninive en 576?,
Syn. or., p. 366, 368).
[3] Gawsisoc, en 585 (Syn. Or., p. 423). II y a un eveque de Ma‘alta du Zab au meme synode, et aussi un eveque de Ninive.
[4] Jean, en 605 (Syn. Or., p. 478). II y a un eveque de Macalta du Zab au meme synode.
[4a] cAwd!so‘ (Histoire of ... R. Hormizd, p. 80) vers 640.
[5] Isaac (L.C., n° 139 et 140), fin du VIIe s.
[6] Nestorus, sacre en 790 (Syn. Or., p. 608, n. 3).
[7] BrihIso‘, debut du IXe siecle (cod. 354, B.N., Paris; R.O.C., 1911, p. 271-323).
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[8] £AwdIso£ bar ‘Aqre, ev. de Ma'alta et Nuhadra, 961-962/3 (Mari, lat. p. 88; B.O. , II, p. 442, 453; III, n, p. 769; Le Q., Nuhadra , n° 1; Vie de R. Tusif Busnaya, p. 28, 29, 55; D.H.G.E. , XIV/1960, col. 1274).
[9] Yahwalaha devient en 995 nfetropolite de Nisibe (Le Q. lui donne le n° IV de Ma'alta; £lie de Nisibe, Op. Chron ., C.S.C.0 . 63*, p. 107, l’appelle eveque de Nuhadra).
[10] Elie bar Sinaya, 1002-1008, devient alors metropolite de Ni¬ sibe, meurt en 1046? ( D.H.G.E ., XV/ 1961, col. 192-194, s.v. Elie de Nisibe , n° 29, par A. Van Roey, avec references).
[10a] Yahwalaha (?) devient metropolite de Mossoul en 1062/ 1063 (Mari, lat. p. 110; B.O. , II, p. 447; Le Q., n° V).
[11] Moi'se, en 1111 (]\4ari, lat. p. 129; Le C]L, J\uhadra , n® ii).
[12] X, en 1134 (Mari, lat. p. 131; Le Q., Nuhadra , n° III).
[13] Yahwalaha (?) avant 1190 ( B.O. , II, p. 453 et 487; Le Q., n° IV).
[14] SAWRisoc, avant 1222 ( B.O. , II, 453; III, n, p. 769; Le Q., n° V).
[15] Iso'yaw, en 1257 ( B.O. , II, p. 455; Le Q., n° VI). Mari lui donne son titre arabe de Bahadra.
[16] Malkiso4, en 1265 ( B.O. , II, p. 456). Comme cAwdis5‘ de Ma‘alta assiste avec lui au meme sacre (de Denha I), on peut penser que ce dernier etait eveque de Ma£alta du Zab.
£veques nestoriens de Ninive/Mossoul (jusqu’a ce que la ville devienne metropole, entre 823 et 828).
References :
Le Quien, O.C., II, Ninive, col. 1223-1226; Mossoul , col. 1216-1220.
Synodicon Orientale , p. 678.
Le manuscrit du Paradis d' Eden de Karamlaiss compte, dans ses Diptyques, a la suite de la liste des metropolites d’Assyrie, une liste de trente-cinq noms seulement, au debut de laquelle on reconnait des eveques de Ninive.
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ASSYRIE CHRETIENNE
Deux courtes series d’eveques, par ordre chronologique, apparais- sent dans la liturgie nestorienne au deuxieme vendredi d’ete et le ven- dredi suivant. Les manuscrits qui portent cette commdmoraison sont des evangeliaires :
a) Le premier, de R. Hormizd, probablement date de 1074, est actuellement au British Museum (cod. CCXLVI, Add. 17.923, Cat . Wright, t. I, p. 182 s., n° 104 et 107).
b) Deux autres, du Patriarcat Chaldeen (cod. A.S. 13 et 14; Mgr Bidawid, 124 et 125), dates du XIIe siecle.
c) Un quatrieme du British Museum, «selon l’usage de B. ‘Awe», date de 1206/7 (cod. CCXLVIII, Egerton 681, Cat . Wright, 1. 1, p. 190 s., n° 91 et 93).
d) Le cod. Berlin 14 (evangeliaire du XI Ve siecle) ne comporte que la seule liste du 3e vendredi d’ete (fob 153 a, Cat. Sachau, I, p. 29). Ici l’ordre est different, et on ajoute un Burz Iso‘ (?).
D’apres ces differentes sources, voici comment l’on peut peut-etre reconstituer la liste des eveques nestoriens de Ninive-Mossoul, jusqu’a ce que la ville devienne metropole, entre 823 et 828 semble-t-il. Les numeros d’ordre correspondent a la liste des Diptyques de Karamlaiss.
Bar Sahde (?)
Faut-il retenir ce nom qui, d’apres les sources jacobites, serait celui de Peveque de Ninive martyrise par Barsaume de Nisibe en 484/5, a cause de ses tendances «orthodoxes»? Si la liste d’eveque de Ninive fournie par les Diptyques de Karamlaiss est aussi exacte que ceile qu’ils donnent des metropolites d’Assyrie, on ne peut s’empecher de remarquer que le premier nom commun aux deux listes, celui d’Iso‘yaw, qui fut d’abord dveque de Ninive puis metropolite d’Assyrie, tient le 24e rang dans la liste d’Erbil, alors qu’il est le 6e de la s£rie de Ninive. Ceci semble indiquer que la creation du siege de Ninive fut de beaucoup posterieure a celle du siege d’Adiabene. II semble qu’il n’y ait pas eu d’eveques de Ninive avant Ahudemmeh, c’est-a-dire vers le milieu du VIe siecle.
[i] Ahudemmeh (Evangeliaire, 2e vendredi d’dte) siegeait en 554
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Syn. Or., p. 366). La plupart des manuscrits liturgiques r^petent deux fois ce nom. Y eut-il deux eveques du meme nom fun apres l’autre, ou a-t-on affaire seulement a un doublet reiter£, du a une faute de copiste? Les Diptyques ne le mentionnent qu’une fois.
[2] Muse (Moise) (Lvangdliaire, 2e vendredi dYtd).
[3] Yazdpanah (Lvangeliaire, id.). Atteste en 576 (Syn. Or., p. 368). C’est probablement lYveque du jeune de Ninive, au temps du patriarche fizdchiel, 570-581 ( B.O. , II, p. 413; Le Q., Ninive, n° III). Cependant la tradition de Mossoul appelle l’eveque du jeune Mar Zdy‘a. Yazdpanah peut avoir ete dveque de Ma‘alta en 554 (Syn. Or., p. 366). Sur sapenible chute etsa penitence, cL Hist.of ... Bar Idta, II, i, p. 212-214.
[4] Mar Awa, en 585 (Syn. Or., p. 423, ou Ton voit ^galement un £veque de Ma‘alta assister au meme synode). C’est probablement de cet eveque que lYvangtdiaire de R. Hormizd datd de 1074 et celui de 1188 font la commdmoraison individuellement au 17 ddcembre. Ceci expliquerait son absence des listes liturgiques collectives. Un temps prisonnier des Grecs, Awa fut libdrd lors de la paix, a l’hiver 589-590. Cf. Hist, of ... Bar Idta, II, i, p. 224.
[5] Mar! (ou Mara), mort avant 628 (Thomas de Marga, lib.
II, cp. 4; B.O. , II, p. 188, 420; III, i, p. 475; Le Q., Ninive, n° V; fivangdliaire, 2e vendredi d’dtd). Cet dveque est le prdddcesseur dTsocyaw. L’ordre de Le Quien est done a rdtablir: III, V, VI, IV, VII, etc.
[6] I§ocyaw, avant 628, avant 637 (fivangdliaire, 2e vendredi dYt£; Th. de Marga, lib. II, cp. 4, 11, 12, etc.; B.O. , II, p. 188, 420;
III, i, p. 475; Mari, lat. p. 55; Budge, Bk. I, p. lxxxvi). ‘Amr (ar. p. 56) le fait dveque de Ninive puis mdtropolite de Mossoul, ce qui est un ana- chronisme double d’une erreur, car le siege de Mossoul n’apparait qu’a- pres la conquete arabe et ne devient mdtropolitain que beaucoup plus tard (Le Q., Ninive, n° VI; Mossoul, n° I). Voir aussi ses lettres, dont la chronologie semble un peu bouleversde.
Georges de Kafra ne semble pas avoir en fait dveque de Ninive, comme le voudrait ‘Amr (ar. p. 57) suivi par Assemani (B.O. ,
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ASSYRIE CHRETIENNE
II, p. 421 et Le a. Mossoul, n° II) et certains modernes. Le texte, plus serieux, de Thomas de Marga (. Bk . II, p. 179-186) montre que, s’il fut bien a Ninive avec son maitre Is6‘yaw, il accompagna egalement celui- ci a Erbil.
Mar ‘Emmeh n’est pas mentionne dans les Diplyques , peut-etre parce qu’il avait une commemoraison speciale avec d’autres patriarches, le troisieme dimanche de l’Annonciation (calendrier nestorien du Ma¬ labar). Avant d’etre patriarche, il etait sur le siege de Ninive au moment de la conquete arabe (637) et jusqu’en 644 (ou 647 ?) (cf. Mari, lat. p. 55; B.O. , II, p. 420; III, i, p. 615; Le Q,., Ninive , n° IV).
[7] SawrIso‘ ( Diptyques ).
[8] SembaiteH (Evangeliaire, 3e vendredi d’ete).
[9] KlilIs5‘ ( ibid .).
Le codex du Patriarcat Chaldeen A.S. 13 (Mgr Bidawid, n° 124) ajoute ici Sawrlso4, range par les Diptyques au n° 7.
[10] Suhalalaha (Evangeliaire).
Italaha (?) n’est pas mentionne par les Diptyques. En realite, si vraiment le correspondant a qui Severe Saboht ( f 667 ) envoie sa lettre sur le Peri Hermeneias est un eveque de Ninive (comme le nomment la plupart des manuscrits et comme le pense Baumstark, Syr. Lit., p. 246, alors que Chabot en fait un «pretre de Mossoul», Lit. Syr., p. 83), c’est probablement ici qu’il faudrait le placer.
Les trois eveques suivants ne figurent pas dans les Diptyques. Ce sont :
[10a] Moise, qui assiste a la mort d’lso^aw, en 650 (ou 658)
( B.O. , II, p. 188, 420; III, i, p. 475; Le CL, Ninive, n« VII).
[10b] Isaac de Ninive, entre 658 et 680. Il siege six mois puis abdique (cf. Chabot, Lit. Syr., p. 104). Le Quien le nomme n° II de Ninive et le situe vers 500 (?) avec reference a B.O. , I, p. 207, alors que la-meme, Assemani le mettait deja «apres» 500.
[10c] Simeon, probablement depuis 695, au retour de Hnaniso£ (cAmr, ar. p. 60; Bk. II, p. 236). Devient metropolite d’Erbil en 714 (Le Q,., Mossoul, n° III, anonyme).
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[11] Ephrem (Bk. II, p. 237; B.O. , III, i, p. 478). Le Q. ( Ninive , n° VIII) en fait le successeur de Moise (?). En fait, il batit Teglise de B. B5re, consacree par le metropolite Jean d’Adiabene, done entre 714 et 721.
[12] Narsai, cite uniquement par les Diptyques.
Maran ‘Emmeh (?). Le Q. ( Mossoul , n° IV) le fait dveque de Mos- soul, avec reference a Thomas de Marga (lib. Ill, cp. 4), oil Ton voit seulement (Bk. II, p. 312-313) que ce personnage devint mdtropolite d’Erbil apres Ahha, done entre 754 et 773.
[13] Abraham, prdddeesseur dTso‘yaw de Marga, done mort entre 741 et 754 (Le CE, Ninive , n° IX). Les Diptyques intervertissent Pordre d’Abraham et dTs5‘sawran, et omettent Iso‘yaw.
[13a] Iso‘yaw de Marga, saerd par Ahha, done entre 741 et 754. Devint metropolite d’Ator en 780, a l’avenement de Timothde (Th. de M., lib. II, cp. 3; B.O. , III, i, p. 480; Le Q., Ninive , n° X; Mossoul , n° V).
[14] Iso4sawran Bar Mamai, seconde moitie du \TIIe siecle (Th. de Marga, lib. VI, cp. 15; Bk. II, p. 648; B.O. , III, i, p. 300).
[15] Maran Zha, a qui Timothee dcrit, done avant 823 ( Epis - tulae, C.S.C.O. , p. 96; Th. de M., lib. IV, cp. 18; B.O., II, p. 494-495; Le Q,., Ninive , n° XII).
[16] Hnaniso4, nommd par Timothde ( Epistulae , C.S.C.O., p. 90).
Sous le patriarcat dTso4 bar Nun (823-828), le centre de rdparchie
d’Adiabene-Assyrie fut transfer^ a Mossoul. Que reprdsentent done les 19 noms qui restent encore apres les dveques de Ninive-Mossoul ? Pour le meme laps de temps, e’est-a-dire jusqu’a la date de la reprise par Mossoul seule du titre de metropole; entre 1 1 76 et 1 188, la liste d’Assyrie comporte 16 noms (n° 36 a 51 inclus).
A-t-on dans les 19 numeros suivants les noms des dveques de Ninive- Mossoul qui auraient sidge dans la meme ville que le mdtropolite d'Ator- Adiabene? Peut-etre est-ce a ce moment que le batiment qui logera plus tard le «patriarcat», pres de l’dglise de Meskinta, rempla^a ou doubla la vieille residence episcopate de Mar Isa‘ya?
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ASSYRIE CHRETIENNE
Ou bien les Diptyques se sont-ils contentes de mettre a la queue leu leu des bribes de listes episcopates de differents sieges? Apres tout, ccla n’est pas impossible, car le texte ne dit pas qu’il donne uniquement les listes de Ninive, ou de quelque diocese determine, mais seulement qu’il recommande a nos prieres des eveques «de notre pays».
Et d’ailleurs, comment cette liste fut-elle redigee? A part pour les sieges privileges, pour lesquels l’auteur des Diptyques semble avoir dis¬ pose de listes traditionnelles, il dut faire comme nous et etudier son Synodicon et son Liber Tunis. J’avoue done mon ignorance quant a la localisation des noms des eveques suivants. Je les donne a la file, tels qu’on les trouve dans les Diptyques , souhaitant qu’un confrere plus heureux puisse dechiffrer ces hieroglyphes.
[17] Quriaqos
[18] Husalaha (Miserere Deus)
[19] HabbIwa
[20] Yohannan
[21] Maroos
[22] Iso£zha
[23] £AwdIso£
[24] Yohannan (l’edition de Qalaita met cet eveque immediate- ment apres 20).
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[25] |
Abraham |
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[26] |
Yohannan |
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[27] |
Quriaqos |
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[28] |
Guorguis |
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[29] |
£Awdiso£ |
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[30] |
Makkiha |
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[31] |
HnanIso£ • |
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[32] |
Abraham |
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[33] |
Nestorus |
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[34] |
I so ‘yaw |
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[35] |
Hnaniso£ * |
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
349
Pour retrouver la suite des dveques de Mossoul, il faut se reporter, dans les Diptyques , a la fin de la liste d’Assyrie. On trouve les noms des mdtropolites de Mossoul seule. Comme le mdtropolite n’a plus ddsormais de juridiction que sur la ville, il semble que l’dvechd local, s’il avait subsists, ait dt d maintenant supprimd.
Sur les huit noms de mdtropolites que mentionnent encore les Dip¬ tyques , les trois premiers sont attestds par ailleurs.
(Les numeros d’ordre sont ceux de la liste des mdtropolites d’As¬ syrie dans les Diptyques :)
[52] Joseph, en 1188 et 1222 (‘Amr, ar. p. 116; B.O. , II, p. 453; Le Q., n° 23). Mossoul aurait dtd separde d’Erbil apres TIttos (1176) (cf. B.O., III, H, p. 721, et aussi Evangdliaire Patr. Chald., cod. A.S. 13, Mgr Bidawid, n° 124).
[53] ‘Awdiso‘, en 1257 (‘Amr, ar. p. 120; B.O., II, p. 455; Le Q., n° 24). C’est pour lui que Yohannan ibn Zo‘bi ecrit le Tissu bien agence.
[54] 5im‘un, en 1265 et 1266 (‘Amr, ar. p. 121; B.O. , II, p. 455- 456; Le Q., n° 26).
[55] Gawriel
[56] GuiwarguIs
[57] HnanIso‘
[58] Abraham
[59] ElIya
Ici se terminent les listes des Diptyques , allant probablement j usque vers 1364. Les renseignements postdrieurs a cette date sont trop frag- mentaires pour fournir une liste suivie.
EvEQUES ET METROPOLITES «ORTHODOXES» PUIS JACOBITES DE MaR
Matta et Ninive-Mossoul
References :
B.O. , II (ou Dissertatio , ddition de 1730), n° IX, p. 99-100 et 102, s.v. Mosul , ou Monasterium S. Matthaei.
Le Quien, O.C., II, col. 1559-1564, Ecclesia Mosul.
350
ASSYRIE CHRETIENNE
Feu Mgr Barsaume, patriarche jacobite, donne une liste de 38 noms, du debut a 1935, dans Apercu sur V histoire de la communaute syrienne en Iraq , en arabe, dans la Revue Patriarcale Syrienne (Couvent de St-Marc, Jeru¬ salem), 1 1 1/ 1 936, p. 223-224, dont j’ai garde la numerotation.
Commentaire en arabe, anonyme, du en fait a S.E. Mgr Paulos Behnam, alors archeveque syrien orthodoxe de Mossoul, sur les 21 pre¬ miers numeros de la liste precedente. Revue Lisdn al-Masriq , Mossoul, 11/1950, a partir de la p. 348).
En 1961, S.S. Mgr Ignace Ya‘qub III, patriarche syrien orthodoxe, a repris ces listes et complete les details dans son histoire arabe du cou¬ vent de Mar Matta, intitulee Dafaqat at tlb. La liste generale, avec une numerotation un peu difTerente de celle de Mgr Barsaume est donnee p. 206-207; les details: p. 62-64 (n° 1-10), appendice p. 231-232 (n° 11, 12, 13), p. 73-74 14, 15, 16), p. 105-106 (n° 17-23), p. 119-128
(n° 24-37), p. 143-148 (n<> 38-41).
Renseignements disperses dans la grande histoire des catholicos nes- toriens et des maphriens syriens (en arabe) de Mgr I. Armalet, dans le Machriq , Beyrouth, a partir de 1924. Repris plus tard en ouvrage sous le titre de Anba az-zaman. (Dans les listes je m’y refererai par le sigle A suivi du numero du maphrien.)
Feu Mgr Paul Hindo s’est largement inspire de ce dernier travail dans sa compilation rapide, Primats d' Orients ou Catholicos nestoriens et Ala - phriens syriens, Rome, Sacree Congregation Orientale, Codification, 1936.
Ire serie: Eveques de Mar Matta et de Ninive-Mossoul:
[1] Bar Sohdo, eveque de Ninive (?), tue par Barsaume de Ni- sibe en 484/485 (M.S., II, p. 417, 438-439; B.O. , II, p. 403; Diss ., p. 100; Lisdn , 11/1950, p. 348-351; D.H.G.E. , VI/1932, col. 943).
[2] Garmai, 544 (M.S., II, p. 417; Hist. Eccl. , II, col. 85; B.O., II, p. 411; Le Q., n° I; Honigmann, p. 94).
[3] Tubana (d’apres B.H. Hist. Eccl., II, col. 102) ou Mari (d’apres M.S., II, p. 417) — (B.O., II, p. 414; Diss., p. 100; s.v. Tobias; id. Le
n° II).
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
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[4] [5] [6] Is6‘zha, Sohdo, Sim‘un (M.S., II, p. 417; Diss., p. 100; B.O., II, p. 414; Le Q., n« III, IV, V).
[7] Christophore, en 628/629 (M.S., II, p. 416-417; B.H. in B.O. , II, p. 414; Diss., p. 100; Honigmann, p. 95; Lisan , 11/1950, p. 388- 390; Le Q., n« VI).
Moise, au temps de Mar ‘Emmeh (644-47 ou 647-50) ( Chron . An. ad annum 846 pertinens , C.S.C.O. , vol. 4, t. 4, versio J. B. Ciiabot ( Chronica Minora).
[8] Jean le Vieillard, 685 ( B.O. , II, p. 429-430; Diss., p. 100 et 162; Le Q,., n° VII; A., n° 39; B.H., II, col. 144; Mgr Barsaume, Lit. Syr. (en arabe), 2e dd., p. 362-363; Lisan, 11/1950, p. 390-392).
L’intrus anonyme, sacre a la place du precedent (Le Q., n° VIII; B.O. , II, p. 429-430 et 463).
L’intrus Bacchus, avant 750 (M.S., II, p. 508, 512).
[9] Jean II, 752 (M.S., II, p. 516; Lit. Syr., ar. p. 317; Lisan, III/ 1 95 1 , p. 121; Honigmann, p. 102).
£lie, 6v. de Singar (et Mossoul?) present au synode de Mabbug en 758 (Denys, p. 212-213; Honigmann, p. 102 et 162).
[10] Daniel, 817, a qui le titre de mtkropolite est confirm^ (et non pas confdrd, comme dit Honigmann, p. 162) (M.S., III, p. 29, 32; B.H., I, col. 343; B.O., II, p. 341-343; Le Q., n° IX; Lisan, III/ 1 95 1 , p. 121-124). Remarquer (M.S., III, p. 32 et 39) la mention des dveques mattdens.
[11] Cyriaque, 834 (M.S., III, p. 85; B.O. , II, p. 347; Lisan, III/ 1 95 1 , p. 124-125).
X, 872. Ordonne illdgitimement deux £vequcs ( B.O. , II, p. 439). Moise bar Kipha, f 903, porte le titre de Mossoul, v.g. in ms. de 1539 (de Charfet, Cat. Armalet, p. 204); ( B.O. , II, p. 219; Honigmann,
p. 162).
Bar Nasiha, intrus vers 890 (B.H., II, col. 216; Le Q., n° XI; B.O., II, p. 440).
[12] Christophore II (Serge), 914 [Lisan, I II/ 1951, p. 126).
352
ASSYRIE CHRETIENNE
[13] Timothee Sogdi, 1075-1120 ( B.O. , II, p. 448-449; Le Q,., no XII; Lisdn , 111/1951, p. 221-222).
Zachee, intrus vers 1112 (B.H., II, col. 324; B.O. , II, p. 449; Le a, n° XIII).
[14] Bar Kutela, 1142 (B.H., II, col. 324-326; Z?.0., II, p. 449; Le Q., n° XIV; D.H.G.E. , VI/1932, col. 669, par le Chan. Van Lant- schoot; Lisdn , III/ 1 95 1 , p. 222-223).
(1155: Fusion Mossoul-Takrit)
ip serie: Eveques de Mar Matta et Adherbaidjan
[15] X, 1153 {Lisdn, III/1951, p. 223) (?).
Timothee, «ev. d’Adherbaidjan» en 1166 (M.S., III, p. 480).
[16] SalIba, 1189-1212 {Lisdn, III/1951, p. 224).
[17] Severe Jacques Sabo, 1232-1241 {B.O., II, p. 237, 455; Diss., p. 100; Lit. Syr., ar. p. 501-504; mss. Cambridge, Cat. Wright, p. 425, Add. 1997 d. ; Baumstark, Syr. Lit., p. 311-312; Graf, p. 269; etc. Lisdn, III/ 1 95 1 , p. 224-230).
[17a] Gregoire Jean, apres 1241, avant 1266. £v. de Mar Matta et Adherbaidjan {Lit. Syr., ar. p. 505-506; Lisdn, III/ 1 95 1 , p. 338).
[17b] Jean (Denha, bar Hamza), 1266 {B.O., II, p. 231-233).
[17c] Severe (Josue), automne 1266 ( B.O. , II, p. 231-233).
[18] Ignace de Bartelli, 1269 {Lit. Syr., ar. p. 505; Lisdn, III/ 1951, p. 338).
[19] Severe Is6‘ (Jita), 1269-1271/2 {Lisdn, III/1951, p. 340-341).
[19a] Basile, ev. de Tabriz, f 1271/2 (B.H., II, col. 443-445;
B.O., II, p. 253).
[19b] Severe, £v. de Mar Matta, Adherbaidjan, Tabriz, 1271/ 2-1277 {B.O., II, p. 253; Lisdn, III/1951, p. 340-341, bloqu£ avec son homonyme precedent).
[19c] Denys (Joseph), ev. de Tabriz, 1277-1290 (meme r£f., et Hindo, p. 91, a propos de ses velleites d'union. Cependant, ne pas en faire le successeur de Basile, en 1271).
Basile Ibrahim: Mgr Barsaume lui donne le n° 20, et Lisdn le fait
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
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singer de 1278 a 1290. Or, il dtait certainement dveque de B. Taksur et B. Saida (cf. plus haut P explication de ce double titre) mais on ne dit pas qu’il ait ete en plus dveque de Mar Matta et d’Adherbaidjan (B.H., II, col. 447; Lisan, III/1951, p. 341-342; Honigmann, p. 168).
[21] IwanIs, 1290 [Lisan, III/1951, p. 342).
Avec cet £veque se terminent les articles de Lisan. Dans la liste de Mgr Barsaume il y a maintenant (entre 21 et 22) une lacune jusqu’a 1665. Le meme vide se retrouve dans les listes de Mgr Ignace Ya‘qub.
Le Quien donne pour cette periode deux noms, empruntes par l’in- termediaire d’Assdmani au continuateur de Bar Hebraeus:
Georges, f 1495 ( B.O. , II, p. 462; Diss., p. 100; Le Q., n° XVI).
f/riENNE de Ba Sabrina, 1495 (mcmes references; Le Q., n° XVII).
Puis la liste desevequesde Mar Matta reprend aun°22 (pour Mgr Bar¬ saume, n° 24 pour Mgr Ignace Ya‘qub). Nos lecteurs pourront s’y rdfdrer.
fivEqUES JACOBITES DU BA NuHADRA ET DE Ma‘aLTA
References :
B.O., II, n° IX (ou Dissertatio , p. 103-104), s.v. Nuhadra.
Meme liste dans Le Quien, O.C., II, col. 1591-1592, et D.H.G.E. , VI II/ 1936, s.v. Beth Nuhadra.
Honigmann, Barsauma , cit. p. 117 (n° 21) et 118.
Mgr Barsaume, Apergu , cit. p. 195.
(Sulaiman, en 424 ? — Apergu).
[1] Zakai, 593-605 ( Apergu ).
[2] Daniel, 630 ( B.O. , II, et Diss., p. 103; II, p. 419; Le Q., n° 1).
[3] Jonas f 773 (Denys, trad. p. 59; B.O., II, p. Ill, 115; Diss., p. 103; Le Q., n° II).
[4] Jean, 1166 (M.S., III, p. 480; Honigmann, p. 117, n° 21).
[5] Athanase, 1265-1279 (B.H., II, col. 422, 450; B.O., II, p. 249-255; Diss., p. 103-104; Le Q., n° III).
[6] Jean Job, 1284 (B.H., II, col. 462; B.O., II, p. 260; Diss., p. 104; Le Q., n° IX; Apergu, p. 195).
Rech. 23 — 23
XIII
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
Apres cette etude du cadre historique et geographique general, nous pouvons maintenant essayer de donner quelques details sur les loca- lites et les monasteres dans lesquels ont vecu et ont lutte les acteurs des drames que nous venons d’evoquer.
Nous etudierons d’abord les villages de Ninive, repartis pour plus de clarte entre: villages encore chaldeens, villages encore syriens ou jaco- bites, et villages anciennement chretiens. Quelques villages d’occupation chretienne recente sont laisses en dehors comme n’ayant pas d’interet pour 1’histoire chretienne ancienne.
Dans les chapitres suivants on etudiera les couvents de Ninive, puis les villages chretiens d’hier et d’aujourd’hui du Bahadra et les couvents de cette region. Notre investigation s’arretera au defile de Zaho, car la vallee du Habur et les montagnes du nord sont hors de notre portee.
Ce travail etait deja redige quand parut le repertoire alphabetique arabe de M. Guorguls ‘Awwad, directeur de la Bibliotheque du Musee de l’lraq; le titre de cette etude a ete traduit par Historical and Geographical Researches in the Region East of Mosul (1). En meme temps nous parvenait Eouvrage arabe de S.S. Mgr Ignace Yacqub III, Patriarche des Syriens Orthodoxes, intitule Dafaqat at tib , sur 1’ histoire du couvent de Mar Matta (2). Je ne citerai ces travaux que lorsqu’ils m’auront apporte quelque chose de nouveau.
(1) Sumer (Baghdad), XVII/1961, p. 43-99. Cite sous le sigle: Researches.
(2) Zahl6, 1961, 229 p. (sigle: Dafaqat).
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1. — Tell Kaif
A tout seigneur, tout honneur! Tell Kaif, situd a quinze kilometres au nord de Mossoul, est le plus grand village chaldden, totalisant environ 7307 habitants (1), sans compter les tres importantes colonies de Tell Kaifiens de Bagdad, Basrah, Amara, Kut, al Ahwaz, etc., et les groupes nombreux emigrds en Amerique, surtout a Detroit.
Ce village cn efTet se distingue par findustrioskd de ses habitants. Pour faire vivre une famille que le labcur des champs (2) ne suffit pas a nourrir, les jeunes gens n’hesitent pas a chercher du travail loin du village. Non contents du gagne petit du colporteur rural, plusieurs sont devenus propridtaires de super -markets aux E tats- Unis. A Bagdad, ils ont pratiquement monopolisd Tindustrie hoteliere oil ils occupent tous les degres de Techelle, du petit boy jusqu’au propridtaire millionnaire. A la fin du siecle dernier les marins des vapeurs, tant turcs qu’anglais, faisant le trajet entre Bagdad et Basrah, etaient recrutds dans ce village, oil il n’y a pourtant pas une goutte d'eau; et ils s’acquittaient si bien de cette tache qu'un Britannique leur rendait cet hommage (3) : «Ce sont des hommes excellents, calmes, ordonnes, des travailleurs acharnds. Ils font les epissures et les travaux de voilure aussi bien que des marins anglais. »
Rien d’dtonnant done qu’on leur trouve parfois une pointe de fiertd nationale, si bien traduite dans ce colophon de 1812 (4), dcrit «in urbe beata , benedicta , orthodoxa fide illustri, praedicatione Paulina valida, probis jus- tis que plena , praeclaris et praestantibus abundant i, Tell Kaif , urbe Jonae prophetae».
Nous possddons sur l’histoire de Tell Kaif une brochure de 127 pages (la langue arabe est volontiers prolixe), due a un journaliste Tell Kaifien
(1) Les chiffres de population sont ceux du recensement officiel de 1957. — A Tell Kaif, le clerge a recensd 900 families chald^ennes en 1961.
(2) Le village tout entier appartenait jadis en waqf a la mosqu^e de NabI Gorgls de Mossoul, cf. Muniat al Udaba\ de YasIn al ‘Omar! (1744), £d. Sa‘Id ad D£wah6I, Mossoul, 1955, p. 139. — Rich, Residence , II, p. 104, le fait par erreur waqf de NabI Yunis.
(3) Chermside, en 1883, citd dans Baghdad Gazetter, 1889/1915, p. 55.
(4) Cod. Rich 7151, au B.M., Cat. Rosen Forshall, 1838, n° VII.
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ASSYRIE CHRETIENNE
de Bagdad, M. Yusif Gammo. La brochure est intitulee modestement: Les Vestiges de Ninive , ou Histoire de Tell Kaif { 1); elle n’apporte guere dYldments historiques, mais est precieuse pour la description des lieux et des coutumes.
II ne semble pas que la penurie d’eau ait joue un role important dans 1’exode des Tell Kaifiens. Avant qu’une pompe amene l’eau du Tigre, en 1941, de nombreux puits et citernes avaient ete creuses. Le plus grand est appele Blr Benno, il a une circonference de 500 pieds et une profondeur de 50 couclees (2). Deux autres sont appeles hota (le grand trou), Tun «le grand» et l’autre (3) «l’etroit»; ces trois citernes sont situees au nord du Tell, a une distance d’environ 300 metres (4).
Malgre les dizaines de puits, le probleme de l’eau a quand meme causd aux ediles de Tell Kaif une certaine preoccupation, dont on trouve le reflet dans une legende yezidie sur l’origine de l’aqueduc de Gerwan: Le «roi» de Tell Kaif avait une Rile, et cette Rile avait deux soupirants. Pour les departager, le roi leur demanda de faire quelque chose de mer- veilleux pour l’irrigation de sa ville. Le premier fit un grand aqueduc* Le second, apres etre reste inactif, acheta, quelque temps avant le jour du jugement, un grand nombre de pieces de toile, qu’il etendit sur le desert. Le roi crut que c’etait un lac, et lui donna sa fille; celle-ci d’ail- leurs prefdrait ce dernier, dit une variante, et aurait elle-meme suggere la ruse (5).
Le village doit son nom chaldeen «Tell Kepe», ou «Bet Tell Kepe»,
(1) Bagdad 1937. Lui aussi consacre plusieurs pages a louer les qualities (ind£- niables!) des habitants du village, avec quand meme un petit paragraphe sur leurs defauts. Je le citerai dans ce chapitre sous le sigle: G. — Voir le compte rendu de ce livre par Mgr Sayech dans An Nagm , IX/1937, p. 275-277.
(2) G., p. 19-20. L’eau semble etre partout a une profondeur de 32 a 33 coud^es.
(3) Celle-ci a ete bouchee recemment.
(4) Les legendes sur ces citernes ont et£ recueillies par Mgr Sayegh, Machriq , Beyrouth, 1923, p. 414-428.
(5) L6gende cit£e par Th. Jakobsen et S. Lloyd, dans Sennacherib’s Aqueduct at Jerwan, The University of Chicago Oriental Institute Publications , vol. XXIV, 1935, p. 28.
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le tell des pierres (1), au grand tell archdologique qui lui servait jadis de limite et aupres duquel les vieux quartiers sont batis (2). Ce tell, haut de 60 pieds, recouvrirait «une citadelle dcs Assyriens» (3). D’ou M. Gammo fait de Tell Kaif un faubourg de Ninive, le seul qui soit reste habits ; si bien, dit hauteur, que Phistoire de Ninive devrait s’ap- peler Phistoire de Tell Kaif, celle-ci en etant la seule heritiere legi¬ time (4).
Malhcureusement, le cimetiere du village occupe tout le tell, en interdisant Pexploration aux archeologues (5), et le nom ancien de la localite est inconnu.
La conspiration du silence se continue avec Xdnophon, qui semble bien avoir livre bataille non loin de la (6) mais ne nomme pas les «riches villages» ou Parm^e put se ravitailler.
(1) Cf. dans les auteurs, notamment Mgr Sayegii, cit . , et B£chir Francis et Guorguis ‘Awwad, Notes historiques sur V origiiie des noms geographiques iraquiens, dans Sumer , VI 1 1/1952, p. 258. Researches rejette a juste titre Interpretation de J. Bonomi {Nineveh and its Palaces , Londres 1952, p. 96) en «colline de la jouissance».
(2) Le Catalogue des Mss. du B.M. de Rosen-Forshall meprend pour des noms de quartiers ce qui est en realite des noms de families de Tell Kaif. Cf. table, s.v. B. Phaloth, B. Shamo, B. Candu.
(3) Place, Ninive et VAssyrie , t. II, p. 165, s’etait content^ de dire: «L’emi- nence artificielle est assez peu considerable)) (Sayegh, Nagm , IX, p. 275, encore trans¬ forme par Researches , p. 67, lui fait dire: Son tell est artificial !) «et comme elle est occupee par le cimetiere, j’ai evite d’y creuser des tranchees. Je me suis borne a recueillir les debris de poterie qu’on avait decouvert en crcusant des tombes.))
(4) G., p. 8.
(5) Seul un puits y a ete retrouve vers 1886, en creusant une tombe (art. de Khouri Gibra’Il Quriaqoza dans la revue Nasrat al Ahad, Bagdad, X/1931, p. 640-645.
(6) Cf. Ainsworth, cite dans G., p. 14, et aussi YAnahasc , traduction et com- mentaire militaire du colonel A. Boucher, Paris 1913, ch. IV, v. 13 s. — On peut remarquer d’ailleurs que le nom de «Mespulai» donne a Ninive, nom qui vent dire simplement «les ruines)), n’est pas tres edairant. Les remarques du P. Peeters {Recher- ches d'histoire et de philologie orientales, t. I, p. 51) sur l’exactitude de la geographic de Xenophon ont toujours leur valeur. — Ni le sens du nom «Mespulai», ni sa position ne permettent d’y voir Mossoul.
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ASSYRIE CI1RETIENNE
Mgr Sayegh (1) pla^ait la premiere mention de Tell Kaif au VIIe siecle. En fait, elle se trouve dans un poeme attribuc a Is61 2 3 4 5yaw bar Mqaddarn, metropolite d’Erbil au XVe siecle. Lc fait cite est un miracle plus que douteux attribue bien tardivement a R. Hormizd, probablement pour attirer a son couvent la bienveillance des maitres arabes (2). La mention du village ou serait morl Saibln (ou Saiban), fils du conquerant de Mossoul (en 637) ‘Ataba ibn Farqad lui-meme, pourrait tres bien etre un anachronisme introduit par E auteur du poeme pour faire «couleur locale».
Faute de precision sur les sources et sur Tevenement lui-meme, l’af- firmation de Gammo (3) comme quoi il a trouve mention du village dans «un poeme arameen conserve a la bibliotheque du couvent de Notre-Dame a Alqos», et relatant le passage a Tell Kaif d’un moine «chretien», en route d’Alqbs vers Mossoul, au IXe siecle, n’a guere plus de valeur; Mgr Sayegh l’avait deja remarque.
Plus serieuse est la reference au village, simple allusion, contenue dans V Histoire de Mossoul inedite du Qadi Abu Zakariya al Azdi, ecrite en 749 (4).
Rich signale avoir achete a Tell Kaif un Nouveau Testament sur parchemin qui aurait ete date de 601 des Grecs, soit 290 de notre ere (5). En fait, cette affirmation peu probable est inverifiable, car le volume, «le plus ancien qu’il ait jamais vu», ne figure pas dans la liste des livres que
(1) An Nagm , IX/1937, p. 276.
(2) Le procede est dans la meme ligne que les lettres de protection soi-disant accordees par Mahomet aux chr^tiens de plusieurs villes, ou le camouflage de Mar Behnam en Hidr.
(3) P. 15.
(4) Researches, p. 67 ; ms. chez Mgr Sayegh, copies chez MM. Sa‘Id ad Dewahgl et G. ‘Awwad.
(5) Residence, II, p. 104. — II n’y a pas lieu de retenir le «plus ancien manuscrit de Tell Kaif», date par Researches (p. 67 et n. 175) de 1076 G. soit 765 de notre £re, avec r£f. au Catalogue de Berlin (cod. 67). Le recours au texte dudit catalogue montre que, d’apres Sachau, le volume est en fait probablement de 1776 = 1465.
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la veuve de Rich legua au British Museum (1), ni dans le catalogue des manuscrits du fonds Rich dresse par Rosen -Forshall.
II faut attendee 1508 pour retrouver mention de Tell Kaif, a foc- casion de son pillage par les Mongols de Bar Yak (2). En 1562, il se cache derriere le nom de Cheptian, dans la liste de ses dioceses que £Awdiso£ IV Marun presente a Pie IV (3). Le patriarche fait de notre village le siege d’un «metropolite», dont auraient ddpendu les «eveques» d’Alqos et de Karamlaiss. II semble bien en eflet qu il y ait eu, a une epoque indeterminee, un eveque dans chacun de ces villages chalddens. La tradition en a garde confusement le souvenir, de meme que celui du nombre de seize pretres qu’aurait compte le village a un certain moment. De toutes fagons, Tell Kaif ne garda pas longtemps son titre de metropole, et on ne connait le nom d’aucun de ses metropolites.
Vers 1585, le pretre Husaba de Tell Kaif est cite par feveque de Sidon comme etant fun des personnages les plus «lettrds» de la nation nestorienne (4).
En 1664, le clergd de Tell Kaif a a sa tete le pretre Yusif, ddcord du titre de «docteur» (malpana), puis un autre pretre Yusif «qankaya» (cure). Avec «le reste des pretres de Tell Kaif» ils font exdcuter a Alq5s, par le pretre £Awdiso£, fils du pretre Hormizd, his du pretre Isra’il, un Gazza qui existe encore (5).
Une lettre, dat^e du 2 janvier 1654 et dcrite par un Carme, le P. Denys de la Couronne dYpines (6), explique ce que cache P expres¬ sion «le reste des pretres de Tell Kaif», et ce que le bon Pere considere comme un «abus» criant: il y avait alors a Tell Kaif plus de cinquante
(1) Residence , II, p. 306-312, Appendix III.
(2) Terzi, Siria Sacra , cit. p. 31 1, et P. Samuel Giamil, Genuinae Relationes , p. 64.
(3) A. Scher, in J.A., XV/1910, p. 120-123, colophon de 1509.
(4) Genuinae , p. 122; Beltrami, L'Eglise Chaldeenne au siecle de /’ union, p. 87; Mgr S. Bello, An Nagm , X/1938, p. 175.
(5) Bibliotheque de T.K., n° 10 (42 X 28 cm.).
(6) A Chronicle of the Carmelites in Persia , London, Eyre and Spottiswoode, 2 vol., 1939; ici vol. I, p. 391.
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pretres, et certains dtaient tres pauvres. Du fait qu’il n’y avait pas de difference de costume entre les laics et les pretres, plusieurs de ces derniers auraient pu etre pris pour des «vachers».
Le P. Denys rencontra aussi le pretre Joseph, «homme de quelque credit et reputation parmi eux», dont il essaya d’utiliser les bons senti¬ ments apparents vis-a-vis de bunion pour tenter d’y amener le pa- triarche Elie IX Simon, alors refugie a Tell Kaif, apres les attaques des Kurdes contre Alqos en 1653.
Ce pretre Yusif est probablement le meme que Yusif fils de Gamal ad Din de Tell Kaif, qui figure dans les Litteratures Syriaques (1) pour ses poemes religieux. Un manuscrit de notre bibliotheque contient quatre pieces de lui, dont une mdebranuta , ou Economie, qui resume lfevangile en 2832 vers de 8 syllabes repartis en 708 strophes (2). Cette piece est datee de 1662.
Tell Kaif fut un des premiers villages nestoriens a revenir a l’unife catholique et donna a la nation chaldeenne un ecrivain fecond, son second patriarche: Joseph II. M. Gammo raconte d’une fagon touchante la «vocation» de Sleiman Ma‘ruf, fils de tisserand (3). Ne a. Tell Kaif en 1667, chammas a 14 ans, pretre a 22 ans, eveque de Diarbekir a 24 ans, patriarche a 28 ans, en 1695 (4), Joseph II semble avoir ete un homme meticuleux. En arabe, sa petite dcriture, fine et serree, apprise aupres de
(1) Baumstark, Syr. Lit., p. 335, Pappelle Joseph Gemdani, avec reference a une publication par Sachau, en 1896, dans les Comptes rendus des seances de VAcademie des Sciences de Berlin.
(2) Recueil de complaintes, ms. de Mar Yaqo, date de 1879, Economie , p. 1 a 141, et trois memre , p. 141 a 234; cp. Cod. 45 de Mardin {Cat. A. Scher). Texte dans Die neu-aramaischen Handschriften der Koniglichen Bibliothek zu Berlin, par M. Lidzbarski, vol. 1, Weimar 1896, p. 346-385. Traduction par Aramia Samir, ibid. vol. 2. 1897, p. 283-316.
(3) P. 58.
(4) B.O., III, I, p. 603-608; cod. Cambridge, Cat. Wright, p. 857: Vie et oeuvres de Joseph II par lui-meme; P. Goormaghtigh, Anal. S.O.P., 1895, p. 275; Mgr Tfinkdji, cit. p. 11., et S. Giamil, Genuinae, p. 207-312.
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maitres musulmans, a la precision et la rdgularitd d’un texte imprimd (1). II n’dtait pas aisement satisfait d’un travail, et la science dcs autres trouve difficilement grace a sesyeux (2). Laou il se trouve a son aise, c’estquand ilreleve les heresies contenues dans les livres liturgiques nestoriens et dans les oeuvres de Warda, Hamls, etc. Les puristes dc la liturgie chalddenne peuvent bien reprocher quelques exces a sa rdforme liturgique, et Assd- mani, tout en avouant que son Speculum Tersum a opere des conversions parmi les Nestoriens, a beau critiquer la logique de ses arguments, cependant l’actif et savant «Joseph de Tell Kaif, qui devint plus tard patriarche des Chalddens», le «docteur vdridique et philosophe spiri- tuel», bien que mort en 1713, a 46 ans, laisse une oeuvre qui lui mdrite une place dans la litterature syriaque. Son ouvrage le plus connu, le Liber Magnetis, figure dans toutes les bibliotheques chalddennes; a elle seule la bibliotheque de Notre-Dame des Moissons en possede sept copies (3) !
II serait peut-etre un peu rapide de dire que tout le village dtait converti a la mort de Joseph II, puisque Ton voit encore en 1717/1718 un pretre de Tell Kaif, nomme Kanun (4), venir a Jerusalem pour y remettre en dtat les affaires de la communautd nestorienne. II en profi- tera pour dresser le catalogue des manuscrits de fancien couvent nes- torien de la ville (5).
(1) V.g. sa note dans l’dvang^liaire (Cod. Patr. Chald., n° 1210, Cat. Mgr Bidawid) de Mar Ellya, qu’il fit rendre a ce couvent.
(2) Voir ses remarques a propos du vocabulaire arabe-syriaque-turc de Qas Hidr (Cod. Mardin, 75, Cat. A. Scher) et la preface a la traduction de l’examen de conscience en 1692, ou il critique la connaissance du chaldden de feu Ya‘qub Benjamin, ancien eleve de Rome (ms. Dehok, n° 64 et 96).
(3) Cf. table du Cat. Vostf.. Le livre a £t6 £dit6 a Ernaculam, en Inde, en 1910. — Ses autres titres incluent Le livre du miroir pur , Le livre de la lampe brillante , etc. Cf. egalement Baumstark, Sir. Lit., p. 330 et n. 4. et G. Graf, Gesch. der Christ. Arab. Lit., t. 4 (1951) p. 100-104.
(4) Le nom n’est pas rare a Tell Kaif. Un chammas Gabriel, fils de Kanun, de la famille Kandu, achete un psautier pour ses fils Matta et Thomas (B.M. Cat. R.F., p. 15, c. 1, cod. XII, Rich 7156).
(5) Edit£ par Rucker en 1931, cf. R.B. , 1932, p. 318.
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Le 6 janvier 1719, plusicurs Tell Kaihens: les pretres Meho et Ayyar (1), le chammas Hanna, et Ellya fils du pretre Thomas, signent avec le pretre Heeler de Mossoul leur acte d’abjuration du nestoria- nisme (2).
En 1 729, des gens de Tell Kaif signent la delegation constituant Jacques fils de ‘Abdi, de Mardin, leur procureur a Constantinople pour defendre les droits du patriarche chaldeen «orthodoxe» (Joseph III) contre son emule le patriarche nestorien (3). En fin 1767 encore, Mgr Ballyet ne denombre a Tell Kaif que 150 families catholiques, avec deux pretres, sur un total de 500 families (4).
On ne sait quand se termina la conversion de Tell Kaif ; certaine- ment avant la fin du XVIIIe siecle, puisqu’en 1820 Rich pouvait ecrire (5) : «Depuis plus de vingt cinq ans il n’y a plus de Nestoriens en de^a d’Amadia, et meme un peu au dela.»
Helas, les penibles evenements qui attristerent la nation chaldeenne a la hn du patriarcat de Mgr Joseph VI Audo (1848-1878) eurent leurs repercussions a Tell Kaif, oil le village connut plus de dix ans de divisions et de troubles. Les partisans du patriarche etaient les plus nombreux; ils avaient pour chefQas Quriaqos, de la famille Hanna al Hakim, pretre de lVglise de Mar Quriaqos, et disposaient de toutes les eglises du village. Les partisans de «la Bulle» en etaient rdduits a celebrer leurs offices dans l’actuelle maison du sacristain, qui servit pendant un temps d’an- nexe a fecole des Soeurs Dominicaines, et oil 42 fillettes perirent noyees dans la tragique inondation du ler avril 1949 (6).
(1) Le pretre Ayyar fils de ‘Abdal figure encore dans un colophon de 1743 (Missel n° 63 de T.K.).
(2) Document cit£ par le P. Voste, Qas Kheder de Mossoul , Or. Chris. Per., X/1944, p. 77, n. 1.
(3) Genuinae, p. 345-346.
(4) In A Chronicle of the Carmelite in Persia , cit., vol. II, p. 1262.
(5) Residence , II, p. 104.
(6) Deux complaintes en soureth furent composees, Tune par le chammas Yusif Rais d’Alqos, et l’autre par le chammas Potros Garmo de Tell Kaif. Cette derniere a £t£ imprimee a Mossoul (Impr. Chald. an Nagm) en 1949.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
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En revanche ils avaient pour chef le Khouri Potros Kattiila, litur- giste fameux et le plus grand predicateur de tous les temps a Tell Kaif (1).
L’affaire n’avait cependant pas que des cotes tragiques, et Phumour de Tell Kaif prouvait bien, dans les noms qu’il donnait aux deux frac¬ tions rivales, qu’ils avaient confiance en leur reconciliation finale. Les «partisans de la Bulle» etaient appeles les Bollaye. Comme bolla est aussi le nom donne a la panicule du roseau, l’autre parti fut appeld les Bar- daye, le bardi etant la tige du roseau, qui sert a fabriquer les nattes.
Sur cette crise vint s’en greffer une nouvelle, heureusement de courte durde. Joseph \T Audo avait sacre, le 25 juillet 1875, pour le diocese de Zaho, le moine Quriaqos Goga, qui prit le nom de Georges. En 1876-1877, cet eveque, ainsi que son collcgue de ‘Amadia, se rebella contre Pautoritd patriarcale. II poussa foutrecuidance jusqu'a venir s’installer dans le diocese meme du patriarche, dans son village natal de Tell Kaif, ou il usurpa l’autoritd episcopate. En face de son entetement dans la rebellion, le patriarche le suspendit, en meme temps que cinq pretres de Tell Kaif, ses complices. Quand le rebelle, loin de tenir compte des sanctions, pretendit meme s’arroger l’autoritd patriar¬ cale, le pauvre Joseph VI demanda faide du St-Siege (2).
Sur finjonction de Pie IX, les rdvoltds se soumirent bientot (3). Bar Goga fut transfer^ a ‘Amadia en 1879, d'ou il demissionna en 1892. L’annee suivante il devenait administrateur patriarcal du diocese de Sena, en Perse, ou il mourut le 18 janvier 1911 (4).
Nous rencontrerons plus loin un autre Eveque de Sena, qui fera egalement des sejours a Tell Kaif a peu pres vers la meme epoque. Ceci
(1) G., p. 55 et 59. — Le fol. 82 d’un ms. de Cambridge (Add. 2814, Cat. Wright, p. 656) qui parlait des troubles de Tell Kaif en 1879, et d^crivait comment «Tell Kaif a err£ et abandonne son pasteur 16gitime», a £td arrach6 du volume.
(2) Sa lettre du 20 avril 1877 (Gen. Rel., p. 431-432) donne les details de l’affaire.
(3) Ibid., p. 431, n. 2.
(4) Tfinkdji, cit. p. 53, 67, 70 (avec photo p. 53).
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ASSYRIE CHRETIENNE
a un peu brouill^ les traditions populaires a propos d’«al mutran as Sinawi».
Quant a l’effervescence pour ou contre «la Bulle», il ne semble pas que la mort de Mgr Audo y ait mis fin a Tell Kaif puisque, lors du pas¬ sage de Budge, le ler decembre 1890, le parti «nestorien» (c’est ainsi quul les appelle) en profita pour lui confier une petition a 1’adresse du Dr Benson, archeveque de Canterbury, demandant sa protection contre les missionnaires «romains» et les Americains (1). Le Dr Benson regu la supplique en mai 1891, mais ne semble pas y avoir donne suite.
Concernant l’histoire civile de Tell Kaif, une seule date est connue,
V
c'est celle de 1743, ou les Persans de Nadir Sah, incapables de prendre Mossoul, se consolerent en pillant et brulant les villages environnants, parmi lesquels celui-ci est expressement nomme (2).
Parmi les tres nombreux manuscrits copies dans ce village ou ayant appartenu a Tune de ses eglises entre le XVIIe et le XXe siecle, et ac- tuellement disperses dans les bibliotheques du monde, le plus ancien (apres ceux deja cites) date de 1648 (3). Mais c’est probablement d’ici que provient le tres precieux manuscrit de P Opus Chronologicum d’Elie de Nisibe qui se trouve actuellement au British Museum (4). Je crois que c’est a cet ouvrage que Rich fait allusion quand il note, a la date
(1) Sir E. A. Wallis Budge, By Nile and Tigris , 1920, t. II, p. 247.
(2) V.g. dans le poeme du Sayid Fathallah al Qadri, en appendice a l’edition de Muniat al Udaba’, cit. p. 260.
(3) Researches d^nombre 33 mss. a N.-D. des Moissons, 5 a ‘Aqra, 4 a Kerkouk, 12 a Berlin, 7 a Cambridge, 3 a Paris, 2 a Leningrad. On pourrait probablement en trouver d’autres, notamment au Vatican, oil le plus ancien semble dater de 1659 (Cod. Vat. Syr., LXIV, Cat. Assemani, t. II, 1758).
(4) Cod. Rich 7197. D’apres Rosen Forshall il etait peut-etre autographe (Cat. 1838, n° LVI). F. W. Brooks, qui avait partage cette opinion, n'ose plus l’a- vancer par la suite (Pref. a trad., CSCO, 63*, p. IV). Dans sa traduction frangaise contemporaine de l’^dition du CSCO ( Bibl . Hautes Etudes , Paris 1910), L. J. Delaporte est de l’avis que, s’il n’est pas l’archetype, le volume du B.M. a du moins «ete ecrit sous la direction du metropolite» par un de ses secretaires ( Chronographie de Alar Elie bar Sinaya, Introduction , p. IV-V).
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du 23 decembre 1820 (1): «On m’a apportd ce matin un tres vieux manuscrit sur vdlin, en chaldden et en arabe, contenant dcs tables chro- nologiques. Ils m’ont dit qu’ils ne voulaient pas vendre ce livre parce qu’il etait ecrit de la main d’un saint... J’espere arriver a lcs convaincre de s’en separer.» On se doute de quels moyens de persuasion Rich se servit pour obtenir le volume, mais il serait interessant de savoir comment celui-ci est arrive a Tell Kaif qui n’est pas nommd directement dans les colophons posterieurs, mais a qui le rattachent les mentions de l’eglise de Mar Quriaqos, du patriarche Joseph II et du pretre Ayyar.
II reste encore a l’eglise du Sacre-Coeur une bibliotheque d’environ 70 manuscrits, la plupart purement liturgiques, dont le plus ancien (2) date de 1586 (3).
Dans la premiere moitid du XYIIIe siecle, un sacristain, le cham- mas Yalda, et son fils, le pretre Gabriel, font effectuer pour leur dglise de Mar Quriaqos plusieurs volumes, dont un livre d'Epitres dat 6 de 1723 (4), qui contient un colophon interessant sur les ravages commis a Urmi par les Banu Pustadar (les Balbusnayd), et montre comment le patriarche Elie XII Denha organisa le rachat des femmes et des lilies qui avaient dtd enlevdes. Quant a la copie du Livre des Superieurs que le meme pretre et son pere procurerent a leur dglise en 1738 (5), on y
(1) Narrative , II, p. 105.
(2) Evang&iaire n° 32 (23 X 36 cm.) £crit a Gazarta par le pr. ‘Ataya, fils du pr. Farag Maqdassi, fils de ch. Marqos d’AlqoS, pour l’^glise de Mar Quriaqos de Tell Kaif. Le meme copiste a encore a Tell Kaif un 6vangdliaire (n° 58) et un recueil d’Abu Halim, dates de 1587 et 1590.
(3) Je dois a la permission du cur£, M. l’abb£ Raphael Kanuna, et a l’aide de MM. les abb6s Thomas Hannuna et Lucien Gamll d’avoir pu d^pouiller cette bibliotheque.
(4) N° 43 (35 X 31 cm.) ecrit a Alqos par le pr. Guorguls, fils du pr. Israel, fils du pr. Hormizd, fils du pr. Israel.
(5) N° 42 (23 X 16 cm.) ecrit a Tell H£s, par un copiste inconnu. — On trouve encore en 1751, Mariam, fille du pr. Daoud (Epistolier n° 29, 45 X 31 cm.), £crit a Alqos pour le m^tropolite Iso‘yavv, fils du pr. Awraha, fils du pr. Husaba, frere du patriarche Ellya; et en 1773, Elfeyi, fille de Yagmur de Tell Kaif (Epitres, n° 24, 37 x
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trouvc la mention de Tune de ces genereuses donatrices a qui les dglises ont toujours ete si redevables. C’est «la croyante Sahzo, 611e de Gum‘a», qui couvrit la moitie des frais de l’ouvrage (1).
Les livres de Tell Kaifont ete l’objet d’une numerotation, sans ordre determine, mise en chiffres arabes sur les etiquettes chaldeennes collees au dos des volumes. L’auteur de ce travail, effectue aux environs de 1950, est le chammas Yusif Bogi.
De l’aveu meme du classihcateur, c’est tout a fait par hasard que le numero 1 a ete donne au volume qui devait etre jadis le plus precieux de la collection, un Gazza de 1744, qui devait contenir un colophon historique sur les ravages effectues par les troupes de Nadir Sah, l’annee precedente (2). On voudrait bien penser que ce fut par accident que ces feuillets sont tombes du manuscrit. Les protagonistes du drame sont connus par un missel de 1743 (3). Ce sont: le pretre Quriaqos, fils du pretre ‘AwdIsoc, le pretre Ayyar, fils de ‘Abdal, et le chef et chammas SimTm, fils du feu GunYa, mais on ignore le role qu’ils jouerent dans la tragedie de la meme annee.
Un recueil de Turgame sur l’Evangile contient des pieces relative- mont rares: maiamer de Narsai pour expliquer la messe et le bapteme, explication des mysteres de Yohannan ibn Zo‘bi, etc. (4).
Enfin, des feuillets detaches appartiennent peut-etre a des volumes plus anciens: un vieux Gazza, un hymnaire des Ba‘uta et autres occa¬ sions, un evangeliaire sur peau de gazelle, en partie brule, et meme un lexique syrien. Seule une page d’un Livre des Centuries d’filie d’Anbar est datee de 1699 et due au calame du pretre Yalda, fils du pretre Daniel, d’Alqos.
26 cm., copie a Alqos par le pr. Homo, fils du pr. Hanna, fils du pr. Homo, fils du pr. Daniel).
(1) A Chronicle of the Carmelites in Persia, cit. vol. I, p. 391.
(2) 31 X 20 cm.
(3) N° 63 (22 X 33 cm.), ecrit a Alqos par le pr. Hanna, fils du pr. Homo.
(4) N° 39 (16 X 22 cm.), sans debut ni fin (XVIIIe s. ?).
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Combien y avait-il d’eglises a Tell Kaif? Les informations donnees par les voyageurs du siecle dernier varient considdrablement. Rich (1) vit, en 1820, sept egliscs en mines et une debout. V. Cuinet, en 1891 (2) n’en signale que deux, et Sachau (3) cite nommdmcnt les dglises de St-Cyriaque et de Notre-Dame. En 1923, Mgr S. Sayegh (4) men- tionne cinq dglises anciennes et une grande neuve.
La plus cdlebre de ces dglises est dvidcmment celle de Mar Quriaqos. A l’origine, cette dglise dtait petite et n’avait que 30 couddes de long sur 15 de large et 12 de liaut (5). Restaurde et agrandie vers 1851, la nou- velle batisse ne dura pas 60 ans et fut ddtruite par ordre du patriarche Emmanuel II Thomas. Sur les plans du Khouri ‘Abd ul Aliad Micmar Basi de Mossoul, une construction ambitieuse fut commencde en 1912, qui devait couter 200.000 roupies et ne se termina qu’apres 20 ans de travail, seulement interrompu par la guerre. La nouvelle dglise avec ses trois nefs et ses quarante colonnes dtait, le jour de sa consecration, le 8 septembre 1931 (6), la plus grande dTraq, avant que Qaraqos n’en batisse une qui aurait quelques centimetres de plus en longueur.
La nouvelle dglise a etd mise sous le vocable du Sacre-Coeur. Ainsi a ete rompue une tradition seculaire, dont se font l’echo tant de manuscrits dcrits pour «le couvent de l’enfant S. Cyriaque» (7), «pres du monastere du petit enfant Cyriaque» (8), «sous le toit du saint monastere de S. Cyriaque, le petit enfant» (9) et «le martyr
(1) Cit. p. 103.
(2) La Turquie d’Asie , t. II, p. 819. II attribue a Tell Kaif 5.000 habitants.
(3) Reise in Syrien , p. 359, d’apres lequel le village contenait 700 maisons.
(4) Alachriq, cit. ou la population atteint 10.500 amcs.
(5) Apergu sur Vhistoire de la nouvelle eglise du Sacre-Coeur a Tell Kaif, par le Chore- veque Gabriel Quriaqoza, dans Nasrat al Ahad (Bagdad), X/1931, p. 640-645.
(6) Ibid ., p. 665-668.
(7) Ms. de 1703 (cod. Vat. CLXXXV, Cat. Assemani, 1 1 1/1 759). On remar- quera que les colophons parlent alternativement de couvent et d’^glise.
(8) Mss. de 1820, cod. Rich 7150, B.M., n° VI, Cat. Rosen Forsiiall.
(9) Ms. de 1816, ibid., 7149, n» V.
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triomphant» (1), ou meme simplernent «a Tell Kaif, village de S. Cyriaque le petit enfant et de sa mere Juliette» (2). S. Cyriaque ne garde que le patronage de la nef nord de la grande eglise du Sacre- Cceur.
Deux autres eglises occupent les autres cotes de la cour a droite de laquelle se trouve la grande eglise moderne. C’est, en face de l’entree, P eglise des SS. Pierre et Paul et, a gauche, celle de Ste Marie «lTm- maculee». Cette derniere a ete egalement entierement rebatie et rien ne subsiste de «l’ancienne» eglise du meme nom qui, selon la tradition, dtait plus grande que le batiment actuel.
L’eglise des SS. Pierre et Paul, a trois nefs, longue de 40 couddes, large de 20 et haute de 33, est aussi de restauration recente (1876). Elle contient deux tableaux assez grossiers, mais quand meme interessants a cause de la rarete de ce mode d’expression artistique dans notre region (3). Le premier tableau, accroche dans le coin a droite, pres des portes des autels, represente S. Etienne qu’on lapide. Sur la facade des autels, a droite, se trouve un S. Jean-Baptiste aile et tenant a la main un papier avec une inscription arabe (Isai'e XL, 3) et la date: 1889 (4).
Mar Yusif est le patron de l’autre eglise du village, eglise recente construite en meme temps que celle du Sacre-Coeur, et dont les dimen¬ sions sont de 40 coudees de long, sur 10 de large et 20 de haut. Elle couta 2.000 qurus. Dans la cour se trouve le petit «mausolee» qui fournit l’occasion de l’edification de l’dglise (5).
Mart Smuni, c’est-a-dire la Mere des Macchabees, possede un autel sous une galerie, qu’on ne peut appeler ni eglise ni chapelle. Deux pierres
(1) Ms. de 1812, ibid., 7151, n° VII.
(2) Ms. de 1896, cod. 336, B.N. Paris, Cat. Nau (ROC, VI/1911, p. 271-323) ou Cambridge, Add. 2822, Cat. Wright, p. 703, date de 1883.
(3) Mossoul Chretienne , p. 109.
(4) Une copie de V Hexameron, du moine Emmanuel du Couvent Sup^rieur, est ecrite a peu pres a la meme epoque (1894) a l’eglise de Ste-Marie, Pierre et Paul, et de St-Cyriaque. Cod. 6027 du Patriarcat Chaldeen, Cat. Mgr Bidawid.
(5) Pelerinage le 6e dimanche cle careme et le 19 mars.
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sculptdes de trois croix chacune sont encastrdes, Tune dans le mur de gauche de la cour, 1’autre dans le devant de l’autel. Le sanctuaire serait le plus ancien de Tell Kaif, et a donnd son nom a un quartier du village (1).
En bordure du village, a fouest, un lieu de pelerinage dedie a «Mar Yohannan» (S. Jean Baptiste?) a 6t 6 remplace par une grande salle, ou I’ on a mis recemment un autel.
Hors du village, il y a toute une sdrie de «coupoles», ou se cdl d- braient, jadis plus que de nos jours, les commemoraisons des saints pa¬ trons. On les appelle: Mar Daniel, a un kilometre au sud-ouest (2), Bull Sada (3), ‘Arblni (4) a deux kilometres au nord-ouest, a gauche du chemin entre Tell Kaif et Batnaya (5), et une seconde Mart Smu- ni (6), a un kilometres vers Test, sur le chemin de Tell Yamta.
Ce dernier lieudit qui, comme son nom l’indique, comporte un tell et une mare, est situe a trois quarts d’heure de marche de Tell Kaif, non loin du cours d’eau appeH al Hosar (7). Sur la colline il y a quelques vestiges de constructions, ou la ddcouverte d’une croix fit jadis penser a certains que Ton se trouve en face des mines d’une eglise? Il y a la- bas une source.
Le nom du village voisin, al Qa’im (8), en soureth Qaima, peut
(1) Pelerinage le 4e dimanche de careme et le ler mardi de mars.
(2) Probablement le m^decin; cf. A.M.S. , III, p. 481 et $uhada\ II, p. 175. Pelerinage le 2e dimanche de Careme.
(3) Pour «Buhra Sahda», le martyr ain6, c’est-a-dire S. Etienne; pelerinage le 3e dimanche de Careme.
(4) C’est-a-dire les Quarante Martyrs (?)
(5) Une autre explication du nom serait fournie par un ensemble monastique de 40 cellules avec puits et village voisin (G., p. 19).
(6) Chaque dimanche de careme connaissait une fete de ce genre, pour alleger le poids du jeune. C’etait, dans l’ordre a partir du 2e dimanche: Daniel, Bull Sada, Mart Smuni, Mar Awraha de Batnaya et Mar Yusif.
(7) Researches , p. 75.
(8) Note de M. G. ‘Awwad dans son Edition du Sabusti (p. 197, n. 2) avec reference a Habib Zayat.
Rech. 23 — 24
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dgalement faire penser au clocher d’un couvent ou a une tour de stylite. Aujourd’hui, la localite est peuplee de Sabak (1).
On trouve encore les mines d’un autre village chretien a l’ouest du hameau de Seif ad Din, lui-meme situd a 4 kilometres a l’ouest de Tell Kaif. II s’agit de la locality dite Mar ‘Agla (ou Mar ‘Agl) oil les murs de la grande eglise atteignent encore la taille d’un homme. On a trouve dans ces mines un sceau en cuivre, ovale, et ne paraissant pas tres ancien. II porte le nom du «Vieillard Simeon», et Ton s’en sert aujourd’hui pour timbrer les cierges le jour de la fete de la Presentation (2).
La liste des personnalites chaldeennes, ecclesiastiques et civiles, ori¬ ginates de Tell Kaif, serait trop longue a dresser. On ne peut cependant pas passer sous silence le nom du P. Samuel Giamil (1847-1917), superieur general des moines chaldeens, historien fameux, restaurateur zele de la bibliotheque du couvent de N.-D. des Moissons (3).
Parmi les dveques (4), la figure la plus pathetique est certainement celle de SinTun Tektek Singari. Ancien moine de R. Hormizd, il avait etd ordonne pretre sous le nom de Hieronymos, et envoyd a Sdna, en Perse. Ses succes du debut lui valurent d’etre sacre eveque de cette ville en 1853. Mais les malentendus ne tarderent pas a se faire jour et, bientot lasse, le pauvre prelat abandonna son siege pour revenir a son couvent en 1864. Ni les supplications de ses diocesains penitents, ni les menaces du patriarche Joseph VI Audo ne purent faire revenir l’eveque sur sa decision. Son insoumission lui valut d’etre reduit au rang extdrieur de simple pretre et d’etre envoyd comme curd a Baqofa, ou il resta deux ans. La restauration de la porte de l’autel de l’eglise de ce village, en 1868,
(1) Sur cette secte, cf. As Sabak de M. Ahmad Hamad as Sarraf, Bagdad 1954.
(2) G., p. 17. — L’usage de marquer des cierges de la Chandeleur d’un sceau grav6 d’une croix, d’une image pieuse, ou simplement du nom «Sim‘un Sawa», a cours dans beaucoup d’eglises chaldeennes, bien qu’il ne soit pas a proprement parler liturgique.
(3) An Nagm, III/1931, p. 10-18.
(4) Dont G. donne la liste p. 59.
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porte temoignage de son zele pour la maison de Dieu. Apres six ans passes hors de son diocese (1), il finit par y retourner. Quand Page et les infirmites, notamment la cdcitd qui le frappa en 1882, l’obligerent une fois de plus a quitter son siege, cette fois avec la permission de son pa- triarche, il revint en son couvent, puis a Tell Kaif, oil Ton se souvient encore du vieil eveque «sinawi» qui disait son chapelet a longueur de journdes, assis dans les aires et entourd de petits enfants qui priaient avec lui. Apres de nouvelles pdrdgrinations, qui le menerent a Mossoul, puis au couvent de Mar Cuorguls, c’est la qu il mourut, le 10 septembre 1885, apres trente-cinq ans d’un dpiscopat mouvementd. Sa imputation de saintete s’est perpetude jusqu’a nos jours, et les habitants de Tell Kaif conduisent encore leurs malades dormir sur sa tombe, dans l’eglise su- pdrieure du couvent (2).
L’oncle de l’dveque Sim‘un est le celebre poete Thomas Tektek, mort en 1860. Il s’appelle dgalement Thomas Singari, eu dgard au lieu d’origine de sa famille, ou Thomas Tektek de Bdt Qasa. On a garde de lui plusieurs poemes en chaldden vulgaire (soureth (3), dont quatre sur la penitence, un sur les Peres du ddsert, un sur Adam et Eve, un sur l’enfer et un sur le pillage d’Alqds en 1832 (4).
Parmi les femmes cdlebres originates de Tell Kaif, il faut citer la podtesse Henna (ou Hand) an Nablya (la prophdtesse) (5). Bien que ne sachant ni lire ni dcrire, «elle rdussit assez bien», au tdmoignage du P. Rhdtord, qui s’y connaissait, et faisait «preuve destruction religieuse
(1) Sa presence est attestde a Tell Kaif en 1870, ou un grand Warda liturgique (n° 44) est restaurd «de son temps».
(2) Un travail arabe inddit du chammas ‘Aziz Potros sur les dveques chalddens m’a permis de debrouiller l’dcheveau compliqud de cette vie malheureuse et de cor- riger ce que dit Mgr Tfinkdji, cit. p. 67.
(3) Cod. 333 de N.-D. des Moissons. Une collection de 7 pieces de cet auteur se trouve dans le recueil manuscrit intituld Livre d'homelies , dcrit par le pr. Ishaq Gaddo d’Alqos en 1899, et conservd dans sa famille a Karamlaiss.
(4) Cod. Berlin 121, fol. 45 a a 49 a; Cat. Sachau, I, p. 419.
(5) G., p. 62.
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et d’originalite dans sa redactions Le fonds Mar Yaqo de notre biblio- theque possede une copie de la durekta qu’elle composa sur le Oupta (ou sun), un insecte qui ravagea les recoltes de Tell Kaif en 1911 (1).
Mais la personnalite la plus coloree est sans conteste la «princesse» Tell Kaifienne, Marie Tlierese Asmar, «la plus celebre des femmes de son temps» (2), emule de Semiramis, que l’Europe entiere appellera <da princesse babylonienne». Nee a Tell Kaif en 1804 (elle-meme avoue 1806), elle comment ses voyages par un sejour a Beit ad Din, au Liban, oil elle devint «premiere dame d’honneur» de la femme de l’Emir Be- chir, ce qui lui permettra plus tard de se dire «fille adoptive » de ce «grand prince du Liban ».
Deux des dossiers (3) de documents d’Inventaire, recueillis apres sa mort par Me Ducloux, notaire a Paris, contiennent certains papiers qui permettent de retracer une partie de la carriere de cette aventuriere, le plus important de ces dossiers etant le Cote Cinquieme, qui contient des «papiers relatifs a la famille de la princesse Asmar».
Passee en Europe, elle va d’abord a Rome. Nous pouvons la pren¬ dre en filature le 15 avril 1834, quand elle sort d’un couvent, malheu- reusement non identifie, qui l’avait hebergee quelque temps, et dont la Mere abbesse la gratifie d’un certificat attestant sa «sagesse» et sa «vertu». Elle songe alors a entrer comme religieuse au monastere de St-Laurent de Rome, et regoit a cet effet une dot de Gregoire XVI (23 nov. 1834). Elle commence des lors a batir sa personnalite d’emprunt de l’avenir, elle est deja «une noble de Ninive, de nation chaldeenne, d’une famille catholique des plus anciennes de ces pays... restee sans pa¬ rents par la desolation de la peste et privee de moyens de subsistance d’apres la legislation turque». Ce qu’elle ne dit pas c’est que son pere s’appelait simplement le pretre Potros Asmar.
(1) Recueil de complaintes, cahier II, p. 114 b.
(2) G., p. 62, 66.
(3) Cote 4 et 5, de 17 et 21 pieces, aux archives de la Mission Dominicaine de Mossoul.
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Quand elle se rend a Livourne, en 1836, elle trouve moyen de se faire recommander a feveque par le cardinal Mezzofondi, et commence a collectionner les papiers a en-tete qui lui permettront de monter son bluff colossal. Cependant elle n’est toujours alors que Marie Therese de Ninive. On ne parle plus de couvent et cette «vertueuse dame de Ninive» est, d’apres le cardinal, «rdsolue a se livrer entierement a Education catholique des jeunes filles de l'Orient».
Le 9 janvier 1837, les chaldeens de Rome, le pretre Miha’il Agostln Ufi et le Signor Thomas d'Alqos, obtiennent du cardinal Odescalchi, vicaire general du pape, la permission de recueillir des fonds pour le couvent de Rabban Hormizd, qui commen^ait a se relever de l’attaque de 1832. Comme leurs occupations empechaient ces messieurs de faire eux-memes la quete, c’est la «noble dame Marie Therese Asmar, niece de farcheveque de Diarbekir», qu’ils deleguent a cet effet.
Elle est a Paris en avril 1838, et s’empresse de faire traduire en fran- <^ais et legaliser sa collection de papiers. Mais c’est au moment de son arrivde en Angleterre, en 1840, que la transformation s’opere. Elle se pr^sente comme «la princesse babylonienne, fille de l'emir ‘Abdallah d’Asmar». Tout le monde «en fait grand cas», elle est regue partout, non seulement par S.M. la reine douairiere, qui lui attribue une gratifi¬ cation annuelle de 50 livres, mais aussi par de nombreuses personnes «de la noblesse et du commun».
Elle fait dditer, en 1844 et 1845, ses Alemoires, en deux volumes de 760 pages, et ses Propheties et Lamentations , ou Une voix de /’ Orient. A foc- casion de traductions et d’ddition de ces ouvrages, elle a maille apartir avec les tribunaux britanniques. Jeremiah Campion et Augustus Goddes Liancourt Eaccusent de ne pas leur avoir payd leur du, et ddnoncent sa «basse ingratitude et son manque de bonne foi».
Ni les cris indignds de la bonne dame, ni toutes les personnalitds qu’elle mit en mouvement (secretaire du British Museum, secretaire de la Societe Asiatique, etc.) pour discuter la valeur des traductions, n’em- pecherent la justice de Sa Majestd Victoria de la condamner au
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payement des dettes et dcs frais de proces. II scmble qu’elle ait dte insol - vable, car toutes ses possessions, vetements, livres et meme objets de toilette, furent saisis, y compris des livres appartenant a l’ambassadeur de France, au due de la Rochefoucauld, a la Church Missionary Society, etc. Sa protestation outragee est signee «D’Asmar», et en arabe, Amira Asmar. On etait alors en 1846.
Malade et probablement un peu defaite, la pauvre princesse dis- parait pour quelque temps de la scene londonienne. Le consulat britan- nique de Paris signale, le 9 janvier 1847, qu’elle vit dans cette ville.
Bientot elle est revenue en Angleterre, ou elle a repris sa place dans la socidte. Le vicomte G. Palmerston lui ecrit de Carlton Garden, le 4 aout 1850: «Ma chere Amira, j’ai vu l’ambassadeur turc et j’ai eu une longue conversation avec lui a votre sujet. II vous a reconnu pour la fille du feu Emir ‘Abdallah Asmar, et pour fille adoptive de P£mir Bechir, et il a done dit naturellement que vous aviez droit a la position et au titre que vous reclamez...»
La meme annee, Marie Therese reclame un autre titre, et l’obtient. Apres dix ans de sejour a Londres elle est naturalisee britannique, le 17 octobre 1850. Bien qu’une main anonyme ait fait remarquer au crayon, au dos de la demande, qu’elle ne declarait pas son intention de vouloir resider en Angleterre, la lettre du Baronet Sir George Grey obtint la faveur demandee: «la princesse Marie Therese d’Assyrie», agee de 44 ans et celibataire, devient citoyenne britannique.
Y avait-il cependant encore quelques contestations et quelques doutes sur sa noblesse? L’entreprenante dame ne se laisse pas abattre et commence a rassembler ses lettres de creance. Quand on voit ces pauvres papiers, on se demande comment une supercherie aussi grossiere a pu rencontrer tant de credulite? Ils se bornent a trois lettres en arabe, dument traduites en fran^ais et en anglais, et legalisees par toutes sortes d’autorites, mais dont le nombre de cachets et de signatures ne peut masquer le vide:
La premiere piece est dcrite a Londres le 7 aout 1851 et signee du
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«cure Gabriel Dgdbara, de Damas, vicaire de l’archeveque de Seida». Le pretre, ailleurs appele archidiacre, y certifie que la princesse Marie Therese Asmar, est «d’une tres ancienne et illustre famille qui remonte aux siecles les plus reculds... Sa famille a donnd a EEglise tous les pa- triarches et les ecclesiastiques les plus distinguds. Son oncle est Mgr Basile Asmar, archeveque de Diarbekir» (de 1828 a 1842).
La deuxieme lettre emane de «Georges Joseph Kiat (Hayat?), chaldeen, secretaire et drogman du Patriarche Cyriaque (Syrien?) d’Alep». II atteste que la famille de la princesse est, «selon la tradition, issue de la race d’Abraham et du roi et prophete David, et la plus an¬ cienne et la plus noble famille d’Assyrie... dont le nom est v6n6r6 par nous de pere en fils».
Le troisieme document a pour auteur un certain Joseph, pretre maronite libanais, professeur de langues orientales et occidentals, an- cien eleve de la Propagande. II y dit: «J’atteste et declare que la prin¬ cesse Marie Therese d’Assyrie est fille de Pdmir ‘Abdallah Asmar et fille adoptive de Edmir Bechir, et proche parente de Kir Basile Asmar, arche¬ veque de Diarbekir.»
Un nommd «Joseph de Mossoul» declare simplement avoir pris connaissance des attestations susdites, dont il affirme la verite, declarant authentiques les signatures apposdes au bas. Fait a Londres, le 17 aout 1851.
Le traducteur a Londres (17 fevrier 1852) est John Shakespeare, bibliothdcaire de la Royal Asiatic Society, et a Paris (12 mai 1853) Desgranges aine, secretaire interprete de l'empereur.
On comprend qu’un certain D. McCarthy, demeurant a Paris, ait pu dire, le 27 fdvrier 1853: «Madame. J’ai examind avec soin les docu¬ ments que vous m’avez envoy^s comme dmanant des autorites les plus elevdes et les plus respectables. Je pense qu’ils dtablissent parfaitement les droits au rang et a la position dans la soci£t£ que vous rdclamez...»
En hn 1852 -debut 1853, la princesse dtait en efTet passde en France, ou elle ne perdit pas de temps avant de faire ldgaliser ses titres. Tous
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les cachets dtaient apposes le 13 mai. Le 17 du meme mois, la citoyenne britannique se fait delivrer par l’ambassadeur de Turquie pres de S.M. l’Empereur des Frangais, M. Vely, un laisser-passer ottoman. «Madame Marie Therese Asmar, princesse d’Assyrie», doit se rendre «en Suisse, Italie et les Etats d’Autriche». II nous faut l’abandonner la, car nos documents ne vont pas plus loin. Peut-etre pourra-t-on completer un jour ce roman, si Ton retrouve les cotes suivantes de Ale Ducloux, no- taire a Paris. Dans tous ses voyages, dit M. Gammo, elle porta la renom- mee de Tell Kaif, «l’Athenes de la Alesopotamie».
Marie Therese Asmar mourut a Paris vers 1870, agee d’environ 64 ans. Elle leguait a son village natal une partie de sa fortune. Cet argent, se montant a 5.500 qurus, servit a restaurer 1’eglise des SS. Pierre et Paul, ou son corps embaume fut transports. L’eglise fut edihee en 1876 et, avec la permission du patriarche Joseph VI Audo, le village com- pleta les depenses (1).
2. — Batnaya
A cinq kilometres au nord de Tell Kaif se trouve le village chal- deen de Batnaya, dont la population atteint 3104 habitants. La plupart de ceux-ci ont un type special, de peau et de cheveux clairs, qui pourrait quelquefois les faire prendre pour des Europeens. Les yeux bleus n’y sont pas rares, souvent un peu voiles par des restes de trachome et par firritation produite par les poussieres de roseaux secs utilises pour la confection des nattes. Ge travail etait en effet findustrie locale de Bat¬ naya et tous, grands et petits, y consacraient le temps libre laisse par les travaux des champs. II n’y a pas tellement longtemps que les filles du village n’acceptaient de venir a l’ecole que si elles pouvaient continuer a tisser leurs nattes tout en ecoutant la le^on. Jadis, les roseaux etaient recoltes dans le Hosar, qui passe a six kilometres a Test; la multiplication des noria d’arrosage ayant amoindri le cours de la petite riviere, les
(1) Colophon de Hudra de Tell Kaif, n° 31, de 1678, et note du Choreveque Narses Sayegiiian a Particle du JVasrat al ahad, cit£ plus haut.
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roseaux ont egalement diminud, et on doit les importer d’ailleurs, voire meme d’au-dela de Kerkouk.
Le nom du village est explique de deux fa^ons par la tradition locale. Soit B. Tetnaye, le «pays de ceux qui ont des taies», par allusion aux maladies des yeux causdes par le travail des nattes; soit B. Tnana, qui veut dire: le lieu du zele (1).
II semble que le nom ancien ait dte diffdrent. Au VIIe siecle on Tappelait «le village des Medes» (Bdt Madayd), ce qui rejoint la tra¬ dition que le village ait dte peupld de «Ydzidis» jusqu’a sa conversion, et explique aussi le type de ses habitants (2).
Le convertisseur du village fut le moine Abraham (Awraha) qui etablit son couvent non loin de la, et y gagna le nom de Awraha d'Bet Madayd, plus tard contractd en Abraham le Mede, d’ou il n'y aura qu’un pas pour en faire un Kurde Babbek (3). Quant a ses dates, quel- ques auteurs (4), suivant ‘Amr, Font placd sous Iso‘yaw I d'Arzun (582- 595), alors qu’en fait il dtait contemporain d’Iso‘yaw II (628-644/6).
D’autres confusions ont eu leur origine dans l’existence de plusieurs localites du meme nom, dont Tune, appelee aussi Sarug, est cdlebre dans l’histoire jacobite (5).
(1) Ges traditions m’ont ete communiqu^es notammcnt par M. FAbbe Hanna ‘Awdls, de ce village. — Gf. Researches , p. 51-52.
(2) B. Madaye est attest^ dans le titre d’une lettre inedite du catholicos Iso‘yaw II (cf. Ortiz de Urbina, Pair. Syr., p. 137 avec references, et Synddos , ms. de N.-D. des Moissons, cod. A.S., 90; Voste, GLXIX, p. 255-265) et dans L'histoire de B. Qoqa (p. 255). Il deviendra Ba Mazai dans ‘Amr (ar. p. 49) et meme Bamada, d’apres une variante du meme (p. 129). Il ne faut pas confondre ce «village des Medes» avec la grande «region des Medes» egalement appefee B. Madaye, l’ancienne Medie, c’est-a- dire les environs de Hamadan, en Iran, ou il y avait un eveche nestorien. Gf. Or., table p. 669.
(3) Supposition (donnee comme telle) recueillie par Rich dans Residence , 1836, t. II, p. 103 n.
(4) V.g. Mgr Sayegh, Machriq 1923, p. 420.
(5) Bien distingue par Mgr Sayegh, cit. Par contre Cuinet ( Turquie d'Asie, II, p. 829) semble penser a Batnaya jacobite quand il dit que «en Pan 700 de Fere chre- tienne, Batnaya avait un eveque. Cf. Honigmann, Pair. Jac., p. 145-146.
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L’histoire de Batnaya, de sa conversion a nos jours, est inconnue. Le village fut bride en meme temps que les localites environnantes par les Persans de Nadir Sah en 1743. II etait deja, au moins en partie, catholique a cette epoque puisque, des 1729, des gens de Batnaya s’unis- sent aux «Ninivites» et aux habitants de Tell Kaif et d’Alqos pour nom- mer un representant qui defendrait leurs interets a Constantinople, en face du procureur du patriarche nestorien (1). En fin 1767, les 200 fa¬ milies du village etaient toutes catholiques, avec leur eglise (2).
Au XIXe siecle, le chiffre de la population semble avoir ete de beaucoup inferieur a ce qu’il etait en 1961. Badger, en 1852, y denombre 60 families (3), ce qui correspond a peu pres au chiffre de 50 maisons donne par Ainsworth en 1857 (4). L’abbe Martin monte jusqu’a 900 habitants en 1867 (5), ce qui fait au maximum le tiers de la population actuelle.
L’eglise la plus ancienne de Batnaya semble etre cede de Mar Qu- riaqos. J’ai pu encore la voir dans son etat primitif, avant qu’elle ne soit detruite et reconstruite en 1944. L’ancienne eglise avait trois nefs. La porte du maitre-autel avait ete restauree par le patriarche Audo. La porte du baptistere, a double linteau, paraissait plus ancienne, peut- etre datait-elle de la restauration de 1744, Le seuil de cette porte etait constitue par une pierre, probablement tombale, ancienne, dont quel- ques lettres seulement apparaissaient au-dessus du sol. Malgre ma demande, appuyee par feu Mgr Katcho, la pierre et toutes les autres furent mises en pieces lors de la demolition. La nef latdrale gauche, opposee au baptistere, etait placee sous le vocable de Ste Barbara.
Un seul manuscrit de cette eglise, appeUe ici «couvent», nous est
(1) Gen. Rel., p. 345-346.
(2) In A Chronicle of the Carmelites in Persia , cit., vol. II, p. 1262.
(3) Nestorians, I, p. 174.
(4) A Personal Narrative of the Euphrates Expedition , vol. II, p. 536.
(5) Chaldee, cite par Researches.
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parvenu. II est date de 1474 et est conservd a la Bibliotheque patriar- cale (1).
De Fautre cote de la meme cour, faisant pendant a Feglise de Mar Quriaqos, se trouve Fdglise de la Ste Vierge, a une ncf, bade vers 1866.
Comme a Tell Kaif il y a aussi autour du village plusieurs lieux de pelerinage. Deux se trouvent dans le cimetiere du village et sont dddids respectivement a Ste Smuni et a S. Joseph. On a tentd d’agrandir la «coupole» de ce dernier et de la remplacer par une eglise, qui serait alors dediee a la Sainte Famille. Cette troisieme Eglise, commencde il y a quelques decades, n'a pas encore ddpassd la hauteur des fondations. On parle toujours de la completer.
3. — Baqofa
Baqofa est un petit village chaldeen situd a quclque trois kilometres au nord-est de Batnaya. Son antiquite est attestde par la presence de deux tells archeologiques, dont le plus grand est en partie occupe par le cimetiere du village. Victor Place le prospecta, mais n’y trouva que des debris de jarres (2). Il evita de fouiller le tumulus voisin, dit Tell al Dahab, le tell de Tor, dont le nom prometteur avait attird Fattention du pacha de Mossoul en 1842. D’autres ddcouvertes fortuites, mention- ndes par Mgr Sayegh, comprennent plusieurs tombeaux, dont celui d’un guerrier vetu d’une cuirasse de fer et armd d une epde et d’un poignard incrustes d’or; la tombe contenait dgalement un cylindre-sceau en or avec inscription cundiforme. On signale enfin un panneau sculpte reprd- sentant un homme egorgeant un lion. La science n’a guere profitd de ces ddcouvertes, et le nom ancien de Baqofa est inconnu.
Le nom chaldeen actuel derive de B. Qop£, le lieu boisd (3). Hdlas, les bois et les forets ont depuis longtemps disparu !
(1) Cat. de Mgr Bidawid, n° 901. C’est une grammaire dT lie de Nisibe, £crite ici par le pr. ‘Issa, fils d’Ishaq, de Hakkari.
(2) Ninive et I’Assyrie, t. II, 1870, p. 149.
(3) Mgr Sayegh dans le A fachriq, cit. ; dgalement Sumer , 1953, cit. p. 254 et
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La locality est citde, dans la premiere moitid du VIIe siecle, parmi les villages chrdtiens qui contribuerent a ferection du couvent de Rab- ban Hormizd. Celui-ci, en retour, guerit leurs malades (1).
II parait que jadis la population etait melangee, chretiens et musul- mans; ces derniers avaient deja fonde un autre village du meme nom, a trois kilometres de la, des le XVI I Ie siecle, au temoignage de Yasin al ‘Omari (2), qui precise que les deux villages etaient, a cette epoque, waqf de la mosquee de Nabi Yunis a Mossoul, sans que le nom du donateur figure dans facte de donation.
En 1850, quand Badger le visita (3), le village comptait 20 families avec un pretre et une eglise. Le nombre des habitants resta longtemps assez bas, car le croup faisait perir 60% des enfants en bas age. En 1923, Mgr Sayegh denombre 490 ames; ils etaient en 1961 de 70 a 80 families, avec beaucoup d’emigres a Bagdad (4).
En plus de Hudahwi, le genereux donateur du VI Ie siecle qui en- voya sept talents d’argent a R. Hormizd, on connait encore un copiste originaire de Baqofa, le moine Stephane Marrogue, dont un «livre d’his- toires», date de 1888, est conserve a Notre-Dame des Moissons (5).
L’eglise du village est dediee a Mar Gudrguis. Elle ne comporte qu’une seule nef et vient d’etre restauree. Le cadre de la porte de l’autel temoigne d’une restauration precedente, en octobre 1868. Le pauvre eveque Sim‘un Tektek a laisse ce souvenir de sa relegation de deux ans comme simple pretre de cette eglise. Avec lui les gens de Baq6fa contri¬ buerent a I* erection de la porte, oeuvre de Gorgis, fils de Saba Yusif, et dont finscription fut gravee par un certain ‘Issa.
Researches , p. 56-57. — En 1937 ( Nagm , p. 277) Mgr Sayegh avait avance une autre interpretation: le lieu du singe.
(1) The Histories of R. Hormizd the Persian..., Budge, 1902, t. II, I, p. 81 et 177s et Bk. I, p. clxiii.
(2) Muniat al Udaba\ cit. p. 133.
(3) The Nestorians , II, p. 174.
(4) Le chiffre de 2211 du recensement de 1957 n’est certainement pas exact. Le chiffre r6el est dans les environs de 400.
(5) Cat. Voste, co d. CGXVI.
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En face de la porte d’entree, a peu pres au-dessus des fonts baptis- maux, se trouve une grande peinture sur toile du patron du lieu, de pro¬ venance europeenne et de style fin XIXe siecle.
Dans le cimetiere, sur le chemin qui conduit vers ‘Ain Sifni, on voit la «coupole» de Ste-Smuni. Certains discnt qu’elle marque l’emplace- ment d’une ancienne dglise.
Enfin, le «pretre de Baq6fa» figure d'une fa^on peu flatteuse dans un dicton de Mossoul, connu des musulmans aussi bien que des chrdtiens. Le malheureux homme (personne ne peut me dire mcme a quelle epoque il vivait) ne devait pas beaucoup respecter la parole donnde, car aujour- d’hui a Mossoul, quand quelqu’un fait une promesse dont on doute un peu, on lui dit: «Ne faites pas comme le pretre de Baqofa!»
Originaire de Baqofa dtait l’dveque Ya'qub Manna (1867-1924), auteur d’un Vocabulaire chaldeen-arabe de valeur (1).
4. — Tell Esqof
Tell Esqof, egalement chaldeen, est situe a 7 kilometres au nord de Batnaya. II est plus grand que les deux precedents, comptant 5.705 habitants (2), et en est aussi tres different. La specialite du lieu est la poterie; le tissage, qui y etait dgalement florissant, a evidemment beau- coup souffert de la concurrence mdcanique. Mgr Sayegh mentionne aussi Thabilete de beaucoup dans la guerison des piqures de scorpions et des morsures de serpents.
Le nom du village vient du chaldeen: Tell Zqlpa, le tell eleve (3). Le precieux livre de M. Gammo est moins heureux quand il s’essaie aux etymologies. Il avait deja suggere Maison de Tanaya pour Batnaya,
(1) Mossoul, Imprimerie des Dominicains, 1900, 1 vol.: cf. Tfinkdji, p. 68.
(2) M. G. ‘Awwad en compte seulement 3.500. Badger en 1852 y ddnombrait 1 10 families, et l’abbe Martin, quinze ans plus tard, 1.800 ames. Gf. Researches , p. 64-65.
(3) Sumer , cit. 1952, p. 252, mentionne Egalement l’explication de Yaqut (Mu' gam, I, 863 et Marasid, I, 268) reprise par Rich ( Residence , II, p. 101) en Tell al Usqof, le tell de lYveque.
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du nom «probable» ( ?) de son fondateur ou de son proprietaire, mainte- nant il explique Tell Esqof par «Tell en forme de Croix (?) (1).
En fait, le monticule archeologique de Tell Esqof, plus haut que celui de Baqofa, «se dresse a pic comme une falaise, au-dessus d’un petit ruisseau qui coule au pied» (2). V. Place y donna quelques coups de pioche, mais sans grand resultat. Le tell n’a pas dte explore depuis (3).
Le village fut pille par les Mongols de Bar Yak en 1508, en meme temps que Tell Kaif, Alqos et R. Hormizd (4).
II est encore mentionne dans une 'onita attribute a Guorguls Warda et commen^ant par: «En Pan 1 547 » (5). On y lit que, en novembre 1235, des pillards tartares, apres avoir commis des depredations a Erbil, massacre les moines de B. Qoqa et fait un carnage a Karamlaiss, vinrent a Tell Esqof, «village grand et fort». Les habitants furent passes au fil de l’epde ou emmenes en captivite. II n’y eut de salut pour personne, et ceux qui furent epargnes par la tuerie moururent de faim. L’eglise de St-Jacques Plntercis, dont c’est ici la premiere mention, fut elle- meme «coupee en morceaux».
Au XVIIIe siecle le village etait a nouveau renomme pour la richesse de ses habitants (6). II fut pille et brule par les soudards de Nadir Sah en 1743 (7).
(1) Cit. p. 28. Mgr Sayegh ( Nagm , IX/1937, p. 277) avait d6ja critique cette interpretation.
(2) Ninive et VAssyrie , t. II, p. 149-150.
(3) Rich ( Residence , II, p. 102) en rapporte deux lampes en verre trouv^es en creusant une tombe. Corriger ici Researches (p. 64) qui dit que «les gens de Tell Esqof creuserent une tombe dans ce tell et trouverent une sepulture contenant une pierre sur laquelle etait ecrit le nom de Tell Esqof», alors que le texte dit seulement: «I1 n’y a pas longtemps, en creusant ici une tombe dans le tell qui donna son nom au village, on trouva des pierrcs a une grande profondeur.»
(4) A. Scher, J.A. , XV/1910, p. 120-123.
(5) Hilgenfeld, Ausgewdhlle, cit. p. 49-59 et ms. de 1899 du pretre Ishaq Gaddo d’Alqos, dans sa famille a Karamlaiss, fol. 137-141.
(6) Muniat al Udaba\ p. 137.
(7) Ibid., Appendice, p. 260.
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Dans un lectionnaire de 1499 (1) Pdglise de St-Gcorges apparait a cote de celle de St-Jacques PIntercis.
Quand j’ai visite ces eglises en 1943, Mar Guorguls avait gardd son aspect ancien. Elle comptait trois ncfs, celle du centre dtant plus petite que les autres. On n’y voyait aucune date. Une chaine pour attacher les fous se trouvait dans la nef laterale droite, une des places traditionnelles du martyrion (2). Cette vieille dglise a dte entierement demolie en 1955, et la grande £glise moderne, hdias de type latin, qui doit la remplacer, est encore en construction. Seule la chaine du martyrion a dte gardee par une femme du village, qui espere bien la remettre en place dans la nouvelle eglise.
A Mar Ya‘qub, Pancienne nef laterale gauche, dddiee a Mar Yo- hannan (S. Jean-Baptiste) a fait place a une dglise neuve, accolde a la vieille Mar Ya‘qub, qui a gardd la plus grande partie de son cachet antique. Malheureusement Pancien baptistere est vide et une porte de communications a 6t6 percde (6 horreur!) qui donne directement sur le sanctuaire. Le B. Slota a et 6 transform^ en chambre et baptistere (!), Parcade centrale seule etant restde ouverte sur une sorte d Hwan dans lequel un autel a ete construit ( !) pour la messe en dtd. Helas, qui deplore cet abandon de Pancienne liturgie?
Plusieurs tableaux anciens que j’y avais vus en 1943 ont disparu, emmends a Mossoul pour «restauration». Parmi eux se trouvait un ta¬ bleau armdnien reprdsentant une Yierge assise de face, encadrde de deux £veques.
Hors du village, au nord-ouest, des ruines d'une petite construc¬ tion portent le nom de Mar Sahdona. On n'y fait pas de pelerinage, pas plus qu’a la petite coupole des Macchabdes (Bnd Smuni) situde vers le sud, dans les aires (3). Au nord, pres du chemin d’Alqos, a peu
(1) B.M., cod. Rich 7174, Cat. Rosen Forsiiall, n° XXX.
(2) Sur Pincubation dans le martyrion, cf. Mossoul chretienne, p. 146-147.
(3) A lire un Hevameron de 1882 (cod. Berlin 61) on croirait que Pell Esqof avait cinq «£glises» ou «couvents», des «SS. Georges, Jacques, Apnimaran, Sahdona et Smuni avec ses enfants...» {Cat. Sachau, t. I, p. 216).
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de distance de la sortie du village, se trouve le Puits des solitaires, ou il y aurait eu un couvent (?).
Mais la ruine la plus importante est celle dite du couvent d’Ap- nimaran, a Test du village, dont il est separe par un petit ruisseau. Les decombres sont recouverts par le cimetiere du village, emigre du tell, si bien que toutes les traces sont brouilUes. Seul un pan de mur oriente nord-sud et portant des vestiges de voute du cote ouest, c’est- a-dire clu cote du village, est dit avoir ete le mur separant Pautel de l’eglise. Gomme il n’y a pas de place pour l’eglise entre ce mur et le ruisseau, les gens disent que ce dernier a change de place et grignote Peglise. Un puits au milieu du cimetiere confirme l’existence en ce lieu d’une communaute de vivants, avant que le terrain ne soit devenu la propriete des morts. Ceux-ci le gardent trop jalousement pour que des fouilles puissent etre possibles. Le pelerinage du saint a lieu le lundi apres le Dimanche apres Paques, le jour meme ou Batnaya fete Mar Awraha, Dehok Mar ‘Awda, Nasseriya Mar £Awdiso‘, etc., bref chacun son moine local, ce qui ne jette aucune lumiere sur leurs identites.
Une note de Mgr Addai Scher (1), qui signale les ruines de ce couvent «pres de Tell Zqipa, village a 5 heures au nord-ouest de Mos- soul», l’attribue a «Apnimaran, superieur du couvent de Za£faran», avec reference au Liber Castitatis , n° 94. En fait, tous les textes que j’ai pu relever relatifs a Apnimaran le Grand, du B. Garmai, ne parlent de lui que comme fondateur de Dair az ZaTaran. Nous verrons ces textes quand nous parlerons de ce couvent, qui est bien connu; il n’est dit nulle part qu’il ait fonde un autre couvent, a Tell Esqof ou ailleurs.
Il y eut probablement beaucoup de moines de ce nom. Le maitre du precedent au couvent de B. £Aw 6 s’appelait egalement Apnimaran; Thomas de Marga lui donne seulement le qualificatif de «de sainte me- moire» (2). Si c’est lui (mais comment pourrait-on le prouver?) qui
(1) Chr. de Seert , II, p. 139, n. 3.
(2) Bk.ll, p. 121.
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fonda a Tell Esqof, notre couvent daterait de la premiere moitid du VIIe siecle.
Un meilleur candidat pour le patronage du couvent serait peut- etre ce R. Apnimaran de la premiere moitid du Xe siecle, qui apparait dans rhistoire de R. Yusif Busnaya comme contemporain de R. Mu- sd (1). Comme l’a deja remarqud Chabot, «la montagne de Gidron» ou cet Apnimaran avait sa cellule ne devait pas etre loin du couvent de R. Hormizd, puisque les freres de ce couvent venaient souvent se reunir autour de lui. II y a en effet une chaine de collines paralleles a la mon¬ tagne au pied de laquelle se trouve Alqos, et qui sdpare ce dernier village de Tell Esqof. Cette chaine est appelde actuellement Kind. II n'y a pas d’objection a ce que Bar Kaldun ait pu Tappeler montagne, car les auteurs anciens (et les Mossouliotes modernes, comme tous les gens des plaines) appliquent ce nom a la plus legere ondulation, mais on n’a pas de preuve que le nom ancien de ce plissement ait dtd Gidron.
Si Apnimaran de Gidron est le titulaire du couvent de Tell Esqof, celui-ci fut fonde au milieu du Xe siecle, probablement sur la tombe de Rabban. Cette date tardive expliquerait l’absence du couvent et de son fondateur des textes anciens. En fait, nous devons avouer notre ignorance tant sur la personne du fondateur que sur fhistoire du couvent (2), sauf qu’Eduard Sachau vit naguere, «a fdglise de Tell Esqof» une ins¬ cription provenant de ce couvent, d’apres laquelle le couvent avait dte construit (ce qui en chaldeen peut vouloir dire «reconstruit») en 1403, aux frais des habitants de Tell Kaif(3). Cette inscription a disparu depuis.
Personne n’a jamais fait mention d’un couvent de religieuses a Tell Esqof. Cependant Rich parle de religieuses, sortes de «benoitcs» vivant a la maison, ici et a Alq5s, dans la premiere moitid du XIXe siecle (4).
(1) Citd p. 130 et note I de Chabot.
(2) Researches (p. 65) enjolive peut-etre un peu quand il dit que le couvent etait «celebre dans l’histoire des Chald£ens»!
(3) Reise in Syrien und Mesopotamia (Leipzig 1893), p. 361 (= 1092 ?).
(4) Residence , II, p. 101.
Rech. 23 — 2$
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Les calligraphes cle Tell Esqof meriteraient une place a cote des dynasties fameuses d’Alqos. En 1558, c’est le pretre Sulaiman qui copie un rituel des ordinations (1); en 1583, le chammas Abraham, fils de Bacba, ecrit a R. Hormizd un exemplaire du Livre de la bonne conduite (2) ; en 1688, le pretre Abraham, fils de Marisan de Tell Esqof, copie a Piyoz un livre des Memr 6 du moine Mar Yohannan de Mossoul (3). Encore un autre pretre Abraham, celui-ci fils de Marbena, est hauteur de trois manuscrits conserves a Notre-Dame des Moissons et dates respectivement de 1793, 1794 et 1796 (4).
Un dernier copiste du meme village, le moine Thomas, fils de Nisan, moine de R. Hormizd, ecrit le Livre des splendeurs , de Bar Hebraeus, en 1819 (5).
Cependant, fait curieux, les deux manuscrits destines a Tell Esqof meme ont ete ecrits par des Grangers; le lectionnaire deja cite, de 1499, est 1’ oeuvre du pretre Ellya, dit ‘Ala’ ad Din, fils de Fahr ad Din, sur- nomme bar Sephaya, de Mossoul (6), et un recueil de Regies de la confession , tirees des Synodes des Apotres, est ecrit a la demande du pretre ‘Askar, his de ‘Abdes, de Tell Esqof, par ‘Awdis6‘ his de Hadaya de Batnaya, en 1702 (7). La meme annee, le lectionnaire de 1499 est restaure pour Teglise de St-Georges a Tell Esqof, dont on donne uneliste de hdeles notoires.
(1) Cambridge, Add. 1988, Cat. Wright, p. 357.
(2) Bibliotheque de Kerkouk, Cat. Voste, cod. XL.
(3) Patr. Chald., Cat. Mgr Bidawid, cod. 6022.
(4) Cat. Voste, cod. CLI (Poeme sur la grandeur de la liturgie), CLXXVII (Livre de la lampe brillante) et XLVI (Explication de l’Apocalypse).
(5) Cod. CCXCIV de N.-D. des Moissons, Cat. Voste. Trois autres manuscrits du XIXe s. a Berlin (cod. 215, 216, 352, Cat. Sachau).
(6) «Par les soins du presbytre illustre, du pretre chaste, du legiste expert, qui a droit au souvenir pour son soin des batiments des eglises, le pretre Tssa, fils du Bx. d^funt le chef Hassan, dont la sollicitude etait grande a edifier des eglises, a faire ecrire des livres et a enseigner aux eleves.»
(7) Vat. Syr., cod. 505; cf. Voste, Mss. syr. recemment acquis par la Bibl. Vat., Angelicum , VI/1929, p. 43-44 et La confession chez les Nestoriens, ibid., VII/1930, p. 17-26.
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Tell Esqof ne peut rivaliser avec Alqos, ni meme avec Tell Kaif, pour ses poetes. Cependant le chammas Tsona est hauteur de plusieurs pieces, notamment d’une complainte contre les ivrognes, datde de 1 9 1 3 ( 1 ) ou il s'attaque a un vice qui, hdlas, n’est pas propre a ce village.
5. — Alqos
Le plus septentrional de la chaine des villages chalddens que nous dtudions, Alqos, bourg d’environ 5.500 ames, est situd au pied de la montagne, a 40 kilometres a vol d’oiseau au nord de Mossoul. Ici le pantalon montagnard kurde supplante le zebun de la plaine, et la pierre remplace la terre sdchde dans la construction des maisons et des homines (2).
D’apres la tradition locale (3), le nom du village serait celui, a peine ddformd, de son fondateur, un juif nommd Alqon, qui y fut ddportd par les Assyriens. Des le temps du prophete Nahum cependant, le nom avait ddja evolud en Alqos; il n’a pas changd depuis. D’autres tentent d'in- terprdter le vocable par l’assyrien, «E1 qusti», Dieu est mon arc (4), ou par l’hdbreu, dans le meme sens (5). La discussion reste ouverte (6).
On dit couramment qu’Alqos est «Tun des plus anciens villages chrdtiens du nord de ITraq, puisqu’on le cite ddja dans la premiere moitie du IVe siecle, dans la vie de Mar Mlha, disciple de Mar Awgin». Mais justement, toute la question est de savoir quelle valeur on peut donner a la ldgende de ce saint (7).
(1) Collection de complaintes , cahier I, rdunies par le P. Rh£tor£, k la bibliothdque des Dominicains de Mossoul, fonds Mar Yaqo.
(2) M. G. ‘Awwad signale une bonne vue du village dans Olmstead, History of Assyria, face a la p. 642.
(3) Recueillie par Mgr S. Sayegh, Machriq, cit. et Researches, p. 45-48.
(4) Sumer, p. 252.
(5) Dictionnaire de la Bible, du Dr G. Post, cit£ dans Sumer.
(6) M. G. ‘Awwad £carte avec raison Interpretation par le turc «oiseau rouge» car le nom existait avant la p^riode turcomane.
(7) AMS, III, 410 (et introduction, p. vi, n° 2) et Suhada\ II, 184.
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En fait, le texte est Tun des plus plats que nous possedions, pur ramassis de cliches passe-partout, image d’Epinal du moine «primitif» type, massivement arrime aux geants traditionnels du monachisme, mais qui n’a pour lui-meme aucun trait ferme. Si la Place St-Sulpice faisait une statue en platre du «moine mesopotamien», on ne saurait quel attribut ajouter a Mlha pour le distingucr des autres. Vraiment, le sa- cristain, au plus tot du XI Ve siecle (1) qui redigea ce factum manquait totaleinent d’imagination. II faut dire a sa decharge que la matiere «historique» sur laquelle il avait a travailler etait bien pietre, tout au plus un nom dans les listes, liberalement revues et augmentees, des pre- tendus disciples de Mar Awgin. Rendons-lui done justice: a travers tous les poncifs accumules, le sacristain nous a rendu Mar Mlha de Nuhadra tel qu’il Pavait re^u: un nom sans figure (2).
D’ailleurs, pourquoi tant se preoccuper de Mlha, puisque Alqos avait 6t6 evangelise avant son temps? Sa legende elle-meme ne dit-elle pas qu’il reunit les pretres et le peuple du village? S’il y avait des pretres, il y avait au moins une eglise, dit justement un historien moderne d’ Al¬ qos (3). Et les deductions continuent: cette eglise ne peut etre que celle de St-Georges, puisque la tradition n’en mentionne pas d’autres. En effet, dit-on, «lors de la demolition qui preceda la derniere restauration de Peglise, en 1906, on trouva au-dessus de la porte de Pautel une inscription chaldeenne difficile a lire a cause de l’anciennete de l’ecri- ture: Reliques de S. Georges, le martyr. Puis apres differentes couches protectrices, on trouva dans la magonnerie deux pierres superposees, sculpt^es a Pexterieur de deux croix. Quand on les separa on v vit des traces d’eclaboussures de sang,..» Et hauteur de conclure: «Si ces pierres
(1) Mgr A. Scher a deja remarque (Kaldu wa Atur, II, p. 37) que, d'apres la legende elle-meme (AMS, III, p. 510-513), elle fut ecrite par ordre du patriarche Sim‘un. Or les patriarchies de ce nom ont commence a sieger au XlVe s. Le meme savant auteur (Aid., p. 38) souligne 1’identite parfaite de cette legende avec celle, jacobite, de Benjamin, sauf pour le nom du couvent fonde.
(2) Sa fete se ctdebre le ler novembre.
(3) L’abb6 G. HannIna, dans an JVagm, 1932, p. 258-262.
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sont authentiques, elles nous font remonter au temps du martyre de S. Georges, vers 290. »
Comme les pierres ont dte a nouveau scelldes dans la construction, a droite de la porte de Pautel majeur, il est impossible de verifier le fait. S’il etait dtabli qu’il v a vraiment des traces de sang humain sur les pierres, beaucoup de questions se poseraient encore, lides a 1’ historicity de S. Georges, sur laquelle, si je ne me trompe, les papes eux-memes sont plutot reserves. Bref, pour ce qui est d’Alqos, on se trouve en face d’un faisceau de traditions qui tendent a prouver 1’antiquitd de l’dtablissement du christianisme dans la place, mais sont individuellement invdrifiables.
Alqos dmerge des brumes de la ldgende pour prendre sa place his- torique de bastion de l’orthodoxie syrienne orientale au VIIe siecle, ou il appuie de toutes ses forces la fondation du couvent de R. Hormizd, et oil, Tun soutenant l’autre, le village et le saint opposent une digue solide au ddferlement de la vague anti-ncstorienne.
Parmi les noms auxquels se rattachent des escarmouches de cette pdriode, deux seulement peuvent etre identifies, celui du monastere maudit de BezqIn (1), dont un jardin d’Alqos a gardd le nom, et celui de l’ecole jacobite de B. Bani, deja menlionnd, et qui est a placer au village actuellement yezidi de Baiban, a six kilometres au sud-est d’Al¬ qos. Disparus par contre les villages de Kezyon et de Harwa (2), dont les habitants aiderent au pillage du couvent infame de BezqIn, ddtruit par un tremblement de terre, aux prieres de R. Hormizd. Perdu aussi le village d’ARSAM, dont le gouverneur de Mossoul chassa les habitants herdtiques pour les remplacer par des croyants de la rdgion du Hazir. Ce petit ddtail semble bien authentique et Concorde avcc ce que Ton sait de la situation prdcaire des Nestoriens de ce dernier district a la meme dpoque. I/eveque ‘AwdIso‘ de Ba Nuhadra viendra consacrer l’dglise nestorienne du village recupere (3).
(1) Hist, of R. Hormizd (Budge, 1902), t. II, I, p. 80 et 1 14; Bk. I, p. clxi a clxiii.
(2) Hist, of R. Hormizd , t. II, I, p. 114.
(3) Ibid., p. 80 et 114.
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On aura remarque la similitude de noms entre ce village et le siege du fameux propagandiste et polemiste monophysite, E eveque 5im‘un de B. Arsam, dont l’eveche est habituellement localise sur le Tigre, pres de Seleucie (1).
Desormais, l’histoire du village sera intimement liee a celle du cou- vent de R. Hormizd; ils partageront Phonneur d’etre le lieu de residence des patriarches nestoriens de 1551 a 1804 (2). L’un d’eux, Elie XII Denha, mourra de la peste qui ravagea le village en 1778.
Certains habitants d’Alqos semblent avoir suivi Sulaqa dans sa conversion au catholicisme, au milieu du XVIe siecle. Le pretre poete Israel l’Aine se convertit en 1611. En 1729, on voit des Alqochiens signer la delegation d’un procureur qui rcpresentera les interets de Joseph III et des «chaldeens orthodoxes» aupres dela Sublime Porte (3). En fin 1767, Alq5s comptait 500 families, dont au moins 100 families catholiques (4).
Alq5s fut-il siege episcopal a une certaine epoque? Si la restitution proposee par le P. Samuel Giarnil a la liste de ‘Awdis6‘ IV Marun (5) est exacte, le village, ainsi que Tell Kaif et Karamlaiss, aurait eu un eveque en 1562. Or, Eon remarque qu’il y avait a 1a. meme date un autre patriarche, Elie VI, de la premiere serie, qui habitait a R. Elormizd, alors que ‘Awdisoc Marun, qui residait a Seert, est le premier
(1) B.O., II, p. 409; al Lu’lu’, 2e eel., p. 312; Le CL, O.C., II, col. 1573-1576; etc. — Sim‘un devint eveque vers 503. Cf. Jean d’Asie, Lives of the Eastern Saints, P.O., t. XVII, p. 138 s. ; voir aussi DHGE, X 1 1 1/ 1 935, col. 1228, s.v. Beth Arsam , par G. Lf.venq.
(2) Cf. liste de S.E. le Card. Tisserant ( DTC , art. Nestorienne , Eglise) mise en tableau par Mgr Hindo, Primats cT Orient, cit. p. 123-125. — Une etude inedite du chammas ‘Aziz Potros intitulee Histoire des dioceses chaldeens (ms. chez M. G. ‘Ayvwad, cf. Researches, p. 47, n. 24) donne comme dates extremes 1504 et 1778.
(3) Gen. Rcl., p. 345-346. — Le P. Giamil ecrit tantot Alcusc, tantot Alkusc.
(4) Lettres de Mgr Emmanuel Ballyet du 27 decembre 1767, dans A Chronicle of the Carmelites in Persia, cit. vol. II, p. 1262.
(5) Le texte porte «Askus» {Gen. Rel., p. 64).
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de cette malheureuse serie des successeurs de Sulaqa qui retournerent au schisme. Essaya-t-il, lors du sdjour qu'il fit a Mossoul cette annee- la (1), d’organiser une hierarchie qui lui donnerait des chances vis-a-vis de son rival de R. Hormizd, et plus de poids pour s’assurer falliance de Rome? II faudrait savoir en detail a quelle alldgeance s’etaient rallies les villages chalddens pour pouvoir rdpondre a la question. De toutes fagons cette hierarchie semble avoir ete ephdmere. On remarquera qu’en 1610 (2), quand Elie VIII, patriarche de R. Hormizd, donne la liste de ses dioceses et egalement des dioceses de son collegue, Simon X de Qudsanes, nos trois dioceses ne figurent ni dans Tune ni dans l’autre liste. II semble qu’a ce moment la division territoriale entre les deux rivaux ait eu des limites a peu pres fixes. Elie declare avoir sous sa juridiction le pays allant «d,Amed a l’Assyrie, la Babylonie et Basrah», et gouverner jusqu'a Erbil, le Hakkari et la Perse. Quant a 5im‘un, sa diete va de la Perse a Gulamerk, de Seert a Amed. Les dicasteres romains appellent les filie «patriarches de Babylone» et les Simon «patriarches des Assy- riens Orientaux» (3).
Faire la chronique de la vie d’Alqos serait aussi rapporter les in- nombrables pillages dont le village fut la victime. Le souvenir de quel- ques-uns, ceux des siecles recents, a 6t6 garde, surtout dans les com- plaintes et les colophons de manuscrits. En 1508, le «Mongol Bar Yak, roi de Babylone» f Bagdad), e’est-a-dire en fait Murad, his de Ya‘qub, dernier souverain turcoman du Mouton Blanc, vint attaquer Mossoul. La ville, defendue par Bastam ibn Dugar, lui ayant resiste, fenvahisseur se tourna vers la campagne. De B. Handwaye ou il campe, il envoie 500 cavaliers contre Alqos, qui rdsiste dgalemcnt. Alors Pennemi revient en force. Les gens du village se refugient au couvent de R. Hormizd, qui est bientot pris d’assaut. Le couvcnt est pilld et les femmes ddpouilldes; un gargon et deux jeunes filles sont emmends en captivitd. Il y avait alors
(1) Il mentionne Mossoul comme siege de son patriarcat.
(2) Gen. Rel. , p. 110-114.
(3) Card. Tisserant, art. Nestorienne ( Eglise ), cit., col. 231.
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a Alqos vingt-quatre pretres «erudits», dont le plus jeune etait Gabriel, fils du pretre Husaba, qui raconte la chose dans le colophon d’un War da de Eeglise de Mar Iso‘yaw a Mossoul, ecrit a Alqos en 1509 (1).
En 1740, c’est Bahram Pacha Bahdinan de ‘Amadia qui ravage la contree (2) ; trois ans plus tard, Alqos subit le meme sort que les villages voisins, aux mains des soudards de Nadir Sah. Comme le dit le chammas de Qaraqos: «Ils pillerent Alqos, mais la plupart des habitants s’etaient enfuis et refugies dans la montagne, au couvent de R. Hormizd. Les Persans les atteignirent, fondirent sur eux comme des loups sur les agneaux, comme des faucons sur les passereaux; ils tuerent les uns, emmenerent les autres en captivite et leur firent subir toutes sortes d’outrages qu’on ne saurait exposer et raconter» (3).
Dans la premiere moitie du XIXe siecle, trois fleaux s’abattirent successivement sur le village. Ce fut d’abord la famine, puis, en fevrier 1828, eut lieu la peste d’Alqos, dont le souvenir est perpetue par une complainte du pretre Isra’il le Jeune (4). On compta 700 morts, dont 27 pretres et 17 chammas. En 1832, Muhammad Pacha de Rawanduz, dir Mir Kor, le prince borgne, s’approcha du village. A Htara, le 9 mars, il avait tue un homme et enleve plusieurs femmes, mais les augures d’Al¬ qos ne voulurent pas croire au danger et persuaderent aux habitants de ne pas fuir. Le 15 mars, le village etait cerne. 367 personnes, d’apres la complainte du pretre Damianos, de Rabban Hormizd (5), ou 272,
(1) Publie par Mgr A. Scher, J.A., XV/1910, p. 120-123.
(2) Pontifical des ordinations, de 1568, cod. 341 de la Bibliotheque Patriarcale Chaldeenne (Cat. Mgr Bidawid). Ge livre fut trois fois vole et rachete. Cf. An Nagm, X, p. 3-4. Le copiste est le fameux pretre ‘Ataya de Gazarta, originaire d’Alqos ( Nagm , X, p. 175, n. I).
(3) D’apres le colophon de 1756 du chammas de QaraqSs, publie en fran^ais par Pognon sous le titre de Chronique Syriaque relative au siege de Mossoul par les Persans , en 1743 , in Florilege Melchior de Vogue , Paris, Impr. Nat., 1909, p. 488-503.
(4) Dans Complaintes Someth , ms. cahier I (1913), de Mar Yaqo, n° V, p. 40- 63.
(5) En chaldeen, vers 1855, dans cod. Berlin 121 (Cat. Sachau, I, p. 418) et dans Complaintes someth , ms. cit., cahier II, n° VI, p. 79-88. Une traduction arabe de
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d’apres un colophon ajoutd a un volume de la Bibliotheque Patriar- cale (1 ), furent tuees. Sept pretres pdrirent, dont l’eveque Mar Hnaniso* 1 2 3 4, vicaire du siege patriarcal, assassind dans h eglise pendant roffice, et le P. Gabriel Dambo, superieur des moines, assassind dans la montagne. Quelques jours plus tard les Kurdes revinrent et, en emprisonnant les gens dans l’^glise, en les frappant et en les menagant, leur extorquerent ce qui avait echappd au premier pillage (2).
En 1842 encore, IsmaTl Bek, prince de ‘Amadla, pilla le village et profana son eglise. Le dernier malheur qui se soit abattu sur la bourgade semble etre la famine de «fannde de la lire», c’est-a-dire 1879. D’apres une complainte due au pretre Ishaq Gaddo d'Alqos (3), les douze pretres que comptait le village a ce moment-la ne suflisaient pas a donner l’extreme onction aux mourants.
Mais l’histoire d’Alqos n’est pas toute entiere en catastrophes. II faudrait passer en revue les fils dminents de ce village, et ils sont ldgion, qui ont servi avec lustre Y Eglise Orientale (4). Parmi eux, les copistes ont certainement la premiere place, si bien que le P. Yoste n'hdsite pas a appeler Alqos «l’Imprimerie Nationale de la nation chaldeenne». Les calligraphes les plus connus appartiennent a la famille Homo, qui forme
ce poeme, par Jeremie Samir de Mossoul (1882) figure dans le cod. 122 de Berlin, fol. 19 b. (Cat. Saciiau, I, p. 421). Le meme sujet a dtd ^galement traits en soureth par le chammas Thomas Sin6ari de Tell Kaif (cod. Berlin 121, fol. 45 a-49 b; Cat. Sachau, I, p. 419).
(1) «Prieres du matin et du soir», de 1813, cod. 3619 du Patriarcat, Cat. Mgr Bidawid. — La permission de queter pour le couvent, octroyde aux Chalddcns de Rome par le cardinal Odescalchi, le 9 janvier 1837 ( Archives de la Mission Dominicaine de Mossoul ), mentionne « 1 70 personnes des families les plus distingudes».
(2) Une complainte moderne en soureth a encore dtd composde, au ddbut de ce siecle, par le pr. Yusif ‘Abaya. Elle est conservde notamment dans un ms. du chammas Mattlka Haddad d’Alqos, ecrit en 1958.
(3) Dans un recueil de sa main, datd de 1899, conservd dans la famille de ce pretre a Karamlaiss.
(4) Le dernier en date serait l'actuel patriarche chaldden de Babylone, S.B. Mgr Paul II Cheikho, glorieusement regnant.
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une dynastie de pretres et de chammas (1) ou les talents du scribe se transmettent de pere en fils pendant le XVIIIe et le XIXe siecle. Leurs oeuvres out rendu fameux le nom de leur village dans le monde entier. Leur digne successeur, le dernier dcs grands copistes d’Alqos, est encore en vie; c’est le venerable diacre Paulos Oasa qui, avant finvention du prosaique microfilm, a fourni a f erudition orientaliste tant de copies inestimables.
En poesie, chaldeenne et soureth, on a pu parler de l’Ecole d’Al¬ qos (2). Le choryphee en est le pretre Isra’il 1’Aine. Ne en 1541, il avait 70 ans quand il se convertit au catholicisme, en 1611 (3). Apres lui vient son neveu, le pretre Guorguis (4), puis les pretres Joseph et Yalda. Au milieu du XYIIe siecle, on peut leur adjoindre le pretre Isra’il le Jeune, dont on a deja vu les oeuvres.
Ajoutons encore un etrange personnage (5), le chammas Thomas Marqos Maqdassi, d’Alqos, ancien eleve de la Propagande a partir de 1801, puis procureur laic des Chaldeens a Rome; les pretres de Tell Kaif, Tell Esqof et Alq5s en 1815, puis lc P. Gabriel Dambo, en 1823,
(1) Cette famille meriterait une etude speciale. On en trouvera des elements dans les tables des catalogues du P. Voste, notamment celui de «N.-D. des Semences»>
A- V V
Angelicum, 1929, table p. 138, s.v. Homo. L’un d’eux, Elie, fils de Gum‘a, fils de Sa‘y a, fils du pr. Homo, fils du pr. Hanna, fils du pr. Homo, fils du pr. Daniel, commen^a a l’age de 13 ans. Ses «legendes et vies des saints», ecrites en 1869, sont actuellement a la B.N. de Paris (cod. 309, cf. Notices , ROC , VI/1911, p. 271-323, par F. Nau).
(2) Baumstark, Syr. Lit., p. 334-335, 359.
(3) Qiiatre de ses complaintes sont gardees dans un «recueil de complaintes», ms. de Mar Yaqo, du au calame du ch. ‘Awdlsof fils cFElIsaf fils de ‘Awdlsof de Mar Yaq6, en 1879, a la demande du P. Louis (Roulland), o.p. — Dans la 2e piece, une exhortation morale de 63 strophes et 378 vers (p. 266-284), datee de 1611 (st. 63) il dit qu’il vecut 70 ans dans le peche (st. 26). la strophe 51 il dit: «Telle est la croyance de notre religion a nous, Orientaux, la religion que nous avons re^ue veritable de ces premiers apotres, et de cette religion la grace est descendue. Les Nestoriens Font changee, mais nous nous l’avons pas changee.»
(4) f 1700, cf. Qardahi, Thesaurus , p. 130-135, et Hist, de Mossoul, II, p. 159.
(5) Etudie par S.E. Mgr Stephane Bello dans An Nagm, X/1938, p. 294- 296 et 319-320.
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demanderent son sacre Episcopal pour Alqds, afm de contrebalancer l’autoritd abusive du mdtropolite dc Mossoul, Jean Hormizd. En fait, la guerre turco-persane empecha le chammas de rentrer en son pays pour y etre ordonne pretre, en 1818, et il retourna a Rome ou il semble avoir termine sa vie, toujours simple chammas, apres 1839.
Plus pres de nous il faut citer un des nombreux mcmbres illustres de la famille Audo, Mgr Thomas Audo (1855-1915), archeveque d’Ur- mi et auteur du grand Dictionnaire de la langue chaldeenne en deux volumes, entierement en chaldeen (1).
Eg Uses d' Alqos
Les noms des deux eglises anciennes du village ont deja ete men- tionnes. Leur histoire a etd retrace par M. Fabbd G. Hannlna; nous n’avons qu’a le suivre.
L’eglise de Mar Gu5rguIs serait la plus ancienne. Elle se compo- sait jadis de trois nefs et d’un baptistere. Une de ses restaurations, au dire d’une inscription conserve dans le B. Gazza, date de 1681. La construction actuelle remonte a 1906.
Mar Miha aurait 6t6 fondde a la fin du IVe siecle. Le batiment ancien comptait trois nefs. Une inscription situee au-dessus de la porte du maitre-autel attribuait sa «construction» au patriarche Yahwalaha, soit probablement Yahwalaha V (1578-1581), de la deuxieme serie catholique.
C’est dans cette dglise que se refugia le P. Gabriel Dambo avant son assassinat (1832). Son corps y rcposa pendant douze ans, avant sa translation au couvent de R. Hormizd.
Le batiment actuel date de 1876. Une inscription, a droite de la porte de Pautel, marque la place des reliqucs du titulaire, contenues dans une grande jarre scellee dans la ma^onnerie. De V autre cotd de la porte, une seconde inscription signale la presence dans le pilier gauche
(1) Impr. des Dominicains, Mossoul 1897. — Vie de l’auteur, cf. Tfinkdji, p. 49.
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des reliques du prophete Nahum l’Alqochien, dont nous parlerons bien- tot. Ges reliques guerisscnt les petits enfants de la toux.
Une troisieme eglise est dediee a la Ste Vierge. D’apres l’inscription qui entoure la porte de l’autel, elle fut bade pour la premiere fois en 1806, demolie en 1854 et reconstruite. Cette reconstruction meme ne dura pas, car la hauteur etait disproportionnee a la solidite des fon- dations. On la remplaga, en 1930, par un batiment de dimensions plus modestes.
Mar Qardag, le prince martyr, a aussi a Alq5s un sanctuaire, construit en 1936. Depuis 1934 le saint etait apparu a plusieurs personnes du village, leur demandant de batir une chapelle en son nom. Par son intercession fut enrayee Tepidemie de rougeole qui enlevait les petits enfants, et de nombreuses guerisons miraculeuses furent signalees, surtout dans les premiers temps. On n’en cornpta pas moins de quatre dans le seul mois de fevrier 1937. Le pelerinage solennel du saint a lieu le dernier vendredi d’ete, mais le sanctuaire est tres frequente par les malades de toutes sortes et enrichi de leurs ex-votos.
Plusieurs petites chapelles votives entourent le village: Mar Zaddiqa, pres de bureaux de Padministration locale; Mar Sim‘un (S. Pierre) dans le cimetiere des etrangers; Mar Yusif, dans le cimetiere des enfants, sur une colline au nord-ouest du village; Mart Smuni, sur le versant nord, dont le pelerinage est ici le premier mardi de mai; Mar Yohannan (S. Jean-Baptiste), au sud du village; et enhn Mar Sahdona, pres de la Grotte de 1’eau (Guppa d’maya).
Mais tous ces sanctuaires n’egalent pas en cdebrite le tombeau du prophete Nahum, oil jadis les Juifs venaient en pelerinage, meme de l’exterieur de l’lraq, cinquante jours apres leur Paque. Avant de l’etudier, remarquons que, selon la tradition (1), le prophete n’est pas seul dans son tombeau. II y est en compagnie de sa soeur Sarah, une des nombreuses Sarah accolees aux saints qui, pour completer leur legende, ont besoin d’une socur.
(1) Recueillie par exemple par Cuinet, Turquie d'Asie , II, 829.
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Deux problemes differents se posent a propos de Nahum. D’abord, le village d’Alqos dont il est originaire (Nall. 1.1) est-il le notre? Ensuite, Nahum est-il aussi enterrd ici (1)?
A la premiere question il est difficile de repondre. Les ex^getes se partagent en quatre opinions. Les uns, a la suite de S. Jdrome (2), pla- cent Elcesi en Galilee. C’est, dit S. Jdrome, «un petit village, fournissant a peine quelques ruines d’ancicns edifices, mais quand meme connu des Juifs; mon guide me l’a montrG» C’est l’actuel el Kozah, pres d’el Rameh.
D’autres ex^getes penchent plutot pour Qessiyeh, au sud-est de Bait Djibrin, egalement en Palestine (3). Un troisieme groupe: Hitzig, Knobel, suivis par nombres d’exegetes protestants (4), traduisent Capharnahum par Kafar Nahum, le village de Nahum, dont l’ancien nom aurait 6 Alqos... (?)
Un quatrieme groupe enfin, Knabenbauer, Layard, Budge, et la plupart des assyriologues modernes, ne voient pas d’objection a admettre que l’Alqos de la Bible puisse etre le notre. Cette these a ete rdsumee par M. G. ‘Awwad dans un article du Nagm (5).
De quand date Identification ? Le Dictionnaire de la Bible la fait remonter au XVIe siecle. C’est peu dire, puisque le Rabbin Benjamin de Tudele, qui visita Mossoul vers 1173, dit que «Dans la ville d’Assur (Mossoul) se voient les synagogues d’Abdias, de Jonas fils d’Amittai et de Nahum l’Elcosden» (6). On va voir a propos du tombeau que Ton peut encore remonter plus haut.
Le grand argument des auteurs qui soutiennent Identification est de dire: pourquoi aller chercher un probldmatique village de Palestine,
(1) Je reprends ici les donn^es d’un article public dans le Bulletin du Seminaire Syro-Chaldeen S. Jean a Mossoul , en 1943 (p. 83-86).
(2) Commentaire in Naum Propheta, P.L., t. 25, col. 1232.
(3) Sur toutes ces opinions, cf. D.B. , s.v. Elcesi , col. 1647-1648.
(4) Voir par exemple Palestine portrayed de Gentle-Cackett, p. 14.
(5) 1933, p. 403-407.
(6) Voyages anciens et modernes , Paris 1869, t. II, p. 188.
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voire du Negeb, alors que, pres de Ninive a qui toute la prophdtie est consacree, se trouve un village qui repond aux conditions voulues: nom identique et antiquite. La tradition qui veut que le village ait etd fonde par Alqon peut, selon la remarque de Mgr Saycgh, n’etre qu’une legende; on peut discuter si les deportes juifs qui vinrent dans cette region y vin- rent au temps de tel ou tel roi assyrien; reconnaissons du moins que ridentification est loin d’etre impossible.
Mais si Nahum a pu fort bien naitre ici, s’ensuit-il qu’il y soit enterre? Ici aussi, Ton n’a que des traditions chretiennes et juives pour le dire. Encore le texte de Benjamin de Tudele ne parle-t-il pas explici- tement d’un tombeau, mais d’une synagogue au nom du prophete.
Cependant de courtes notices sur les prophetes et les Apotres, mises habituellement en appendice aux exemplaires manuscrits du Livre des Prophetes (1), sont categoriques sur ce point: Nahum l’Alqochien, de la tribu de Simdon..., est mort et enterre dans son pays. Or ces notices disent reproduire l'enseignement des maitres du Couvent Superieur, pres de Mossoul, ce qui peut nous faire remonter jusqu’au Xe siecle. Au XVIe siecle encore la chose etait admise. Ainsi quand le patriarche Sulaqa vint a Rome, parla-t-il a Andre Masius de ce monument «tres celebre tant chez les Juifs que chez les chretiens », et Masius en ecrivit a l’amiral hollandais Auger Busbeck (2). Ici aussi on pourrait certaine- ment remonter plus haut.
La construction actuelle est recente. Elle venait d’etre restaurde quand Layard la visita (3).
Contient-elle encore les ossements du prophete? Cuinet dit (4) qu’en 1883 les chretiens les auraient derobes pendant la nuit et les au- rait remplaces par des os d’ane ou de mouton. Nous avons vu que les
(1) Par exemple un ms. de 1306, copie par Abu Nasr, bar Salman, bar Salem, du village de Ba Busna. Ce volume a ete achete par M. le professeur de Boer en mars 1962 pour la bibliotheque de l’Universite de Leyden.
(2) Sa lettre dans B.O. , I, p. 525.
(3) Nineveh and its Remains, 1849, t. I, p. 233.
(4) Turquie d’Asie, IT, p. 829.
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vraies reliques, avec ou sans celles de Sarah, sont actuellement dans l’eglise de Mar Mlha.
En rdalite, le vol des ossements est un fait beaucoup plus ancien. D’apres la tradition d’Alqds, les chrdtiens auraient essayd d’obtenir par proces la propriete du sanctuaire de Nahum. Ce serait lorsqu’ils auraient vu l’inutilitd de leur tentative qu’ils auraient ddrobd les ossements. Les Juifs a leur tour voulurent intenter un proces aux chrdtiens pour recou- vrer leur bien, mais un de leurs sages leur aurait dit: A supposer que nous gagnions ce proces, comment saurions-nous si les os que nous ren- draient les chrdtiens seraient bien ceux du prophete? Si nous mettons neuf oeufs dans notre four, et qu’un chrdtien vienne en mettre un dixieme, nous ne pouvons pas les distinguer, et les dix deviennent impurs pour nous.»
M. l’abbe Yusif ‘Abaya d’Alqos se souvient que, dans sa jeunesse, il y a quelque soixante ans, il accompagna, avec quelques pretres d’Al¬ qos, un notable juif du nom de Ya‘qub Sema‘, de la famille preposee a la garde du tombeau, dans une visite qu'il fit a l’dglise de Mar Mlha. La niche contenant les ossements de Nahum portait alors, par prudence, la seule inscription: Ici sont les reliques du prophete. Le notable juif aurait dit: Pourquoi n’dcrivez-vous pas la vdritd? Nous savons bien que vous avez les ossements du prophete Nahum. Si vous dcrivez son nom, cela nous honorera aussi. — Ce qui fut fait. Actuellement on peut lire sur la niche qui est a gauche de la porte de l’autel de l’dglise de Mar Mlha: «Ici sont les reliques du prophete Nahum. »
Depuis quand les reliques sont-elles dans cette dglise? Assurdment depuis la restauration de 1876. Certains prdtendent memc qu’en ce temps-la on trouva, dcrit dans le platre au-dessus des reliques, la men¬ tion: «Du temps de Mar Aba, catholicos.» Si nous nous contentions du deuxieme et dernier patriarche de ce nom, nous dcvrions ddja remonter au VIIIe siecle! Ce serait peut-etre un peu loin, et Ton comprendrait mal pourquoi les chretiens auraient cache leur larcin jusqu’a la fin du XIXe siecle. La seule chose certaine c’est que, de temps immemorial,
400
ASSYRIE CHRETIENNE
il y avait a Alqos des families juives; l’histoire du proces le prouve. Quant a la tradition concernant la tombe du prophete Nahum, il semble qu’on puisse la faire remonter au Xe siecle. Il est difficile de dire si elle prit naissance d’une fantaisie cxegetique d’un professeur du Couvent Supe- rieur ou si elle a un fundamentum in re.
6. — Karamlaiss
Histoire generate
La serie des villages precedents nous a amenes jusqu’au pied de la montagne du Ba Nuhadra, au nord de Mossoul. Nous devons mainte- nant nous transporter a 25 kilometres a vol d’oiseau a l’est/sud-est de la ville. La se trouve un village au nom mysterieux, de 2.100 habitants, ou les Nestoriens purent se maintenir au milieu d’un district entierement jacobite, ou meme des musulmans et des Armeniens habiterent et ou, jusqu’a nos jours, une minorite jacobite (35 families) cohabite pacifi- quement avec une majorite chaldeenne.
Le nom du village est ecrit en chaldeen, tant litteraire que vulgaire, Karamles, et abrege en Karms (1), voire Garms (2). Plusieurs se sont essayes a expliquer le nom, du moins sous sa forme arabe Karamlaiss. Yaqut (3) y voit les deux mots arameens Karam let , ce qui voudrait dire: «sans vigne». Ceci etait-il vrai au XIIIe siecle? On ne peut le savoir. En tout cas, a l’heure actuelle, le raisin de Karamlaiss est abondant et celebre. Jones, au contraire (4), y voit «la vigne de Lis», ou «sans honneur» ( ?). En fait le nom de Kar-mes est assyrien, il signihe le village detruit ou les depots et apparait deja dans les tablettes de Balawat (5). Deux tells archeologiques voisinent le village; dans le plus grand (6) Layard, en 1840 (7), puis Place,
(1) V.g. le pretre Mhanna Karmsaya, dans le cod. 5 de Tell Kaif.
(2) Cod. 8 Mardin, Cat. A. Scher.
(3) Mu gam, t. IV, p. 267.
(4) JRAS, XV/ 1855, p. 374 b.
(5) Iraq, XXV (1963), p. 91-92 et index, p. 103.
(6) 190 m. de long sur 96 de large, mais seulement 7 ou 8 de haut; cf. Place, JVinive et VAssyrie, t. II, p. 169.
(7) Nineveh and its Remains, 2e ed., 1849, vol. I, p. 52.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
401
decouvrirent une plateforme de briques assyriennes. Le plus petit, haut de 20 metres et assez abrupt, a livre des briques d’un autre modele et des murs en pierres equarries, que V. Place attribua aux Sassanides.
Je ne reviens pas sur l’identification proposde de Gaugameles avec notre village, fixant pres de celui-ci le champ de la bataille dite d’Ar- belles. Une meilleure dtude des textes, et surtout la localisation du pont sur le Zab emprunte par les belligerants apres le combat, reporte le lieu de la victoire d’ Alexandre beaucoup plus vers le nord (1).
Le village fut certainement christianise de bonne heure. En 562 ses habitants aiderent a la construction du couvent de Bar ‘Lta (2), dans la vie duquel il est appele «Karamlaiss le Grand». Fut-ce en echange de cette aide, la legende ne le dit pas, mais le fondateur pr^dira plus tard que le village gardera la foi nestorienne orthodoxe (3). Ceci est un peu etonnant et meritait une prophdtie car, avant la conquete arabe, tous les villages des alentours auront opte pour le monophysisme.
On ne doit done pas preter crdance a une tradition repandue dans les milieux syriens, scion laquelle le village aurait ete entierement syrien et ne serait devenu chaldeen qu’il y a «une centaine d'annees», les chal- ddens etant «tous» (!) d’origine de ‘Ainkawa et de Koi Sangaq. II est exact que le village a accueilli des refugies chalddens d’autres lieux, mais il etait a l’origine, et est reste jusqu'a nos jours, chaldden.
Quant aux Syriens, une tradition opposde les fait venir «tous» de Qaraqbs et de Bartelh. C’est possible, mais cela ne date pas d’hier, on le verra bientot en parlant de la communautd jacobite de Karamlaiss.
Parmi les textes historiques, plus surs que les traditions, mais si
(1) Une tradition locale fait suivre la bataille par Darius (d’autres disent Alexan¬ dre) du haut du Tell al Ganem, qui se trouve presque a l’entr£e du village, a cot£ de la route moderne qui le relie a la grand-route Mossoul-Erbil. M. I’abb6 Paulos Tammo se souvient d’avoir, lorsqu'il 6tait enfant, entendu Hcrzfeld lui-meme s’enquerir de ce tell et cr^er ainsi une tradition.
(2) Histories of... Bar Idta, II, I, p. 198, et Mgr Sayegh, An Nagm, YII/1935, p. 4-10.
(3) Ibid., p. 240.
Rech. 23 — 26
402
ASSYRIE CIIRETIENNE
desesperement laconiques, ou la localite figure, ceux des auteurs arabes Yaqut et al Mustawfi (1) en parlent comme d’un village «qui est presque une ville», cdlebre par son grand souq, tres frdquent^ par les marchands, au revenu annuel de 11.200 dinars. Ibn ‘Abd ul Haq (|1338), auteur des Marasid , qui se contente habituellement de resumer Yaqut, ajoute ici que ses habitants sont «tous chretiens» (2).
Karamlaiss eut evidemment sa part des malheurs communs a tous les villages. En 1235, d’apres Bar Hebraeus (3), les Mongols venant d’Erbil a Ninive camperent sur le canal de Karamlaiss, qui amene l’eau de Targilla situee a 6 kilometres a Test/nord-est et qui est traverse par la route moderne Mossoul-Erbil. Les habitants s’enfuirent a l’eglise que les Mongols encerclerent. Deux nobles se placerent aux deux portes de Teglise. L’un d’eux epargnait et laissait la liberte a ceux qui sortaient par sa porte, l’autre passait au hi de Tepee les homines, femmes et enfants qui passaient par la sienne.
Une version poetique de ce meme massacre (4) est attribute a Warda (5), ce qui n’est pas impossible du point de vue chronologique. Les faits sont les memes; Thistoire des portes n’y est pas aussi nette que dans Bar Hebraeus et Ton pourrait croire qu’il s’agit, non des portes de Teglise, mais de celles du village, car il y est question de porte de Test et de porte du sud, ce qui ne s’explique guere pour une eglise, a moins qu’il ne s’agisse, non de Tdglise meme, mais de sa cour extdrieure. De toutes fagons, il n’y a pas de traces de murs autour du village, ni visibles au sol, ni decelables par avion.
(1) Cit£s dans Le Strange, The Lands of the Eastern Caliphate , p. 90.
(2) III, 1161; cite dans G. ‘Awwad.
(3) Chronography, t. I, p. 402.
(4) Researches (p. 92-94) presentent les faits comme s’ils s’etaient produits deux fois, en 1235 et 1236. En realite, il fallait retrancher 312, et non pas 311, a la date grecque du texte chaldeen que nous allons citer, pour obtenir egalement 1235.
(5) Incipit: En Tan 1547..., in Hilgenfeld, Ausgewahlte , cit. p. 49-59, ici strophe 15, et copie du pr. Ishaq Gaddo d’Alqos, datee de 1899, foi. 137-141, chez ses parents a Karamlaiss. L’incipit est egalement cite dans Dahirat al Adhan, t. II, p. 5-6.
LES VILLAGES CIIALDEENS DE NINIVE
403
Du poeme chaldeen s’est inspirde une complainte cn soureth, com- posee en 1930 par le prctre moine Thomas Hanna, de Karamlaiss, dont on trouve des copies chez plusieurs habitants du village.
Au debut du XVIIIe siecle, le village avait retrouvd sa prospdritd, et Yasln al ‘Omari vante a nouveau son souq riche en cdrdales (1). Quelques anndes plus tard, en 1743, les troupes de Nadir Sah le ruine- ront une fois de plus. On sait par le chammas de Qaraqos (2) que «les Persans s’emparerent du pays tout entier jusqu’aux montagnes, et firent du butin et des captifs dans les villages des chrdtiens et des musulmans. Ils commencerent par les habitants de Karamlaiss; ils les pillerent et prirent les gargons, les filles et les animaux domestiques.»
Plus tard, la tradition de Karamlaiss veut que le village ait ete presque entierement abandonne par les chrdtiens «fanndc de la peste», et bientot occupy par les musulmans. Apres quoi (certains disent: peut- etre vingt ans plus tard), les chrdtiens commencerent a revenir. Encore ne rentrerent-ils pas tous, ce qui explique que Ton trouve des families originaires de Karamlaiss dans les villages chalddens des environs. Ce serait a ce moment-la que les Syriens de Bartelli et de Qaraqds auraient commence a venir a Karamlaiss (?). Quant aux musulmans qui dtaient venus s’y installer, ils durent le quitter au retour des propridtaires antdrieurs.
Quelle est cette «annde de la peste»? On n'a hdlas que le choix parmi la longue sdrie des calamitds qui frapperent sans repit ce pauvre pays. Pour les villages chrdtiens, les pestes les plus cdlebres sont celle de Piyoz, de Mossoul et de ‘Aqra (3) en 1737/8, et celle qui fit 4.000 vic- times a Qaraqos (ce qui dquivaudrait a la moitid du village actuel) en 1773 (4).
(1) Muniat al Udaba\ p. 161.
(2) Colophon de 1756, traduction frangaise de Pognon, cit. p. 488-503.
(3) Recueil de chants , dits de Daoud Kdra, Mossoul 1896, p. 342.
(4) Plaque commemorative a l’eglise de Mar Guorguls a Qaraqos; cf. Mgr Abdal, p. 232. Je suis retournd voir cette inscription pour m’assurer si elle ne men- tionnait pas d’autres villages en meme temps que Qaraqos. H<9as!
404
ASSYRIE CHRETIENNE
Les renseignements recueillis par le Ires serieux et tres digne de conliance chammas Matti Anisa, qui connait parfaitement l’histoire de son village natal, montrent que la grande peste de Karamlaiss eut lieu vers 1830. En fait, une lettre de Mgr Coupperie (1) permet de la situer exacternent en 1828. A cette date, dit Teveque, «la famine, la guerre civile et la peste surtout ont aneanti au moins la moitie de la population chretienne de Mossoul et dans le Kurdistan». Pour ce qui est de Karam¬ laiss, 1’absence de tout manuscrit date des vingt annees suivant 1828 confirme la tradition de l’abandon total du village pendant cette periode.
Voyageurs
La situation de Karamlaiss sur la route appelee «ad Darb as Sul- tani», le chemin du sultan (2), vaudra au village de nombreux visiteurs; quelques-uns de ceux du XVXIIe et du XIXe siecle ont consigne par ecrit leurs remarques sur le village et sur la route.
En effet, la plupart des voyageurs venant d’Erbil passaient le Grand Zab a Zawa, puis le Hazir a Zahra Hatun, d’ou ils se dirigeaient vers Karamlaiss (3). Les habitants modernes de Qaraqos parlent encore d’un « Sopet sultana » qui passait a Test du couvent de Mqurtaya, a la limite des terres de Qaraqos et de Bartelli, puis partait vers Mossoul en passant par Basblta. On le retrouve apres Mossoul en direction de Tell A‘far, par Dola£yia et Gonesiya, un peu a 1’ouest de la route moderne.
Un des premiers voyageurs modernes a donner une description de Karamlaiss est Edward Ive’s de Tichfield, qui y arriva le 2 juillet 1 758(4) ;
(1) Datee du 29 aout 1828, citee dans les Missions Dominicaines, 1927, p. 36 s.
(2) Cf. la carte de Rich publi^e par Badger en 1852 ( Nestorians , II). Badger lui-meme passa de Kelek a Zahra, puis Karamlaiss (carte, fin Nest., I). Binder, en 1887 ( An Kurdistan , en Mesopotamie et en Perse , carte p. 274) fait passer la route d’Erbil par Karamlaiss. — Cf. remarque de Cuinet ( Turquie d'Asie , 11/1890, p. 795): «Sur tout le parcours de cette route, appelee Derb Sultani, il n’y a de villages qu’a une ou deux heures de distance, sur les cotes, il n’y en a pas sur la route. » Ceci s’applique a la partie situee entre les deux Zab.
(3) R£f. in Researches , p. 94 n.
(4) A Voyage from England to India , in the Tear M DCCLIV, also a Journey from
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
405
les habitants lui parlerent surtout de la grave disette de l’annde pr dcd- dente. Des pillages des soudards persans, quinze ans plus tot, l’auteur n’a retenu que leur visite a l’dglise de Ste-Barbe, ou ils ddfoncerent quelques murs a la recherche de trdsors cachds. Les renseignements don¬ nas par Ive's, a commencer par le nom du village, manquent de precision. II semble surtout intdressd par Ste-Barbe, son histoire et son temple. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il acheta a cette dglise un lectionnaire, aujour- cl’hui au British Museum (1).
Le P. Lanza (2), o.p., de Mossoul, vint a Karamlaiss en 1765, en compagnie de membres de la famille de ‘Obaid Aga, branche des Gallli, proprietaires du village. Les catholiques y avaient ddja restaurd l’dglise de Ste Barbe, et le P. Lanza y dit la messe. On sait que Ste-Barbe de Karamlaiss est la premiere dglise catholique d’lraq; en fait, des 1758, Ive’s disait ddja, peut-etre avec un peu d’avance sur les faits, que les pretres dtaient nommds par le patriarche chaldden.
Claudius James Rich vint dgalement a Karamlaiss en 1820 (3), accompagnd du Sayid Muhammad, fils d’ Ahmad al Husaini (4). Ce dernier publia aussi un rdcit de voyage en persan, ou il confond toujours «Dair» et dglise, et de plus ddforme les noms. Ici il voit un couvent dit «Dair Mar Raxin», probablement pour fdglise de Mar Guorguls.
Badger, en 1850, compte dans le village deux dglises, un pretre et 25 families nestoriennes (5). Le reste dtait devenu catholique. De cette meme annde date une note manuscrite, rare en son genre. Alors qu’en
Persia to England by an Unusual Route , by Edward Ive’s Esq., London, Edward and Char¬ les Dilly, 1773, p. 318-320.
(1) Cod. CCXLVIII (Egerton 681) du Cat. Wright, 1870, p. 190, ou le nom du village est dgalement a corriger.
(2) Memoires du P. Domenico Lanza , traduction de l’italien en arabe, par Mgr Bidawid (2e £d., Mossoul 1953), p. 25-26.
(3) Narrative , 1836, t. II, p. 24.
(4) Itinerary of Al Munshi al Baghdady , 1822, traduit du persan en arabe par M. ‘Abbas al ‘Azzawi, Ralila ..., Bagdad 1948, p. 78-79.
(5) Nestorians, II, p. 174.
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ASSYRIE CHRETIENNE
general les copistes ont toujours a mentionner une annee de vie chere, un inconnu souligne ici, avec un certain etonnement, les prix derisoires auxquels sont descendus le ble, Forge, le beurre et la laine enl266 H. (1).
Histoire chretienne
Avant de parler des eglises il faut encore citer quelques details de Fhistoire chretienne du village.
Un patriarche nestorien, Benha II, qui regna de 1332 a apres 1364, transfera le siege patriarcal cFErbil a Karamlaiss, en attendant que son successeur le transfere encore a Mossoul (2).
Le village fut-il, a une certaine epoque, siege episcopal? La tradi¬ tion, deja attestee par Ive’s au XVIIIe siecle, Faffirme. II semble que Fon ait ici une reference a la hierarchie fantome creee par ‘Awdiso‘ IV Martin en 1562, dont on a parle plus haut, et oil Feveque de Karamlaiss apparait avec celui cFAlqos comme suffragant du metropolite de Tell Kaif (3).
Un manuscrit conserve a Karamlaiss et signale par le P. Voste (4) merite une mention speciale. C’est un evangeliaire date de 1295 et ecrit par Feveque ‘AwdIso‘, a la demande du «pretre ‘Abdallah et des chefs de la noble assemblee du beau village de Karamlaiss». En appendice le
(1) En arabe, en appendice a un Sapirut Duhare de 1679, ms. de Karamlaiss.
(2) Card. Tisserant, Nestorienne ( Eglise ), cit., et B.O., III, II, p. 629.
(3) Gen. Rel. , p. 64; c’est le fameux siege de «Chramleis» du DHGE , XII/1953, col. 769. M. G. ‘Awwad ( Researches , p. 93) dans sa traduction libre de la notice d’AssEMANi ( B.O. , III, II, p. 734) sur «Carmelisa, urbs in finibus Assyriae et Mediae», parlant de l’eveche fantome, «au temoignage de Abdjesu», rend la phrase par: «plus tard, Karamlaiss devint eveche, et parmi ses eveques (on trouve) ‘AwdIso‘.»
(4) Le Museon , 1929, p. 168-176. L’auteur vit le ms. au village en 1926. — Les scribes de Karamlaiss sont moins fameux que ceux d’Alqos. On pourrait citer Hormizd, fils de ‘Abdallah, originaire de Karamlaiss, qui ecrivit en 1567 a Nahrawan une Histoire de Mar Awgin (cod. 59 de Seert, Cat. A. Scher — Nahrawan est situee en B. Zabda'i, a mi-route entre Zah5 et Geziret ibn ‘Omar). On trouve encore au XIXe siecle, a R. Hormizd et a N.-D. des Moissons, des scribes moines originaires de Karamlaiss (v.g. cod. CCLXIX et CG du Cat. Voste).
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
407
scribe ajoute un memra en l’honneur ciu patriarche Yahwalaha III, egalement editd et traduit par le P. Vostd. LYveque ‘AwdIso‘ semble bien etre ‘AwdIso‘ fils de Mas‘ud, du village de «Garms»que nous avons rencontre sur le siege de Marga, Telia et Bar Bella en 1296.
L’evangeliaire de 1295 est le volume le plus ancien d une collection de 62 manuscrits chaldeens (sans compter les livres utilises dans les eglises) qui forment la bibliotheque de Karamlaiss, gardee a feglise de la Ste-Vierge.
Deux autres manuscrits de cette bibliotheque meritent mention; les deux proviennent de la region du B. Rustaqa et Sapat, c’est-a-dire du district du B. Samesdin en Kurdistan central. Le premier est un evangeliaire datd de 1742 et dcrit au village de B. Daiwe, par le pretre Safar fils dTso‘. Le deuxieme volume, dat 6 de 1744, est un Warda in- complet, egalement ecrit a Rustaqa. C’est dans ce livre que se trouve la rarissime ‘ onita sur R. Hormizd attribute a Iso‘yaw bar Mqaddam, qui contient le fameux passage oil Yohannan et Iso‘sawran fondent un couvent, plus tard pris par Saih ‘Adi. Nous etudierons ce point dpineux en son temps.
Le livre le plus important de la bibliotheque de Karamlaiss est une copie du Paradis d'Eden de ‘Awdiso‘ de Nisibe. Le livre a 6t 6 dcrit a Alqos en 1670 par le pretre Hadbsabba, fils du pretre Isra’Il, fils du pretre Hormizd, fils du pretre Isra’Il, pour un certain Hwaga Iso‘, fils dTbrahim, qui est peut-etre fancetre de la famille Ganlma. Bien que ce Hwaga, qui habite alors Bagdad, soit dit originaire de Mossoul, on soupQonne que son origine rdelle est Karamlaiss, tant les details propres au village abondent dans la derniere partie du livre.
Celle-ci est consacrde a un Dio Pathin (1), c’est-a-dire aux Dip- tyques, ou «livre des vivants et des morts», dont la liturgie chalddenne actuelle n’a plus garde qu’un organe tdmoin. La liste qui figure ici va
(1) Le Dio Pathin occupe les fol. 141 a 144 du ms. — Ce livre fut achet6 plus tard par Hoso, fils du ch. Mhanna, pour son fils le pr. Nlsan et pour ses enfants. Les memes noms reviennent souvent dans les manuscrits de Karamlaiss.
408
ASSYRIE CHRETIENNE
d’Adam au XI Ve siecle; elle fournit quantite de details interessants sur les hommes celebres et les sanctuaires de Karamlaiss. Mais surtout elle contient deux listes d’eveques «de notre terre» ou il est facile de recon- naitre des metropolites d’Assyrie puis des £veques de Ninive. Nous en avons tire le plus grand profit en son temps. II est toujours citd sous le nom de Diptyques de Karamlaiss.
Un petit fait divers edihant terminera la mosaique de l’histoire de Karamlaiss chaldden. Au temps du patriarche Iso‘yaw V (1149-1175), raconte ‘Amr (1), les Karamlaissiens etaient tombes dans la tiedeur et ne respectaient plus le dimanche. Le Christ apparut done a un paysan du village et lui enjoignit d’aller de sa part rappeler leur devoir a ses concitoyens, leur donnant pour signe de l’authenticite de sa mission le fait qu’il porterait a travers tout le village des charbons ardents dans sa main nue. Ceci fut fait, et le messager eut meme la coquetterie de mettre de l’encens sur les braises... ce qui evidemment convertit les villageois (2).
Recemment, un epilogue a ete ajoute a cette histoire: en fevrier 1956, un tract roneotype, publie par le clerge chaldeen de Mossoul dans la serie «sermons du dimanche », avait reproduit V histoire ci-dessus pour inciter les gens a observer le dimanche. Tout le monde lut le recit avec interet, mais personne ne remarqua la reference au Livre de la Tour. Le lendemain tout Mossoul parlait du miracle «qui venait de se produire a Karamlaiss».
Emirs chretiens
On trouve a Karamlaiss des «dmirs» chretiens (3), dont on peut penser qu’ils etaient eux-memes nestoriens puisqu’ils figurent dans les Diptyques (4). Selon ce document les emirs Matta et Mas‘ud Bek
(1) Ed. ar. p. 107-109.
(2) On retrouvera le heros de cette histoire moine a Mar Eliya.
(3) Ce qui provoque l’etonnement de Cuinet (I, p. 830-831). Cette promotion sociale des chefs de Karamlaiss semble correspondre a l’accroissement du village apres la prise d’Erbil, et surtout au transfert du siege patriarcal.
(4) Mss. de Karamlaiss, Paradis d’Eden, d’EBEDjESUS de Nisibe.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
409
perirent de mort violente; un autre emir Matta, les emirs Hassan et Nagm al Din moururent de leur belle mort. Tous dtaient enterres a Karamlaiss; malheureusement leurs tombes sont perdues. Avec eux on cite Naser ibn Ahrun, chef secretaire, bienfaiteur de fdglise. Tous ces personnages se situent au XIVe siecle.
Ils sont dgalement cites, en connexion avec f histoire jacobite, dans V Histoire Ecclesiastique de Bar Hebraeus. Ainsi, en 1317, femir Mas‘ud fils de ‘Amr (1), maitre de Karamlaiss et «homme de bonne m£moire», honore le maphrien Gregoire Matta de Bartelli (2). En 1358, le patri- arche jacobite Maged Ismael rend visite a la petite ville. Par mi les notables qui le re^oivent on signale femur Naser ad Din, l'emir Matta, et le notable Sultan Sah.
Quand plus tard des disputes se produisirent, c’est aupres de l’emir Hassan, frere de femir Matta, que le patriarche sera accuse (3).
Deux ans apres, le clergd et le peuple de Karamlaiss, ainsi que le patriarche nestorien Denha II, soutiennent la cause du maphrien intrus Dioscore bar Qinaya, dveque de Damas, nommd par les moines de Mar Matta (4). Cependant le pretre Jean, his de Denha, recteur de feglise jacobite de Karamlaiss, refuse de le rencontrer tant qu’il ne sera pas consacre par le patriarche. Et meme quand, cedant aux instances des partisans de l’intrus, le patriarche Basile sacrera Dioscore en 1361, le pretre Jean ne sera encore pas satisfait et le fera chasser de Bartelli, ou il dtait venu habiter, par femir Hassan (5). En 1365 le maphrien legi¬ time, Athanase II Ibrahim pourra etre saerd. II viendra «puriher» les
(1) M. G. ‘Awwad le retrouve dans al Qal^asandI, Sabah al A‘sa , t. VII, p. 285.
(2) Chr. Eccl., II, col. 500; ibid., B.O., II, p. 460. C’est probablement a lui que fait allusion le P. Goormaghtigh, Anal. S.O.P., 1895, p. 275.
(8) Hist. Eccl., II, col. 508.
(4) B.O., II, p. 461.
(5) Hist. Eccl., II, col. 516. Le pseudo -maphrien sera bientot assassin^ a Bagdad, son corps sera brule et jete dans le Tigre (Assemani dit: l’Euphrate!). Voir aussi Dissertatio , p. 168, n° 43 et p. 169, n° 44; Armalet, n° 73.
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ASSYRIE CHRETIENNE
licux souilles par les offices sacrileges de l’intrus, notamment le village de Karamlaiss, d’ou l’emir Ba Yazld sordra a sa rencontre avec les pretres et les diacres des Nestoriens et des Armeniens (1).
En 1369, c’est a Karamlaiss, et non pas a Mar Matta toujours plus ou moins rebelie, que le maphrien consacrera le saint chreme. D’ailleurs une nouvelle periode de troubles avait commence. C’est cette annee meme que les Mongols de Mardan Sah pillerent Mar Matta, et proba- blement aussi les villages environnants.
Une autre fois, le maphrien ne peut loger a Karamlaiss a cause des troubles qu’y provoquait l’emir cle Singar, Plr Mama (2). Athanase alia done a Erbil, oil l’eglise des Jacobites fut detruite pendant son maphria- nat, en 1375. On a vu ailleurs comment la disintegration de Fempire des Mongols fut fatale aux emirs chretiens qu’ils avaient entraines dans leur sillage, et aux villages chretiens qui avaient, un peu trop ouverte- ment, prohte de la conjoncture.
Revenons
un
instant
aux
Armeniens,
que
nous
avons
remarques
au
passage
en
1365.
D’ou
venaient-ils
?
J’aurais
tendance
a
y
voir
des
emigres
d’Erbil,
qui
s’enfuirent
de
la
ville
apres
la
destruction
de
leur
eglise
en
1310.
II
est
probable
que,
liant
leur
sort
a
celui
de
leurs
compatriotes
nestoriens,
ils
etaient
venus
a
Karamlaiss
quand
Denha
II
y
transfera
le
siege
patriarcal,
done
vers
1332.
C’est
probablement
a
ces
Armeniens
qu’il
faut
attribuer
la
pierre
sculptee
a
inscription
arme-
nienne
qui
se
trouve
dans
le
martyrion
de
Mar
Behnam,
au
couvent
de
celui-ci,
situe
a
17
kilometres